83 députés exigent l’interdiction de Shein : 191 millions d’euros d’amendes

Une tribune transpartisane réclame le bannissement du géant chinois, accusé de toxicité et de concurrence déloyale

83 députés exigent l’interdiction de Shein : 191 millions d’euros d’amendes
L'hémicycle de l'Assemblée nationale française où siègent les 83 députés signataires Alexandre Mercier / INFO.FR

Dans une tribune publiée dimanche 23 novembre dans La Tribune Dimanche, 83 parlementaires de tous bords politiques réclament l'interdiction pure et simple de Shein sur le territoire français. Emmenés par Sandrine Le Feur, présidente de la commission du Développement durable de l'Assemblée nationale, les signataires dénoncent un modèle économique destructeur pour l'environnement, la santé publique et l'emploi. Cette offensive intervient alors que la plateforme chinoise vient d'ouvrir un corner au BHV parisien et a déjà écopé de 191 millions d'euros d'amendes en France cette année.

L'essentiel

  • 83 députés de tous bords politiques, de la gauche à la droite (hors RN et LFI), réclament l'interdiction de Shein en France dans une tribune publiée le 23 novembre 2025
  • Shein a déjà été condamné à 191 millions d'euros d'amendes en France en 2025 pour fausses promotions et informations trompeuses
  • 80 % des produits Shein ne respecteraient pas les normes européennes selon les députés, avec présence de plomb à des taux supérieurs aux seuils autorisés
  • Les dirigeants de Shein sont convoqués le 2 décembre 2025 devant la commission du Développement durable après avoir esquivé deux auditions précédentes
  • Une audience judiciaire le 27 novembre doit statuer sur la suspension du site en France après la découverte de ventes de poupées sexuelles d'apparence enfantine et d'armes prohibées

Selon Le Télégramme, 83 parlementaires ont publié dimanche 23 novembre une tribune cinglante dans La Tribune Dimanche réclamant l’interdiction de Shein en France. Cette mobilisation transpartisane, pilotée par la députée finistérienne Sandrine Le Feur, présidente de la commission du Développement durable, rassemble des élus d’Ensemble pour la République, du Parti socialiste, des Républicains, d’Horizons et du MoDem. Parmi les signataires figurent Marie-Noëlle Battistel (PS), Josiane Corneloup (LR), Laetitia Saint-Paul (Horizons) et Erwan Balanant (MoDem).

Dans 7 jours : l’audition décisive du 2 décembre

D’après Hit West, la commission du Développement durable de l’Assemblée nationale a officiellement convoqué les dirigeants de Shein pour une audition prévue le 2 décembre 2025. Cette convocation fait suite à un premier rendez-vous manqué le 18 novembre, où les représentants de la plateforme ne s’étaient pas présentés. Initialement programmée pour le 26 novembre, l’audition a été repoussée au 2 décembre, Shein invoquant une audience judiciaire le même jour pour justifier son absence au premier rendez-vous.

Comme le rapporte France 3 Régions, les députés dénoncent dans leur tribune « une audition qu’ils avaient tenté d’esquiver ». Cette stratégie d’évitement ne fait qu’alimenter la colère des parlementaires, qui y voient une confirmation du mépris de l’entreprise chinoise pour les institutions françaises. Sandrine Le Feur a d’ailleurs menacé de saisir le procureur de la République en cas de nouveau refus de comparaître.

Dans 48h : la bataille judiciaire et européenne

Selon Orange Actualités, Shein doit comparaître mercredi 27 novembre devant le tribunal judiciaire de Paris. Cette audience porte sur une demande de suspension du site en France après la découverte de la vente de poupées sexuelles d’apparence enfantine et d’armes de catégorie A, notamment des poings américains. Cette convocation judiciaire illustre la multiplication des fronts ouverts contre le géant chinois de l’ultra-fast fashion.

Parallèlement, une proposition de résolution européenne sera examinée mercredi à l’Assemblée nationale. Déposée par des députés de tous bords – à l’exception notable des groupes La France insoumise, Rassemblement national et UDR -, ce texte réclame davantage de fermeté envers les plateformes de commerce en ligne comme Shein. Cette initiative témoigne d’une volonté de coordonner l’action au niveau européen face à un acteur qui échappe largement aux régulations nationales.

Il y a 2 heures : une dédiabolisation dénoncée

Dans leur tribune, les 83 parlementaires s’insurgent contre l’installation récente de Shein au BHV, grand magasin parisien emblématique. Comme le souligne Le Télégramme, ils affirment avec force que :

« Ce n’est pas la mode qui se démocratise, c’est Shein qui se dédiabolise. Le visage le plus brutal de la fast fashion s’offre une respectabilité de façade. »

Selon France 3 Régions, Laetitia Saint-Paul, députée Horizons du Maine-et-Loire, a qualifié sa signature de « signature de conviction ». Elle dénonce un modèle économique où « à 80 % les produits ne respectent pas les normes européennes fixées à nos entreprises ». La députée pointe également les cas multiples de plagiat et le non-respect de la propriété intellectuelle, faisant de la France « une proie facile » pour « la Chine sur le sujet de l’ultra-fast fashion ».

Il y a 1 semaine : les trois piliers de l’accusation

Les signataires de la tribune articulent leur demande d’interdiction autour de trois griefs majeurs. D’après Hit West, ils accusent Shein de pratiquer une « concurrence déloyale » massive et d’inonder le marché français de « produits toxiques ». Le texte affirme sans ambiguïté :

« Une mesure s’impose : l’interdiction de Shein sur le territoire français, alors qu’il détruit la planète, nos emplois et la santé des consommateurs. »

Sur le plan environnemental, France 3 Régions rapporte que les députés dénoncent « une catastrophe environnementale » et « l’incarnation d’un modèle industriel fondé sur la surproduction et le jetable ». La plateforme met en ligne des milliers de nouveaux produits chaque jour, fabriqués à bas coût en Chine et transportés par avion. Ces articles sont portés seulement quelques fois avant d’être jetés en raison de leur qualité médiocre. « Derrière chaque tee-shirt à 3 euros, ce sont des tonnes de CO2 émises, des rivières polluées par les teintures chimiques, et des montagnes de déchets textiles envoyés en Afrique ou en Asie », martèle la tribune.

Laetitia Saint-Paul souligne un aspect méconnu du problème : l’impossibilité de donner une seconde vie à ces vêtements. « Il n’y a pas de seconde main possible, ce qui fait que quand notre seconde main, type Emmaüs, L’Aspire à Saumur, envoie des conteneurs en Afrique, les Africains nous accusent de les traiter comme une décharge, parce que les produits n’ont plus aucune valeur », explique-t-elle selon France 3 Régions.

Sur le plan sanitaire, les parlementaires alertent sur l’utilisation massive de produits chimiques et substances dangereuses. Ils citent notamment la présence de plomb dans les vêtements et accessoires Shein, « parfois à des taux largement supérieurs aux normes européennes ». « En laissant ces produits toxiques inonder notre marché, nous mettons sciemment la santé publique en danger », avertissent-ils.

Le pattern historique : 191 millions d’euros d’amendes ignorées

Comme le révèle Le Télégramme, Shein a déjà écopé cette année en France de trois amendes pour un montant total de 191 millions d’euros, notamment pour fausses promotions et informations trompeuses. Ce chiffre astronomique témoigne de pratiques commerciales systématiquement en infraction avec la législation française, sans que cela ne modifie apparemment le comportement de l’entreprise.

Cette accumulation de sanctions financières sans effet dissuasif convainc désormais les députés qu’une mesure plus radicale s’impose. « Tant qu’ils ne respectent pas nos normes, notre contrainte, notre propriété intellectuelle et nos lois, on n’en veut pas », martèle Laetitia Saint-Paul. Pour la députée du Maine-et-Loire, « c’est dramatique, c’est un non-sens écologique, c’est une impasse économique. Là, je pense qu’il faut vraiment frapper fort, au moins pour une sensibilisation ».

Cette mobilisation parlementaire intervient dans un contexte où plusieurs pays européens s’interrogent sur les moyens de réguler efficacement les géants du e-commerce chinois. La France pourrait-elle devenir le premier pays européen à interdire purement et simplement Shein sur son territoire ? La réponse dépendra en grande partie de l’issue de l’audition du 2 décembre et de la capacité du législateur à transformer cette indignation transpartisane en mesures juridiques concrètes et applicables.

Sources

  • La Tribune Dimanche (23 novembre 2025)
  • Le Télégramme (23 novembre 2025)
  • France 3 Régions (23 novembre 2025)
  • Hit West (24 novembre 2025)
  • Orange Actualités (23 novembre 2025)
Alexandre Mercier

Alexandre Mercier

Analyste économique et journaliste à INFO.FR. Formation supérieure en économie et communication. Spécialisé en rédaction web et analyse des marchés financiers. Couvre l'actualité économique française et internationale au quotidien. Passionné par la vulgarisation des sujets économiques complexes.