37 militants écologistes bannis de Venise après avoir teint le Grand Canal

Greta Thunberg et Extinction Rebellion écopent de 150 euros d'amende et 48 heures d'interdiction de séjour suite à leur action du 22 novembre

37 militants écologistes bannis de Venise après avoir teint le Grand Canal
Militants en rouge sur le pont du Rialto avec le Grand Canal teint en vert Marie Delacroix / INFO.FR

Le samedi 22 novembre 2025, les eaux du Grand Canal de Venise se sont parées d'une teinte verte fluorescente. Greta Thunberg et 37 militants d'Extinction Rebellion ont versé de la fluorescéine dans le célèbre canal vénitien pour dénoncer l'échec de la COP30 de Belém. Cette action coup de poing, baptisée "Stop Ecocide", leur a valu une interdiction de séjour de 48 heures et une amende de 150 euros chacun. Simultanément, neuf autres sites italiens ont subi le même sort, du Pô à Turin aux fontaines de Padoue.

L'essentiel

  • Le 22 novembre 2025, Greta Thunberg et 37 militants d'Extinction Rebellion ont versé de la fluorescéine dans le Grand Canal de Venise, entraînant une amende de 150 euros et 48 heures d'interdiction de séjour
  • L'action a été coordonnée simultanément dans 10 villes italiennes, ciblant le Pô à Turin, le Reno à Bologne, le Tara à Tarente et des fontaines à Padoue et Gênes
  • Cette mobilisation répondait directement à l'échec de la COP30 de Belém qui s'est achevée sans plan de sortie des énergies fossiles face à l'opposition des pays pétroliers
  • Luca Zaia, président de la région Vénétie, a vivement condamné un "geste peu respectueux" et accusé les militants de se moquer "éperdument de l'environnement"
  • Il s'agit de la deuxième coloration du Grand Canal à la fluorescéine après un précédent mystérieux en mai 2023, Extinction Rebellion ayant déjà mené des actions similaires après la COP28 de Dubaï

À 13h37 précises ce samedi 22 novembre 2025, les touristes déambulant sur le pont du Rialto ont assisté à un spectacle inhabituel. Sous leurs yeux, les eaux turquoise du Grand Canal de Venise viraient progressivement au vert fluorescent. Selon Le Parisien, Greta Thunberg accompagnée de 37 militants d’Extinction Rebellion venait de déverser plusieurs litres de fluorescéine dans le canal, transformant l’emblème de la Sérénissime en manifeste écologique géant. Une action coordonnée qui survenait alors que la COP30 de Belém touchait à sa fin avec un accord jugé décevant par les organisations environnementales.

Une mobilisation nationale orchestrée depuis dix villes italiennes

L’opération vénitienne ne constituait que la partie visible d’une mobilisation d’envergure nationale. Comme le rapporte TF1 Info, les militants ont simultanément ciblé neuf autres sites à travers l’Italie. Le fleuve Pô à Turin, le Canale delle Molline à Bologne, la rivière Aniene à Rome, le fleuve Tara à Tarente ainsi que des fontaines à Padoue et Gênes se sont parés de la même teinte verte caractéristique. Cette synchronisation témoignait d’une organisation militaire au service d’un message environnemental.

Les manifestants, entièrement vêtus de rouge avec le visage voilé, ont défilé lentement à travers la foule des touristes avant de procéder à l’action. Sur le pont du Rialto, une banderole proclamait « Stop à l’écocide ». Le colorant utilisé, de la fluorescéine, est un sel de sodium couramment employé par les spéléologues et les plongeurs pour tracer les courants aquatiques. CNews précise que ce produit est considéré comme « totalement inoffensif » pour l’environnement selon le communiqué d’Extinction Rebellion Italie.

Une réponse directe à l’échec de la COP30

Le timing de cette action n’avait rien d’anodin. Après deux semaines de négociations entre près de 200 pays à Belém au Brésil, la COP30 s’achevait sur un accord sans plan de sortie des énergies fossiles. L’Union européenne avait plaidé pour une « feuille de route » d’élimination progressive des combustibles fossiles, mais ces termes ont disparu du texte final face à l’opposition des pays pétroliers, notamment l’Arabie saoudite. Le texte adopté se contentait d’inviter les pays à accélérer « volontairement » leur action climatique.

« Le sommet mondial le plus important pour définir des accords politiques internationaux visant à contrer l’effondrement climatique et social touche à sa fin, et une fois de plus cette année, l’Italie a été parmi les pays bloquant les propositions les plus ambitieuses », a déclaré Paola, une militante citée par Paris Match Belgique.

Pour Extinction Rebellion, cette mobilisation visait à « dénoncer les politiques écocides du gouvernement italien » et alerter sur « les conséquences dramatiques du changement climatique ». L’organisation reprochait particulièrement à Rome d’avoir fait partie des États bloquant les propositions les plus ambitieuses lors des négociations climatiques internationales.

Des sanctions immédiates et une condamnation politique ferme

La réaction des autorités italiennes ne s’est pas fait attendre. D’après Le Parisien, chacun des 37 militants a écopé d’une amende de 150 euros et d’une interdiction d’accéder à la ville de Venise pendant 48 heures. Ces sanctions, rapportées initialement par The Telegraph, marquent une réponse judiciaire rapide aux actions de désobéissance civile.

Luca Zaia, président de la région Vénétie, a vivement condamné cette initiative. Il a qualifié l’action de « geste peu respectueux pour nos villes, leur histoire et leur fragilité », s’inquiétant qu’elle puisse « avoir aussi des conséquences sur l’environnement ». Sur ses réseaux sociaux, le gouverneur régional a martelé sa position sans ambiguïté :

« Il est clair que ces personnes se moquent éperdument de l’environnement, de nos villes et de leur fragilité. Je suis d’autant plus surpris de voir Greta Thunberg parmi les auteurs de cette manifestation inutile, qui vise clairement – plus qu’à sensibiliser à l’environnement – à attirer l’attention médiatique », selon les propos rapportés par CNews.

Un précédent mystérieux et une stratégie récurrente

Cette coloration spectaculaire du Grand Canal n’était pas une première pour Venise. En mai 2023, un tronçon du célèbre canal avait déjà été mystérieusement coloré avec de la fluorescéine, sans que les auteurs ne soient identifiés à l’époque. L’incident avait suscité de nombreuses interrogations sur les motivations et l’origine de cette action.

Pour Extinction Rebellion, la stratégie de coloration des cours d’eau italiens s’inscrit dans une récurrence assumée. Il y a deux ans, après la COP28 de Dubaï, l’organisation avait déjà teinté les rivières et les mers de cinq villes italiennes pour protester contre les résultats jugés insuffisants du sommet climatique. Cette répétition méthodique témoigne d’une volonté de marquer les esprits à chaque grande conférence internationale sur le climat.

Greta Thunberg, une militante aux multiples fronts

La présence de Greta Thunberg à Venise s’inscrit dans un activisme tous azimuts qui dépasse désormais la seule question climatique. Selon CNews, cette action fait suite à sa récente détention pendant cinq jours en Israël en octobre 2025. La militante suédoise avait tenté d’acheminer de l’aide humanitaire à Gaza dans le cadre de la « Flottille de la liberté », aux côtés de 436 autres militants, parlementaires et avocats du monde entier.

Durant cette détention dans la prison de Ketziot, dans le désert du Néguev, L’Humanité rapporte que Greta Thunberg avait signalé aux autorités suédoises subir des mauvais traitements, incluant des privations d’eau et de nourriture ainsi que des conditions de détention particulièrement sévères. Ces expériences récentes n’ont manifestement pas entamé sa détermination à poursuivre ses actions de désobéissance civile.

L’action vénitienne du 22 novembre 2025 soulève une question centrale : jusqu’où les militants écologistes sont-ils prêts à aller pour forcer les gouvernements à prendre des mesures concrètes face à l’urgence climatique ? Entre efficacité médiatique et risque de contre-productivité, la stratégie d’Extinction Rebellion continue de diviser, même au sein du mouvement environnemental. Alors que les prochaines négociations climatiques internationales se profilent déjà à l’horizon, nul doute que les eaux italiennes pourraient à nouveau se parer de teintes inhabituelles.

Sources

  • Le Parisien (24 novembre 2025)
  • TF1 Info (22 novembre 2025)
  • CNews (25 novembre 2025)
  • Paris Match Belgique (24 novembre 2025)
  • L'Humanité (5 octobre 2025)
Claire Delattre

Claire Delattre

Journaliste spécialisée dans l'analyse politique et les affaires publiques. Formation en sciences politiques et journalisme. Plusieurs années d'expérience en presse écrite et digitale, notamment sur la couverture des institutions françaises et européennes. Rejoint INFO.FR en novembre 2025 pour développer la rubrique politique.