50 agriculteurs mobilisés au Touquet devant la résidence des Macron ce vendredi

Dès 5h30, la FNSEA et les Jeunes Agriculteurs ont déployé 30 tracteurs sur le front de mer pour protester contre le Mercosur

50 agriculteurs mobilisés au Touquet devant la résidence des Macron ce vendredi
Tracteurs d'agriculteurs alignés sur le front de mer du Touquet lors de la manifestation Nathalie Rousselin / INFO.FR

Depuis 5h30 ce vendredi 19 décembre, une cinquantaine d'agriculteurs sont rassemblés au Touquet devant le domicile d'Emmanuel et Brigitte Macron. À l'appel de la FNSEA et des Jeunes Agriculteurs, cette mobilisation matinale s'inscrit dans un mouvement national de contestation contre le traité de libre-échange avec le Mercosur, mais aussi contre la baisse des aides de la PAC et les protocoles sanitaires liés à la dermatose nodulaire contagieuse.

L'essentiel

  • 50 agriculteurs mobilisés dès 5h30 ce vendredi 19 décembre au Touquet avec 30 tracteurs devant la résidence des Macron, à l'appel de la FNSEA et des Jeunes Agriculteurs
  • La manifestation vise principalement à protester contre le traité de libre-échange Mercosur, dont la signature a été reportée à janvier par la Commission européenne
  • Les syndicats dénoncent également la baisse des aides de la PAC et les protocoles d'abattage systématique des troupeaux touchés par la dermatose nodulaire contagieuse
  • Une vague de mobilisations a touché toute la France ces derniers jours : 50 tracteurs à Strasbourg le 17 décembre, 40 tracteurs à Tours le 15 décembre, et entre 600 et 2000 manifestants au Puy-en-Velay le 16 décembre
  • La Coordination rurale et la Confédération paysanne revendiquent plus de 50% des voix aux dernières élections des Chambres d'agriculture dans plusieurs départements, témoignant d'une radicalisation du monde agricole

L’aube s’est levée sur une scène inhabituelle au Touquet. Dès 5h30 ce vendredi 19 décembre, une trentaine de tracteurs ont pris position sur le front de mer de la station balnéaire du Pas-de-Calais, devant la résidence d’Emmanuel et Brigitte Macron. Selon France Bleu, une cinquantaine d’agriculteurs répondaient à l’appel de la FNSEA et des Jeunes Agriculteurs, certains arrivant avec des bennes remplies, bien que rien n’ait été déversé à 8h. Des policiers se sont également déployés sur place pour encadrer cette manifestation pacifique mais déterminée.

Une mobilisation contre le traité Mercosur en ligne de mire

Cette action matinale au Touquet intervient au lendemain de manifestations d’ampleur à Bruxelles contre la signature du traité de libre-échange entre l’Union européenne et les pays du Mercosur. Si la présidente de la Commission européenne a reporté la signature au mois de janvier, la FNSEA et les Jeunes Agriculteurs restent mobilisés pour réclamer l’annulation pure et simple de cet accord. Selon un agriculteur présent, membre de la FNSEA, cette manifestation vise à interpeller directement le président de la République sur les conséquences de ce traité pour l’agriculture française.

Les syndicats agricoles dénoncent une concurrence déloyale avec les producteurs sud-américains. Comme l’expliquait un betteravier lors d’une précédente mobilisation à Oppy :

« Les producteurs sud-américains n’ont pas les mêmes charges que nous »

Cette inégalité de traitement constitue le cœur de la contestation. Le 17 décembre, 150 tracteurs nordistes s’étaient déjà rendus à Bruxelles pour manifester leur opposition au traité.

Un ras-le-bol qui s’étend au-delà du Mercosur

La mobilisation des agriculteurs ne se limite pas au seul dossier du Mercosur. Les syndicats protestent également contre la baisse attendue des aides de la Politique Agricole Commune et contre la mise en place d’un mécanisme d’ajustement carbone aux frontières. Cette multiplication des fronts de contestation témoigne d’un malaise profond dans le monde agricole français.

La question de la dermatose nodulaire contagieuse cristallise également les tensions. Depuis plusieurs semaines, des mobilisations éclatent dans toute la France contre l’abattage systématique des troupeaux infectés. Le 17 décembre, 50 tracteurs de la Coordination rurale se sont positionnés devant le Parlement européen à Strasbourg pour dénoncer ce protocole sanitaire. Le 16 décembre au Puy-en-Velay, entre 600 et 2000 manifestants selon les sources s’étaient rassemblés devant la préfecture de Haute-Loire.

Des éleveurs au bord de la rupture

L’émotion est palpable dans les rangs agricoles. Lors de la manifestation au Puy-en-Velay, Bernard Bonnefoy, éleveur aux Estables, résumait le sentiment de nombreux professionnels :

« On a passé un pacte avec nos bêtes, de les protéger en échange de leur viande et de leur lait »

Le chef cuisinier Jacques Marcon, présent pour soutenir les agriculteurs, déclarait quant à lui :

« On souffre de ce modèle ultralibéral. Vous êtes, vous les agriculteurs, un maillon essentiel. Je suis favorable à l’Europe mais pas de cette Europe-là, avec l’accord avec le Mercosur. »

Dans le Lot, la tension est montée d’un cran le 12 décembre. Selon La Dépêche, Clément Desport, coprésident de la Coordination Rurale 46, affirmait :

« Avec ce qu’il s’est passé dans l’Ariège, la limite a été dépassée »

Il faisait référence à l’abattage d’un cheptel de plus de 200 bovins touchés par la dermatose nodulaire. Le même jour, dans les Hautes-Pyrénées, l’abattage de 20 vaches à Luby-Betmont s’est déroulé sous la surveillance d’une centaine d’agriculteurs venus des Hautes-Pyrénées, du Gers et des Pyrénées-Atlantiques.

Une vague de mobilisations qui s’intensifie

Le mouvement s’est propagé dans toute la France ces derniers jours. Le 15 décembre à Tours, plus de 40 tracteurs ont investi le centre-ville, déversant pneus et fumier devant la Direction départementale des territoires. La Coordination rurale d’Indre-et-Loire revendiquait 400 participants pour cette action. Le service de tramway a dû être interrompu et plusieurs centaines de kilos de pommes de terre ont été déposés devant la mairie.

Ces mobilisations témoignent d’un profond sentiment d’abandon ressenti par les agriculteurs. La Coordination rurale et la Confédération paysanne, qui revendiquent désormais « plus de 50 % des votants aux dernières élections à la Chambre d’agriculture » dans certains départements, entendent faire entendre leur voix face à des politiques européennes qu’ils jugent délétères pour leur profession.

Quelle issue pour cette colère agricole ?

La manifestation de ce vendredi au Touquet s’inscrit dans une stratégie de pression directe sur l’exécutif. En choisissant de se positionner devant la résidence personnelle du président de la République, les agriculteurs envoient un signal fort : leur détermination ne faiblit pas. Les autorités préfectorales multiplient les réunions avec les délégations syndicales, mais les promesses d’accompagnement financier et d’accélération de la vaccination contre la dermatose nodulaire peinent à apaiser les tensions.

Avec le report de la signature du traité Mercosur à janvier 2025, la mobilisation risque de s’intensifier dans les semaines à venir. Les agriculteurs français, soutenus par une partie croissante de l’opinion publique sensible aux questions de souveraineté alimentaire et de conditions d’élevage, semblent déterminés à poursuivre leur combat. La question reste de savoir si le gouvernement français parviendra à faire fléchir Bruxelles sur ce dossier explosif, ou si cette colère agricole continuera de s’exprimer aux quatre coins du territoire.

Sources

  • France Bleu (19 décembre 2025)
  • France 3 Régions (17 décembre 2025)
  • La Commère 43 (16 décembre 2025)
  • La Dépêche (12 décembre 2025)
  • NR Pyrénées (12 décembre 2025)
Nathalie Rousselin

Nathalie Rousselin

Reporter et journaliste d'investigation. Parcours en sciences sociales et journalisme de terrain. Expertise dans le traitement des faits de société et les enquêtes de fond. Expérience en presse quotidienne régionale. Rejoint INFO.FR pour couvrir l'actualité société et les faits divers.