À 7 heures précises ce lundi 24 novembre 2025, Ouaihid B., 52 ans, considéré comme l'un des 100 narcotrafiquants les plus dangereux de France, a quitté la prison de haute sécurité de Vendin-le-Vieil sans escorte policière. Condamné en 2012 à 8 ans de prison pour trafic de stupéfiants, évadé en 2014 grâce à un commando de 5 hommes armés, cet ancien baron du cannabis de La Courneuve se rend à Lyon pour un entretien d'embauche. Une décision judiciaire qui provoque une vive polémique politique et syndicale.
L'essentiel
- Ouaihid B., 52 ans, baron du cannabis de La Courneuve condamné en 2012 à 8 ans de prison, a quitté la prison de Vendin-le-Vieil ce 24 novembre 2025 à 7 heures sans escorte policière
- Évadé en 2014 grâce à un commando de 5 hommes armés déguisés en peintres lors d'un transfert médical, il bénéficie aujourd'hui d'une permission pour un entretien d'embauche à Lyon
- La décision de la chambre d'application des peines de Douai du 21 novembre a été prise contre l'avis du parquet de Béthune, du parquet général et du chef d'établissement pénitentiaire
- Le garde des Sceaux Gérald Darmanin annonce une réforme législative début 2026 pour créer un droit spécifique aux narcotrafiquants, sur le modèle du terrorisme
- Libérable en 2029, le détenu pourrait obtenir un aménagement de peine anticipé d'ici quelques mois si l'entretien professionnel est concluant, selon les sources pénitentiaires
Peu avant 8 heures ce lundi matin, un VTC quittait discrètement le portail de la prison de haute sécurité de Vendin-le-Vieil dans le Pas-de-Calais. À son bord : Ouaihid B., 52 ans, figure emblématique du narcotrafic en Seine-Saint-Denis, accompagné de son épouse. Destination : Lyon, à plus de 600 kilomètres, pour un rendez-vous qui pourrait changer sa vie. Selon RTL, cet ancien baron de la drogue bénéficie d’une permission de sortie pour un entretien d’embauche, sans aucune escorte policière. Une décision qui fait trembler les murs de l’administration pénitentiaire et enflamme la classe politique.
Un parcours criminel qui défie l’entendement
Le profil de ce détenu ne laisse personne indifférent. Condamné en 2012 à 8 ans de prison pour « association de malfaiteurs et trafic de stupéfiants », cet homme régnait avec ses frères sur un vaste réseau de cannabis qui s’étendait entre La Courneuve, le Maroc et les Pays-Bas. Son empire criminel a marqué les années 2000 en Seine-Saint-Denis, générant des millions d’euros de chiffre d’affaires illicite.
Mais c’est l’épisode de 2014 qui a gravé son nom dans les annales judiciaires françaises. Alors qu’il était transféré à l’hôpital pour des examens médicaux depuis la maison d’arrêt de Villepinte, un commando de 5 personnes déguisées en peintres, armées sous leurs combinaisons blanches, a attaqué son escorte au gaz lacrymogène. RMC rappelle que cette évasion spectaculaire avait duré deux semaines avant son arrestation au Blanc-Mesnil, où il s’était terré sans opposer de résistance.
Le passé criminel de cet homme porte également une tache indélébile : son implication dans une fusillade qui a coûté la vie à un enfant de 11 ans, touché par une balle perdue en 2005 à La Courneuve. Un drame qui résonne encore dans les mémoires des habitants du département.
Une décision judiciaire contre tous les avis
La permission de sortie accordée vendredi 21 novembre par la chambre d’application des peines de la cour d’appel de Douai s’est heurtée à une opposition unanime de l’administration. Le chef d’établissement de Vendin-le-Vieil, le parquet de Béthune et le parquet général de la cour d’appel de Douai avaient tous émis un avis défavorable. Selon Sud Ouest, le parquet avait même fait appel de la décision initiale du juge d’application des peines, en vain.
Le procureur de Béthune, Étienne Thieffry, a reconnu que le détenu était « dans les critères légaux » pour cette permission. Il a néanmoins nuancé ses propos en déclarant : « Après, tout est question d’opportunité et d’appréciation ». Le magistrat a rappelé un principe fondamental du droit pénal français : « C’est l’un des objectifs de la peine d’emprisonnement que de favoriser la réinsertion, pour permettre à la personne de retrouver sa place sans risque de récidive, après avoir payé sa dette envers la société. »
Maître Marie Violleau, avocate du détenu, défend fermement cette décision auprès de RTL : « Il justifie cette permission de sortir par un comportement exemplaire, par une rédemption qui a été examinée, vérifiée. Ça ne se fait pas comme ça une permission de sortir, il faut montrer patte blanche. Les gens ne sortent pas de prison comme ça, du jour au lendemain, on fait en sorte qu’ils soient accompagnés. »
Un protocole de sortie sans escorte qui interroge
Contrairement aux transferts classiques de détenus dangereux, cette permission s’effectue dans des conditions qui surprennent les observateurs. Une source pénitentiaire a confirmé à Sud Ouest que l’autorisation se fait sans escorte car « ce n’est pas le cadre habituel d’une permission de sortir employeur ». Toutefois, elle a précisé : « Néanmoins les forces de l’ordre locales ont été averties. »
Le détenu dispose d’une fenêtre de sortie comprise entre 7 heures et 21 heures ce lundi. Il doit impérativement regagner sa cellule du quartier de lutte contre la criminalité organisée (QLCO) avant cette échéance. L’entourage du ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a assuré qu’un « dispositif » serait mis en place toute la journée pour surveiller ses déplacements, sans pour autant détailler la nature exacte de ce dispositif.
Cette absence d’escorte physique interpelle d’autant plus que le détenu s’était évadé en 2014 précisément lors d’un transfert médical, moment où il était pourtant encadré par des forces de l’ordre. La confiance accordée aujourd’hui contraste violemment avec les précautions qui auraient dû être tirées de cet antécédent.
Une tempête politique et syndicale
La réaction du syndicat UFAP-UNSA Justice a été immédiate et virulente. Dans un communiqué publié samedi, l’organisation dénonce « une décision totalement déconnectée des exigences, des réalités et des contraintes imposées chaque jour aux personnels pénitentiaires ». Le syndicat pointe une incohérence majeure : « On ne peut pas imposer un régime ultra-renforcé, dire publiquement qu’on y incarcère les plus grands narcotrafiquants du pays et voir s’appliquer des décisions qui contredisent cet ensemble frontalement. C’est incohérent, dangereux et révélateur d’un système complètement déstructuré, un affront à la sécurité. »
Le garde des Sceaux Gérald Darmanin a réagi dimanche 23 novembre sur le réseau social X, affichant son agacement face à cette situation. Selon Le Monde, le ministre a déclaré : « L’épisode concernant le détenu de la prison de haute sécurité de Vendin-le-Vieil met en lumière un enjeu plus large : notre cadre législatif d’application des peines doit être pleinement revu face aux réalités de la grande criminalité organisée. Ces profils particulièrement structurés et dangereux exigent des outils juridiques différents et une vigilance toute particulière. »
« L’épisode concernant le détenu de la prison de haute sécurité de Vendin-le-Vieil met en lumière un enjeu plus large : notre cadre législatif d’application des peines doit être pleinement revu face aux réalités de la grande criminalité organisée », selon Gérald Darmanin sur X.
Le ministre de la Justice a annoncé son intention de proposer une réforme législative « en début d’année prochaine », sur le modèle de ce qui existe pour le terrorisme : « un droit spécifique et un juge d’application spécialisé qui connaît parfaitement les profils dangereux ». Cette annonce intervient quelques mois seulement après la promulgation en juin 2025 de la loi sur le narcotrafic, qui avait pourtant créé ces quartiers de haute sécurité censés isoler les narcotrafiquants les plus dangereux.
Un enjeu de réinsertion face aux impératifs sécuritaires
Au-delà de la polémique, cette affaire soulève une question fondamentale du système pénitentiaire français : comment concilier l’objectif de réinsertion des détenus avec les impératifs de sécurité publique, particulièrement pour les profils à très haut risque ? Ouaihid B., transféré à Vendin-le-Vieil durant l’été 2025 parmi les 100 premiers détenus de ce nouveau quartier de haute sécurité, est libérable en 2029. Selon un gardien interrogé par RTL, si l’entretien d’embauche s’avère concluant, il pourrait bénéficier d’une sortie anticipée d’ici quelques mois.
Cette perspective d’aménagement de peine s’inscrit dans la logique pénitentiaire classique : récompenser le bon comportement et favoriser la réinsertion progressive. Mais elle se heurte à la réalité du profil du détenu et à la symbolique de la prison de Vendin-le-Vieil, inaugurée comme un établissement d’exception pour les criminels les plus dangereux du pays en matière de narcotrafic.
L’avocate du détenu insiste sur la transformation de son client, évoquant une « rédemption confirmée » par plusieurs personnels pénitentiaires et un « comportement exemplaire » depuis son incarcération. Ces éléments ont visiblement pesé dans la décision des magistrats de la chambre d’application des peines, qui ont privilégié une approche fondée sur l’évolution du détenu plutôt que sur son passé criminel.
Reste à savoir si Ouaihid B. regagnera bien sa cellule avant 21 heures ce soir, validant ainsi la confiance que la justice lui a accordée. Un retour qui conditionnera probablement les futures décisions d’aménagement de peine, non seulement pour lui, mais aussi pour l’ensemble des détenus du QLCO de Vendin-le-Vieil. Cette journée du 24 novembre 2025 pourrait ainsi faire jurisprudence, dans un sens comme dans l’autre, et redéfinir les contours de l’application des peines pour les narcotrafiquants de haut niveau en France.
Sources
- RTL.fr (24 novembre 2025)
- Sud Ouest (24 novembre 2025)
- Le Monde (23 novembre 2025)
- Le Parisien (23 novembre 2025)
- RMC/BFMTV (24 novembre 2025)