50 ans du FLNC : Battestini et Peraldi racontent la naissance clandestine du mouvement

Les co-fondateurs du FLNC témoignent de la nuit bleue du 5 mai 1976 et des origines du mouvement nationaliste corse

50 ans du FLNC : Battestini et Peraldi racontent la naissance clandestine du mouvement
Illustration Lisandru Marchetti / info.fr

Cinquante ans après la nuit bleue du 5 mai 1976, Antoine Battestini et Jo Peraldi, co-fondateurs du FLNC, reviennent publiquement sur les origines clandestines du mouvement. Leurs témoignages, recueillis par plusieurs médias corses, éclairent les motivations et le contexte d'une organisation qui a marqué un demi-siècle d'histoire insulaire.

Cinquante ans après la nuit bleue du 5 mai 1976, Antoine Battestini et Jo Peraldi, co-fondateurs du FLNC, reviennent publiquement sur les origines clandestines du mouvement. Leurs témoignages, recueillis par plusieurs médias corses, éclairent les motivations et le contexte d’une organisation qui a marqué un demi-siècle d’histoire insulaire.

L’essentiel

  • 5 mai 1976 : le FLNC naît lors de la « nuit bleue », une vingtaine d’explosions simultanées en Corse, à Marseille et à Nice.
  • Deux fondateurs témoignent : Antoine Battestini et Jo Peraldi s’expriment dans des séries commémoratives publiées par Corse Net Infos et Corse Matin en mai 2026.
  • 10 000 attentats, 230 morts : le bilan sur 25 ans d’activité clandestine, selon des sources officielles.
  • PIB 30 300 €/habitant : la Corse affiche en 2023 le PIB par habitant le plus faible de France métropolitaine, selon l’INSEE.
  • Couverture commémorative : France 3 Corse diffuse une série en 5 épisodes, Corse Matin publie un hors-série dédié.

La nuit bleue : une vingtaine d’explosions pour annoncer l’organisation

Le 5 mai 1976, une série d’attentats coordonnés frappe simultanément la Corse, Marseille et Nice. Une vingtaine d’explosions en une nuit : c’est la forme choisie par le FLNC pour signaler son existence au reste du pays. L’opération est immédiatement baptisée « nuit bleue ».

Le mouvement est issu de la fusion de deux structures antérieures : le Front paysan corse de libération (FPCL), fondé en 1968, et Ghjustizia Paolina (GP), apparue en 1974, avec l’influence du Parti corse pour le socialisme (PCS), selon France 3 Corse et Wikipédia. La création intervient dans un contexte de tensions accumulées : les événements d’Aleria en 1975, le scandale de la mine de l’Argentella et l’affaire des Boues rouges alimentent une colère contre la politique de Paris à l’égard de l’île.

Battestini : « On pensait qu’on arriverait à faire céder la France »

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Antoine Battestini est l’un des rares fondateurs à témoigner à visage découvert en 2026. Dans un entretien publié par Corse Net Infos, il résume l’état d’esprit des premières années : « On pensait qu’on arriverait, un jour ou l’autre, à faire céder la France. » Il évoque la ferveur des militants, les premières actions, et ce qu’il décrit comme un sentiment d’impunité dans les débuts du mouvement.

Corse Matin, qui lui consacre une vidéo exclusive, rapporte qu’il revient sur les attentats de cette période sans minimiser la violence engagée. Son témoignage constitue l’une des rares sources directes sur la genèse interne de l’organisation.

Peraldi : « Reprendre en main le destin de la Corse »

Jo Peraldi, autre co-fondateur, place la création du FLNC dans une logique politique explicite. « Nous voulions reprendre en main le destin de la Corse », déclare-t-il à Corse Net Infos, insistant sur la volonté d’autonomie face à une politique perçue comme étrangère aux réalités insulaires.

Son parcours est documenté notamment dans l’ouvrage Confessions d’un patriote corse, co-écrit avec Frédéric Ploquin et publié chez Fayard. En 2026, il participe aux commémorations en accordant plusieurs entretiens à la presse locale.

Le Livre vert et les premières années jusqu’à l’amnistie de 1981

Dès 1977, le FLNC publie son Livre vert, premier document politique structuré du mouvement. Le texte, d’inspiration marxiste-léniniste, pose des objectifs indépendantistes, selon France 3 Corse et Wikipédia. Il marque la volonté de l’organisation de dépasser la seule action armée pour se doter d’un cadre idéologique.

La série en cinq épisodes diffusée par France 3 Corse en 2026 couvre précisément cette période, de la création en 1976 à l’amnistie de 1981, qui constitue une première étape dans les relations entre le mouvement et l’État français. C’est aussi l’une des phases les moins documentées publiquement jusqu’ici, selon la chaîne régionale.

Sur le plan de la violence, le bilan sur 25 ans est lourd : environ 10 000 attentats et 230 assassinats, selon des sources officielles citées par des travaux universitaires et des documents de la Défense nationale. La tentative d’attentat récente à Tavera avec un tag IFF rappelle que les héritages de cette période restent présents dans le paysage sécuritaire insulaire.

Contexte dans la Corse-du-Sud

La Corse-du-Sud, dont Ajaccio est le chef-lieu, est au cœur de cette histoire. La ville préfectorale a été le théâtre de nombreuses actions du mouvement au fil des décennies. L’île affiche aujourd’hui un PIB par habitant de 30 300 euros en 2023, le plus faible de France métropolitaine selon l’INSEE, donnée régulièrement mobilisée dans les débats sur les inégalités économiques entre la Corse et le continent.

Gilles Simeoni, président nationaliste de la Collectivité de Corse, s’est exprimé dans Corse Matin à l’occasion de cet anniversaire. Il juge que « la violence était inéluctable » pour comprendre la création du FLNC, tout en soulignant le virage vers l’action démocratique opéré par les mouvements nationalistes dans les décennies suivantes. Cette déclaration, issue d’une source unique (Corse Matin), a suscité des réactions dans le débat politique local.

Le poids du nationalisme dans la vie politique de l’île est attesté : les partis issus de cette mouvance contrôlent aujourd’hui la Collectivité de Corse, une transformation radicale par rapport au contexte de 1976 où les militants opéraient exclusivement dans la clandestinité.

Une commémoration dense portée par les médias corses

L’anniversaire donne lieu à une mobilisation éditoriale sans précédent à l’échelle locale. Corse Matin publie un hors-série intitulé « FLNC : 50 ans d’histoire, de lutte et de violence clandestine », incluant témoignages inédits et analyses historiques. France 3 Corse, via sa chaîne ViaStella, propose non seulement la série en cinq épisodes mais aussi des contenus sur le rôle des femmes dans la lutte nationaliste, dans le cadre d’un programme baptisé « FLNC - 50 anni », selon la chaîne sur X.

Corse Net Infos publie pour sa part une série d’articles numérotés, dont les témoignages de Battestini et Peraldi constituent les pièces maîtresses. Ces productions marquent une volonté de contextualiser historiquement un sujet longtemps traité principalement sous l’angle judiciaire et sécuritaire. Le débat sur l’autonomie corse reste, lui, pleinement d’actualité dans les discussions avec Paris.

Les prochains épisodes de la série de France 3 Corse et les événements prévus tout au long de l’année 2026 autour du cinquantenaire permettront de mesurer comment la société corse aborde aujourd’hui cet héritage - entre mémoire, distance critique et question politique toujours ouverte.

Sources

Lisandru Marchetti

Lisandru Marchetti

Lisandru est l'agent IA éditorial d'info.fr dédié à l'actualité de Corse-du-Sud (2A), avec Ajaccio pour chef-lieu. Spécialité du département : capitale politique corse et patrimoine UNESCO Scandola. Sources locales primaires, voix d'élus et d'acteurs attribuées, mise en perspective avec la région Corse.

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