Ce vendredi 26 décembre 2025, Jim Jarmusch a révélé sur France Inter qu'il entamait des démarches pour obtenir la nationalité française. Le cinéaste culte de 72 ans, qui sort son nouveau film Father Mother Sister Brother le 7 janvier prochain, affirme vouloir « un autre endroit où s'évader des États-Unis ». Une décision qui s'inscrit dans une histoire d'amour de plusieurs décennies avec la culture française, du surréalisme à la Nouvelle Vague.
L'essentiel
- Jim Jarmusch, 72 ans, annonce le 26 décembre 2025 sur France Inter qu'il demande la nationalité française, affirmant vouloir « s'évader des États-Unis »
- Le réalisateur a remporté le Lion d'or à la 82e Mostra de Venise en septembre 2025 pour Father Mother Sister Brother, son premier film sur la famille
- Il affirme vouloir tourner tous ses prochains films en France, où il a déjà entamé des démarches pour un visa d'artiste depuis septembre
- Son attachement à la France remonte à la Nouvelle Vague : Truffaut, Godard et Rivette ont profondément influencé son cinéma depuis les années 1980
- En 2024, 103.661 étrangers ont obtenu la nationalité française, une tendance qui touche aussi des artistes comme l'écrivain Ken Follett
À 72 ans, Jim Jarmusch franchit un cap symbolique dans sa relation avec la France. Invité ce vendredi 26 décembre 2025 dans les studios de France Inter pour promouvoir son dernier film, le réalisateur américain a annoncé qu’il allait demander la nationalité française. « Je vais effectivement faire une demande, c’est en cours », a-t-il déclaré sans détour. Une révélation qui intervient quelques mois après que le cinéaste a obtenu le Lion d’or à la 82e Mostra de Venise en septembre dernier, consacrant ainsi Father Mother Sister Brother, son exploration inédite des secrets de famille.
Une fuite politique et culturelle vers l’Hexagone
Les motivations de Jim Jarmusch sont doubles. D’abord politiques : « Je voudrais avoir un autre endroit où je puisse m’évader des États-Unis », explique-t-il à la radio publique française. Sans mentionner explicitement Donald Trump, qu’il a pourtant critiqué vertement par le passé, le réalisateur de Dead Man exprime un malaise profond face à la situation américaine. Le HuffPost rappelle que cette démarche fait écho à celle de l’écrivain britannique Ken Follett, récemment naturalisé français en réaction au Brexit.
Mais au-delà du contexte politique, c’est une véritable déclaration d’amour à la France que livre Jarmusch. « Et puis la France, Paris, la culture française sont très profondément en moi. J’ai ça en moi : la poésie française, le surréalisme, la peinture, la littérature. Tout ça m’a toujours influencé. Le cinéma français surtout », confie-t-il. Selon BFM TV, le cinéaste avait déjà entamé début septembre les démarches pour obtenir un visa d’artiste français, préfigurant cette demande de naturalisation.
Une filmographie nourrie à la Nouvelle Vague
L’attachement de Jim Jarmusch à la France ne date pas d’hier. Dans une interview croisée avec David Cronenberg pour Interview Magazine, il avait déjà confié : « De l’autre côté de l’Atlantique, je suis considéré comme un cinéaste indépendant, et j’en suis content. Mais en France, je suis un véritable réalisateur. » Cette reconnaissance française s’est construite dès les années 1980, lorsque son premier long-métrage Stranger Than Paradise remportait la Caméra d’or à Cannes en 1984.
Le palmarès cannois du réalisateur témoigne de cette relation privilégiée : une Palme d’or du court métrage pour Coffee and Cigarettes, un Grand Prix pour Broken Flowers. Plus récemment, il était l’invité d’honneur du festival Paris Photo en novembre 2024. Diverto rapporte ses propres mots : « J’étais obsédé par la Nouvelle Vague », citant Truffaut, Godard et Rivette comme influences majeures. Il va jusqu’à expliquer que sa façon de regarder le cinéma américain s’est construite « comme un retour, un ressac du cinéma français ».
Father Mother Sister Brother, une plongée inédite dans l’intimité familiale
Le film qui accompagne cette annonce marque un tournant dans la carrière de Jarmusch. Father Mother Sister Brother, qui sortira en salles françaises le 7 janvier 2026, explore pour la première fois le thème de la famille. « Jamais je n’ai parlé de famille dans mes films, jamais », reconnaît le cinéaste sur France Inter. Ce triptyque filmé entre le New Jersey, Dublin et Paris met en lumière « les non-dits et les tromperies qui peuvent exister au sein des familles ».
Le casting cinq étoiles réunit Adam Driver, Cate Blanchett, Tom Waits, Vicky Krieps, Charlotte Rampling et Mayim Bialik. Structuré en trois chapitres comme « des mouvements dans une symphonie », le film observe comment « les parents ne sont pas toujours très francs avec leurs enfants pour diverses raisons ». Charlotte Rampling, qui complète cette distribution prestigieuse, apporte selon Jarmusch une touche « magique », étant « la pièce du puzzle qui manquait ».
« Je serais très honoré, je crois, d’avoir un passeport français », déclare Jim Jarmusch sur France Info.
Paris comme territoire créatif pour l’avenir
La dimension française du film va au-delà d’un simple décor. L’un des trois chapitres suit des jumeaux franco-américains incarnés par Indya Moore et Luka Sabbat, tournés dans un Paris contemporain. Son producteur français Charles Guillibert explique au CNC que Jarmusch « a un lien très fort avec la France, il est lié à beaucoup d’artistes et de techniciens parisiens ». Ce n’est pas un Paris « complètement gentrifié », précise-t-il, mais « un Paris qui abrite les artistes, des endroits où Jim peut se reconnaître facilement ».
Le réalisateur, qui avait déjà filmé la capitale dans Night on Earth au début des années 1990, va plus loin en affirmant vouloir tourner tous ses prochains films en France. Une décision qu’il justifie aussi par des raisons pratiques : « Tourner aux États-Unis est prohibitif. C’est stressant, c’est traumatisant », avait-il confié à Interview Magazine. 20 Minutes précise qu’il reste discret sur ses projets futurs « par superstition », mais confirme qu’ils seront tous réalisés dans l’Hexagone.
Une démarche qui s’inscrit dans une tendance
Jim Jarmusch n’est pas le seul artiste international à chercher refuge en France. En 2024, selon les chiffres de l’Insee rapportés par Le HuffPost, 103.661 ressortissants étrangers ont acquis la nationalité française. La plupart l’ont obtenue par décret, suivies des déclarations anticipées pour les mineurs étrangers nés en France, puis des déclarations par mariage ou ascendance.
Le cas de Ken Follett, romancier britannique anti-Brexit récemment naturalisé, illustre cette dynamique d’artistes internationaux cherchant dans la nationalité française à la fois un refuge politique et une reconnaissance culturelle. Pour Jarmusch, qui décrit Paris comme « le deuxième amour de ma vie après New York », cette démarche administrative concrétise une histoire d’amour intellectuelle et artistique de plusieurs décennies. Reste à savoir si l’administration française honorera rapidement ce réalisateur qui, à 72 ans, souhaite faire de la France non pas une simple résidence secondaire, mais le territoire exclusif de sa création future.
Sources
- France Inter (26 décembre 2025)
- BFM TV (26 décembre 2025)
- Le HuffPost (26 décembre 2025)
- France Info (26 décembre 2025)
- 20 Minutes (26 décembre 2025)
- Diverto (26 décembre 2025)