Affaire Robert Boulin : trois juges du pôle cold cases de Nanterre saisis de l’enquête
Le pôle national des crimes sériels de Nanterre reprend l'instruction sur la mort de l'ancien ministre, 46 ans après les faits. Le parquet a requis une information pour assassinat et enlèvement.
La présidence du tribunal judiciaire de Nanterre a désigné trois juges d'instruction du pôle cold cases pour co-saisir l'enquête sur la mort de Robert Boulin, a-t-on appris ce lundi 29 juin 2026. L'instruction, ouverte pour assassinat, marque un tournant dans une affaire vieille de 46 ans.
L’essentiel
- Fait 1 : Trois juges du pôle national des crimes sériels de Nanterre ont été désignés le 29 juin 2026 pour reprendre l’enquête sur la mort de Robert Boulin.
- Fait 2 : L’enquête a été transférée de Versailles à Nanterre par une ordonnance de dessaisissement du 28 avril 2026.
- Fait 3 : L’information judiciaire est ouverte pour arrestation, enlèvement, séquestration suivie de mort et assassinat.
- Fait 4 : Le corps de l’ancien ministre du Travail a été retrouvé dans un étang de la forêt de Rambouillet le 30 octobre 1979.
- Fait 5 : Sa fille Fabienne Boulin-Burgeat conteste la thèse du suicide et demande la réouverture depuis 2015.
Ce qui s’est passé
Le lundi 29 juin 2026, la présidence du tribunal judiciaire de Nanterre a officiellement désigné trois magistrats instructeurs du pôle national des crimes sériels ou non élucidés (PCSNE) - communément appelé pôle cold cases - pour co-saisir l’enquête sur la mort de Robert Boulin, selon une source judiciaire. Cette décision fait suite à une ordonnance de dessaisissement rendue le 28 avril 2026 par la juridiction de Versailles, qui détenait le dossier depuis les faits.
Le parquet de Nanterre avait formellement requis cette désignation le 26 juin 2026, dans le cadre d’une information judiciaire ouverte pour des faits qualifiés d’« arrestation, enlèvement, séquestration suivie de mort et assassinat », selon des documents consultés par la rédaction.
Une relance attendue depuis 46 ans
Robert Boulin, ministre du Travail sous la présidence de Valéry Giscard d’Estaing, avait été retrouvé mort le 30 octobre 1979 dans un étang de la forêt de Rambouillet, dans les Yvelines. À l’époque, l’enquête avait conclu à un suicide. Mais sa fille, Fabienne Boulin-Burgeat, n’a jamais accepté cette version. Elle a déposé une plainte en 2015 pour assassinat, relançant les investigations.
Une expertise médicale réalisée en novembre 2020 a fragilisé la thèse de la noyade en mettant en évidence des fractures au visage, selon des informations concordantes. En 2023, un témoignage clé est venu renforcer les doutes : Elio Darmon, un ancien membre du Service d’action civique (SAC), a affirmé avoir surpris une conversation impliquant des proches du pouvoir dans la mort du ministre. Darmon est décédé le 3 avril 2026, sans avoir pu être entendu par les juges de Nanterre.
Le pôle cold cases de Nanterre au coeur du dispositif
Créé en mars 2022, le PCSNE de Nanterre est devenu la structure de référence pour les affaires non élucidées à dimension nationale. Il centralise les investigations sur les dossiers anciens, comme l’affaire Boulin, mais aussi d’autres crimes sériels. Les trois juges désignés auront pour mission de reprendre l’intégralité du dossier et d’exploiter les éléments déjà collectés par les enquêteurs de Versailles.
Le transfert du dossier à Nanterre permet de bénéficier des moyens et de l’expertise de ce pôle spécialisé. L’ordonnance de dessaisissement de Versailles, prononcée le 28 avril, a été motivée par la nécessité de donner une impulsion nouvelle à des investigations qui piétinaient depuis plusieurs années.
Contexte dans les Hauts-de-Seine
Le tribunal judiciaire de Nanterre, situé dans le département des Hauts-de-Seine (92), est l’un des plus importants de France. Il abrite notamment le pôle financier et, depuis 2022, le pôle cold cases. Le département, avec une population de plus de 1,6 million d’habitants, concentre de nombreux sièges d’entreprises et institutions judiciaires. Cette nouvelle saisine renforce la spécialisation de Nanterre dans le traitement des affaires criminelles complexes et anciennes. Le parquet de Nanterre a déjà piloté plusieurs dossiers sensibles, dont l’affaire Grégory ou celle des disparus de l’Isère. Dans cette même dynamique, d’autres enquêtes judiciaires sont suivies de près par la rédaction, comme les soupçons de maltraitance dans une crèche à Montpellier, ou encore la mobilisation politique autour de l’événement du « Canon Français » à Périgueux. Ces affaires illustrent la diversité des contentieux traités dans les ressorts judiciaires français.
Prochaine étape
Les trois juges instructeurs vont désormais convoquer les parties et organiser les premières auditions. Fabienne Boulin-Burgeat, qui s’est félicitée de cette désignation dans un communiqué, attend des actes concrets. Aucun calendrier n’a été communiqué officiellement, mais les enquêteurs devraient se pencher en priorité sur les nombreux témoignages recueillis depuis 2023.