Mardi 18 novembre 2025, un portrait peint par Gustav Klimt entre 1914 et 1916 a été adjugé pour 236,4 millions de dollars (204 millions d'euros) chez Sotheby's à New York, devenant ainsi la deuxième œuvre d'art la plus chère jamais vendue aux enchères. Six acheteurs se sont disputés pendant vingt minutes ce chef-d'œuvre représentant Elisabeth Lederer, fille du principal mécène de l'artiste autrichien, dépassant largement l'estimation initiale de 150 millions de dollars.
L'essentiel
- Le Portrait d'Elisabeth Lederer de Gustav Klimt a été vendu 236,4 millions de dollars le 18 novembre 2025 chez Sotheby's à New York, dépassant de 57,6% l'estimation initiale de 150 millions de dollars
- Six acheteurs se sont affrontés pendant exactement vingt minutes pour acquérir ce tableau peint entre 1914 et 1916, devenu la deuxième œuvre la plus chère jamais adjugée aux enchères
- Cette vente intervient dans un contexte de crise du marché de l'art, avec une chute de 33,5% du produit mondial des enchères en 2024 à 9,9 milliards de dollars, son plus bas niveau depuis 2009
- La collection Leonard A. Lauder a généré 527,5 millions de dollars au total, dont 391,7 millions uniquement pour les œuvres de Klimt, qualifiée d'événement historique par le directeur de Sotheby's
- Le tableau, pillé par les nazis et presque détruit par un incendie pendant la Seconde Guerre mondiale, représente Elisabeth Lederer en robe impériale chinoise blanche et fait partie des rares portraits en pied de la période phare de Klimt (1912-1917)
Dans la salle des ventes new-yorkaise de Sotheby’s, l’atmosphère était électrique mardi soir. Pendant exactement vingt minutes, six acheteurs se sont affrontés pour acquérir l’un des trésors les plus rares de l’art moderne : le Portrait d’Elisabeth Lederer de Gustav Klimt. Lorsque le marteau est tombé à 236,4 millions de dollars, soit 204 millions d’euros, l’assistance a retenu son souffle. Ce montant stratosphérique propulse cette toile peinte entre 1914 et 1916 au rang de deuxième œuvre d’art la plus chère jamais adjugée aux enchères, juste derrière le controversé Salvator Mundi attribué à Léonard de Vinci, vendu 450 millions de dollars en 2017.
Combien ? 236,4 millions de dollars pour un chef-d’œuvre rescapé
Le prix final de cette vente dépasse de 57,6% l’estimation initiale de 150 millions de dollars établie par Sotheby’s. Selon CNews, le tableau représente Elisabeth Lederer dans une robe impériale chinoise blanche, se détachant devant une tapisserie bleue ornée de motifs d’inspiration asiatique. Cette œuvre fait partie des grands portraits en pied que Klimt a réalisés pendant sa période phare, entre 1912 et 1917, des créations « extrêmement rares » dont la plupart appartiennent désormais aux collections des grands musées internationaux.
L’histoire de ce tableau ajoute une dimension tragique à sa valeur. Pillé par les nazis puis presque entièrement détruit par un incendie pendant la Seconde Guerre mondiale, le portrait a été miraculeusement restauré. En 1948, il fut restitué à Erich Lederer, le frère d’Elisabeth qui avait lui-même posé pour Egon Schiele. La toile resta en sa possession jusqu’à sa vente en 1983, deux ans avant sa mort. En 1985, elle devint le joyau de la collection privée de Leonard A. Lauder, héritier de l’empire des cosmétiques Estée Lauder, décédé en juin 2025 à l’âge de 92 ans.
Pourquoi maintenant ? Une vente exceptionnelle dans un marché en crise
Le timing de cette vente record interroge. Comme le rapporte RTS, cette adjudication historique intervient alors que le produit mondial des enchères d’œuvres d’art a chuté de 33,5% en 2024 pour atteindre 9,9 milliards de dollars, son plus bas niveau depuis 2009, selon le rapport annuel Artprice publié en mars. En cause : un contexte économique difficile et surtout un manque criant d’œuvres de grande valeur sur le marché.
La vente de la collection Lauder représentait donc une opportunité exceptionnelle. Au total, les 24 lots mis aux enchères ont généré 527,5 millions de dollars (455,6 millions d’euros), dont 391,7 millions (338,3 millions d’euros) rien que pour les œuvres de Gustav Klimt. Charles Stewart, directeur général de Sotheby’s, n’a pas hésité à qualifier l’événement d’
« événement historique pour le marché de l’art »
dans un communiqué officiel. Cette vente démontre que malgré la morosité ambiante, les pièces exceptionnelles continuent d’attirer les plus grandes fortunes mondiales.
Qui est impacté ? Les collectionneurs et le marché de Klimt bouleversés
L’identité de l’acquéreur n’a pas été dévoilée par Sotheby’s, conformément aux usages pour ce type de transaction. Mais cette vente redéfinit complètement le marché de Gustav Klimt. Le précédent record pour l’artiste autrichien était détenu par la Dame à l’éventail (1917-1918), adjugée pour 85,3 millions de livres sterling (98,9 millions d’euros, soit 108,8 millions de dollars) à Londres en 2023. Le nouveau record représente donc une augmentation de 117,4% par rapport à cette précédente référence.
Plusieurs autres œuvres de Klimt ont également trouvé preneur lors de cette même soirée d’enchères. Selon La Nouvelle République, sa Prairie en fleur (vers 1908) s’est vendue pour 86 millions de dollars (74,2 millions d’euros) et sa Pente forestière à Unterach am Attersee (1916) pour 68,3 millions de dollars (58,9 millions d’euros). Deux études pour un portrait ont également été adjugées respectivement à 520 700 dollars et 482 600 dollars. Cette concentration de ventes majeures en une seule soirée témoigne de l’appétit insatiable des collectionneurs pour le maître viennois de la Sécession.
Quelle probabilité ? Le Salvator Mundi reste hors d’atteinte
Avec ses 236,4 millions de dollars, le Portrait d’Elisabeth Lederer reste à 47,5% du montant record du Salvator Mundi de Léonard de Vinci. Cette œuvre controversée, dont l’attribution au maître de la Renaissance fait toujours débat parmi les historiens de l’art, conserve donc confortablement sa première place au panthéon des œuvres les plus chères. La probabilité qu’un tableau dépasse ce record dans les prochaines années reste faible, selon les experts du marché de l’art.
Le Portrait d’Elisabeth Lederer devient néanmoins l’œuvre d’art moderne la plus chère jamais vendue aux enchères, une distinction importante qui souligne la place particulière de Klimt dans l’histoire de l’art du XXe siècle. Seuls deux portraits en pied de cette période phare du peintre restent désormais dans des collections privées, rendant toute future vente encore plus exceptionnelle et potentiellement plus lucrative.
Et après ? Un marché à deux vitesses se dessine
Cette vente record dessine les contours d’un marché de l’art à deux vitesses. D’un côté, les œuvres exceptionnelles et historiques continuent de battre des records, portées par une poignée de milliardaires capables de mobiliser des centaines de millions. De l’autre, le marché général stagne, avec une baisse de 33,5% du produit des enchères en 2024. Cette dichotomie devrait s’accentuer dans les mois à venir.
Dans l’immédiat, tous les regards se tournent vers la prochaine grande vente chez Sotheby’s. Comme le mentionne Watson, un autoportrait de Frida Kahlo intitulé « Le rêve (La chambre) » (1940) sera mis aux enchères jeudi, avec une estimation entre 40 et 60 millions de dollars. S’il dépasse les 44,4 millions de dollars payés en 2014 pour une œuvre de Georgia O’Keeffe, il deviendrait le tableau le plus cher réalisé par une femme. Une autre enchère remarquée a également eu lieu mardi : les toilettes en or massif du provocateur italien Maurizio Cattelan ont été vendues à une « célèbre marque américaine » pour 12,1 millions de dollars (10,4 millions d’euros).
La vente du Portrait d’Elisabeth Lederer marque-t-elle le début d’une nouvelle ère pour le marché de l’art moderne, où seules les pièces muséales atteindront des sommets stratosphériques ? Les prochaines grandes ventes apporteront des éléments de réponse à cette question qui obsède désormais collectionneurs et maisons d’enchères.
Sources
- CNews (19 novembre 2025)
- RTS (19 novembre 2025)
- La Nouvelle République (19 novembre 2025)
- Watson (19 novembre 2025)
- Sotheby's (18 novembre 2025)