432 millions de mètres cubes par an : c'est l'engagement que le Mexique ne parvient pas à honorer envers les États-Unis depuis cinq ans. Lundi 8 décembre, Donald Trump a brandi la menace d'une nouvelle salve de droits de douane contre son voisin du Sud, réclamant la livraison de 250 millions de mètres cubes d'eau d'ici la fin de l'année. Cette escalade tarifaire intervient alors que le déficit hydrique mexicain dépasse désormais le milliard de mètres cubes, mettant en péril les exploitations agricoles du sud des États-Unis.
L'essentiel
- Donald Trump exige la livraison de 250 millions de mètres cubes d'eau du Mexique d'ici le 31 décembre 2025, sous peine d'une surtaxe de 5% sur tous les produits mexicains
- Le traité bilatéral de 1944 oblige le Mexique à fournir 432 millions de mètres cubes annuels du Rio Bravo, mais le pays accuse un déficit cumulé dépassant 1 milliard de mètres cubes sur cinq ans
- Plus de 80% des exportations mexicaines sont destinées aux États-Unis, représentant plusieurs centaines de milliards de dollars d'échanges commerciaux annuels
- Cette menace tarifaire intervient le même jour que l'annonce d'un plan d'aide de 12 milliards de dollars pour les agriculteurs américains touchés par le protectionnisme
- La présidente mexicaine Claudia Sheinbaum fait face à un dilemme entre les pressions américaines et la colère des agriculteurs du nord du Mexique confrontés eux aussi à la sécheresse
Le compte à rebours est lancé. Dans un message publié lundi sur Truth Social, Donald Trump a donné trois semaines au Mexique pour livrer 250 millions de mètres cubes d’eau aux États-Unis, faute de quoi une surtaxe de 5% frappera l’ensemble des produits mexicains. Cette nouvelle menace protectionniste s’inscrit dans un bras de fer diplomatique autour d’un traité vieux de 81 ans, signé en 1944, qui régit le partage des ressources hydriques le long des 3.150 kilomètres de frontière commune.
Un traité de 1944 au cœur des tensions bilatérales
Selon BFM TV, l’accord de 1944 établit un équilibre hydraulique précis entre les deux nations : Washington s’engage à fournir annuellement 1,85 milliard de mètres cubes d’eau du fleuve Colorado vers le sud, tandis que Mexico doit livrer 432 millions de mètres cubes du Rio Bravo, appelé Rio Grande côté américain, vers le nord. Ce traité binational, négocié pendant la Seconde Guerre mondiale, visait à garantir la sécurité hydrique des zones agricoles frontalières des deux côtés.
Mais depuis cinq ans, le Mexique accumule les retards. Les autorités américaines dénoncent un déficit cumulé dépassant désormais le milliard de mètres cubes, une situation que l’administration Trump qualifie de violation caractérisée des engagements internationaux. Les sécheresses récurrentes qui frappent le nord du Mexique, combinées à une gestion locale des ressources hydriques privilégiant les besoins domestiques mexicains, expliquent en partie cette dette hydraulique croissante.
Les agriculteurs texans en première ligne
Dans son message incendiaire, Donald Trump a directement lié la question de l’eau à la survie économique des exploitations agricoles américaines. Le président américain dénonce une situation qu’il juge particulièrement injuste pour les cultivateurs texans, confrontés à des pénuries d’irrigation chroniques dans la vallée du Rio Grande.
« Le Mexique continue de violer notre traité global sur l’eau », a écrit Donald Trump sur Truth Social, ajoutant que la situation était « très injuste pour nos agriculteurs américains qui ont grand besoin de cette eau ».
Cette déclaration intervient quelques heures seulement après l’annonce par la Maison Blanche d’un plan d’aide de 12 milliards de dollars destiné à compenser les pertes des agriculteurs américains frappés par la politique protectionniste de l’administration. Un timing qui ne doit rien au hasard : en brandissant simultanément le bâton tarifaire contre le Mexique et la carotte financière pour ses propres producteurs, Trump tente de démontrer qu’il défend les intérêts du monde rural américain face aux partenaires commerciaux jugés déloyaux.
Claudia Sheinbaum face à un dilemme politique
Pour la présidente mexicaine Claudia Sheinbaum, arrivée au pouvoir en octobre 2024, cette nouvelle menace tarifaire constitue un test diplomatique majeur. Selon les informations de BFM TV, elle avait jusqu’à présent réussi à éviter l’imposition d’une taxe généralisée sur les exportations mexicaines, qui représentent plus de 80% des échanges commerciaux du pays avec les États-Unis, soit plusieurs centaines de milliards de dollars annuels.
En contrepartie de cette relative clémence tarifaire, Mexico a multiplié les gestes de bonne volonté sécuritaire : déploiement de militaires à la frontière, intensification des arrestations de trafiquants de drogue, renforcement des contrôles migratoires. Mais l’eau représente un enjeu autrement plus complexe que la coopération policière. Les États du nord du Mexique, notamment le Chihuahua et le Tamaulipas, traversent eux aussi des épisodes de sécheresse sévères et leurs agriculteurs locaux contestent vigoureusement tout transfert massif d’eau vers les États-Unis.
Une arme économique à double tranchant
L’imposition d’une surtaxe de 5% sur les produits mexicains ne serait pas anodine pour l’économie américaine. Le Mexique constitue le deuxième partenaire commercial des États-Unis, avec des échanges bilatéraux dépassant les 700 milliards de dollars en 2024. Les secteurs automobile, électronique et agroalimentaire sont particulièrement intégrés de part et d’autre de la frontière, au point que toute perturbation tarifaire majeure entraînerait mécaniquement une hausse des prix à la consommation aux États-Unis.
Les milieux économiques américains observent donc avec inquiétude cette escalade rhétorique. Plusieurs chambres de commerce texanes ont déjà fait savoir que des droits de douane supplémentaires sur les importations mexicaines pénaliseraient directement les consommateurs et entreprises américains, créant un effet boomerang économique. Mais pour Donald Trump, qui a fait du protectionnisme commercial sa marque de fabrique politique, ces considérations semblent secondaires face à l’impératif de démontrer sa fermeté.
Un précédent qui pourrait faire jurisprudence
Au-delà du cas mexicain, cette crise hydrique instrumentalisée à des fins tarifaires pourrait créer un précédent dangereux dans les relations internationales. Utiliser les droits de douane comme levier de pression pour des questions environnementales ou de gestion des ressources naturelles ouvre la voie à une multiplication des conflits commerciaux déguisés. D’autres pays pourraient être tentés d’imiter cette stratégie pour régler des différends bilatéraux sur l’eau, l’énergie ou les matières premières.
Les prochaines semaines s’annoncent décisives. Le Mexique dispose théoriquement de réserves hydrauliques suffisantes pour honorer une partie significative de sa dette envers les États-Unis, mais un tel transfert nécessiterait des arbitrages politiques douloureux au niveau local. Claudia Sheinbaum devra choisir entre affronter la colère des agriculteurs du Chihuahua ou subir les représailles économiques de Washington. Une équation politique insoluble qui illustre la complexité croissante des relations nord-américaines à l’ère Trump, où chaque dossier technique devient prétexte à confrontation commerciale. L’ultimatum du 31 décembre approche, et avec lui, la perspective d’une nouvelle guerre tarifaire entre voisins que tout devrait rapprocher.
Sources
- BFM TV (9 décembre 2025)
- Truth Social - Donald Trump (8 décembre 2025)
- AFP (2 décembre 2025)