4Murs : 77 à 80 magasins fermés, 350 emplois supprimés

L'enseigne mosellane de papier peint, créée en 1969, liquide son réseau physique et vise 12 millions d'euros en ligne d'ici 2030, contre 80 millions aujourd'hui.

Illustration : 4Murs ferme 77 à 80 magasins et supprime 350 emplois
Illustration : 4Murs ferme 77 à 80 magasins et supprime 350 emplois INFO.FR

L'enseigne mosellane 4Murs, spécialiste historique du papier peint, annonce la fermeture de 77 à 80 magasins d'ici juin 2026 et la suppression de 350 emplois sur 400. Quatrième plan social en deux ans, la direction mise désormais sur un pivot 100 % numérique avec un objectif de chiffre d'affaires divisé par près de sept.

LES ENJEUX
Plan social massif
350 postes supprimés sur 400, quatrième PSE en deux ans
Pari e-commerce risqué
CA cible de 12 M€ en ligne d'ici 2030, contre 80 M€ en physique aujourd'hui
Fin d'une enseigne historique
Fondée en 1969, 4Murs comptait encore 110 magasins et 500 salariés il y a cinq ans
Viabilité du modèle
Aucun précédent réussi dans la décoration murale en 100 % digital
L'essentiel — les faits vérifiés
  • 4Murs annonce la fermeture de 77 à 80 magasins d'ici juin 2026 et la suppression de 350 emplois sur 400.
  • Il s'agit du quatrième plan social en deux ans pour l'enseigne mosellane fondée en 1969.
  • La direction vise 12 millions d'euros de chiffre d'affaires en ligne d'ici 2030, contre 80 millions en 2025.
  • En novembre 2025, la direction avait refusé de confirmer ou de détailler les scénarios de fermeture évoqués par la presse.
  • Fortune Business Insights évalue le marché mondial du papier peint à 2,01 milliards de dollars en 2025, en croissance.
  • Les effectifs sont passés d'environ 500 salariés à 50, selon 20 Minutes.
  • Aucune réaction syndicale n'a été rapportée dans les sources disponibles au 25 mars 2026.

Il y a quatre mois, fin novembre 2025, 20 Minutes rapportait que 4Murs envisageait de fermer 80 de ses 90 magasins , une perspective que la direction avait alors refusé de confirmer ou de détailler les scénarios évoqués. Christophe Ranchoup, directeur général, parlait d’un « pivot digital très important, progressivement ». Le progressivement n’aura pas duré : depuis février, les fermetures s’enchaînent au rythme de 4 par semaine, et la conférence de presse tenue ce mercredi au siège de Marly (Moselle) a confirmé la liquidation totale du réseau physique d’ici début juin 2026, avec 350 suppressions de postes sur les 400 encore en activité, d’après Le Parisien et Le Figaro.

Quatre plans sociaux en vingt-quatre mois

Le calcul est simple : en 2021, Le Républicain Lorrain décrivait un groupe de 110 magasins en France et en Belgique, dont le capital appartenait intégralement à Cédric Drugmanne, fils du fondateur Michel Drugmanne. Cinq ans plus tard, il reste 50 salariés, zéro boutique et un objectif de chiffre d’affaires divisé par 6,7. Entre-temps, l’entreprise aura traversé 4 plans sociaux successifs, perdu une centaine de points de vente et vu ses effectifs fondre de 500 à 50 personnes, selon 20 Minutes. « Le modèle historique fondé sur un réseau étendu de magasins n’était plus adapté et surtout il ne permettait plus d’atteindre un équilibre économique durable », a déclaré Christophe Ranchoup, cité par Le Parisien. C’est une hémorragie.

Infographie : 📅 La descente de 4Murs
📅 La descente de 4Murs , INFO.FR

Or, la direction invoque « le ralentissement du marché de la décoration, la contraction des projets liée à la crise du logement et l’évolution du pouvoir d’achat des ménages ». Christophe Ranchoup affirme que « le marché du papier peint est en baisse depuis plus de 15 ans ». L’affirmation mérite d’être nuancée : à l’échelle mondiale, Fortune Business Insights évalue le marché du papier peint à 2,01 milliards de dollars en 2025, en croissance régulière selon les projections du secteur. Le marché mondial ne s’effondre pas. C’est le modèle de distribution en boutique périphérique française qui, en substance, a cessé de fonctionner.

Un chiffre d’affaires divisé par 6,7 : le pari du tout-numérique

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80 M€ → 12 M€
Chiffre d'affaires visé en 2030, contre 80 millions en 2025 : une division par 6,7
Source : Le Parisien / Le Figaro, 25 mars 2026

À rebours de la rhétorique habituelle des « pivots digitaux » qui promettent la croissance, 4Murs annonce explicitement un rétrécissement massif : 12 millions d’euros de chiffre d’affaires visés à l’horizon 2030, contre 80 millions en 2025, comme l’indiquent Le Parisien et Le Figaro. Rapporté aux 50 salariés restants, cela donne un CA par employé de 240 000 euros, ce qui, pour un pure player e-commerce de décoration, n’est pas absurde en soi. Pour autant, la question de la part actuelle du e-commerce dans les 80 millions de 2025 n’a été posée par aucun média, et la direction ne l’a pas communiquée. Si le site en ligne ne représentait que 5 à 10 % du CA (soit 4 à 8 millions), l’objectif de 12 millions supposerait un quasi-doublement en quatre ans, sans le levier de trafic que représentaient les magasins physiques. C’est un pari, pas un plan.

La comparaison avec La Redoute, souvent citée comme le modèle français de pivot digital réussi, est instructive mais trompeuse. Alphalyr rappelle que La Redoute affichait 88 millions d’euros de pertes nettes en 2013, avant que le rachat par les Galeries Lafayette et un investissement massif dans la logistique, la data et le catalogue ne permettent un retour au milliard d’euros de chiffre d’affaires en 2020, avec 20 % de croissance des ventes en ligne, comme le documente L’Art du Pivot. La Redoute vendait du textile et du mobilier, des catégories à forte récurrence d’achat. Le papier peint, que les clients veulent toucher, comparer en lumière naturelle et acheter une fois tous les 5 à 10 ans, n’offre pas les mêmes fondamentaux de conversion en ligne. Du reste, aucune enseigne spécialisée dans la décoration murale n’a réussi un tel basculement intégral.

350 salariés, des magasins vides et un silence syndical

Infographie : 4Murs en 2021
4Murs en 2021 , INFO.FR

« Cette décision est douloureuse humainement. 4Murs s’est construit avec et grâce à ses équipes », a affirmé la direction, d’après Le Parisien. La formule est convenue. Ce qui l’est moins, c’est l’absence totale de réaction syndicale dans l’ensemble des sources disponibles ce mercredi. Ni la CGT, ni la CFDT, ni FO n’ont été cités, que ce soit dans Le Figaro, Charente Libre ou L’Union. Pour une entreprise familiale de 400 salariés en zone périphérique, où les alternatives d’emploi sont rarement abondantes, ce silence interroge.

Si l’on en croit les données de Google Trends, les recherches sur « 4Murs fermeture » ont bondi de 144 % ces derniers jours. Sur le site 4murs.com, la page d’accueil a déjà été reformulée : « Pendant longtemps, vous veniez chez 4Murs pour imaginer vos murs. Aujourd’hui, 4Murs vient à vous, en ligne. » Ni les mesures concrètes du PSE (indemnités, reclassement, formation), ni le sort des dizaines de baux commerciaux en zone périphérique, ni l’identité des 50 profils conservés (tech, logistique, marketing digital) n’ont été détaillés. À l’aune de ce qui a été communiqué, la direction a présenté un calendrier de fermeture, pas un plan de transformation.

Le marché français de la décoration et de l’ameublement, déjà fragilisé par la crise du logement (792 000 ventes dans l’ancien en 2024, en net recul, selon la FNAIM et les notaires), ne manque pas de victimes. Pimkie, Habitat, Conforama : la liste des enseignes physiques en restructuration ou en liquidation s’allonge. 4Murs y ajoute 77 à 80 rideaux de fer baissés et 350 salariés qui, eux, n’ont pas pivoté.

Sources

Alexandre Mercier

Alexandre Mercier

Analyste économique et journaliste à INFO.FR. Formation supérieure en économie et communication. Spécialisé en rédaction web et analyse des marchés financiers. Couvre l'actualité économique française et internationale au quotidien. Passionné par la vulgarisation des sujets économiques complexes.

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