Agen : après l’homicide du Pin, préfet et maire lancent un plan global
Une réunion État-ville le 29 mai 2026 a posé les bases d'une réponse multidimensionnelle pour ce quartier prioritaire sous tension
Trois jours après la mort de Takdine Mouhadji, 33 ans, poignardé au square du Pin le 27 mai 2026, le préfet Bruno André et le maire Laurent Bruneau ont réuni huit services de l'État et des élus municipaux. Objectif une réponse qui dépasse le seul volet sécuritaire dans ce quartier où le taux de pauvreté atteint 37,6 %.
L’essentiel
- Homicide du 27 mai : Takdine Mouhadji, 33 ans, décède d’un coup de couteau au thorax lors d’une rixe au square du Pin à Agen - troisième homicide à Agen en moins d’un mois.
- Réunion du 29 mai : préfet Bruno André, maire Laurent Bruneau, huit services de l’État (Police nationale, DDT, ARS, CAF, France Travail, PJJ, DASEN, DETSPP) et élus municipaux réunis pour élaborer une réponse globale.
- Quartier prioritaire : le Pin est classé QPV, compte environ 1 400 habitants, affiche un taux de pauvreté de 37,6 % - le double de la moyenne départementale.
- Comité technique annoncé : un comité restreint État-ville doit se réunir dans les prochains jours pour arrêter des solutions durables.
- Actions engagées : procédure transmise contre un commerce d’alcool, réaménagement du square prévu, lettre du maire au ministre de l’Intérieur pour renforts police nationale.
Un troisième homicide en un mois
Le 27 mai 2026, vers 18h, Takdine Mouhadji est mortellement blessé d’un coup de couteau au thorax au square du Pin, en plein centre-ville d’Agen. La rixe implique plusieurs personnes en état d’ivresse. L’enquête se poursuit ; plusieurs interpellations pour ivresse publique ont eu lieu dans la foulée, selon La Dépêche du Midi et Sud Ouest.
Ce meurtre est le troisième survenu à Agen en mai 2026 : Angelyne Taillefer, 29 ans, le 1er mai ; un homme d’une cinquantaine d’années sans domicile, le 2 mai ; Takdine Mouhadji, le 27 mai. Le square a été rouvert dès le 28 mai. Des riverains et commerçants interrogés par La Dépêche évoquent un sentiment de banalisation.
Ce contexte de série noire est à rapprocher d’autres situations de tensions dans des quartiers urbains sensibles, comme la demande de police de proximité formulée à Décines-Charpieu ou encore les interpellations liées à la violence armée à Nancy-Metz.
Ce qui s’est passé le 29 mai : une réunion à plusieurs étages
Le vendredi 29 mai, le préfet de Lot-et-Garonne Bruno André et le maire Laurent Bruneau se retrouvent en préfecture. Autour de la table : les adjoints municipaux Pierre Dupont, Marjorie Delcros, Dominique Stoll et Anne Chatelain, les directions Solidarité et CCAS de la mairie, ainsi que huit services de l’État - Déléguée politique de la ville et Police nationale, Direction départementale des Territoires (DDT), DETSPP, DASEN, Agence régionale de santé (ARS), CAF, France Travail et Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ).
Le compte officiel de la préfecture résume l’objectif : « travailler ensemble sur une réponse qui agit à la fois sur les dimensions de prévention, d’accompagnement économique et social, de santé mentale, d’aménagement du territoire et de sécurité publique ».
La déclaration commune : « pas seulement le volet sécurité »
À l’issue de la réunion, mairie et préfecture publient un communiqué conjoint. La formule retenue est sans ambiguïté : « On ne réglera pas les problèmes du quartier du Pin, réels et profonds, en ne s’intéressant qu’au volet sécurité. » (communiqué de presse de la Ville d’Agen, 30 mai 2026).
Cinq axes sont posés : prévention, accompagnement économique et social, santé mentale, aménagement du territoire, sécurité publique. Un comité technique restreint État-ville doit se tenir « dans les prochains jours » pour définir des solutions durables, précise le même communiqué.
Côté mesures déjà engagées : la mairie a transmis une procédure à la préfecture contre un commerce soupçonné de vendre de l’alcool à des personnes en état d’ivresse manifeste - une fermeture administrative est possible. Un rapport sur l’efficacité de la vidéosurveillance existante au square est attendu. Laurent Bruneau a également adressé une lettre au ministre de l’Intérieur pour demander des renforts en police nationale, selon Le Journal Toulousain et Le Petit Bleu.
À terme, un réaménagement du square est prévu pour le « rendre aux familles », selon la mairie.
Contexte dans le Lot-et-Garonne
Le quartier du Pin est classé Quartier Prioritaire de la Ville dans le contrat de ville de l’Agglomération d’Agen 2024-2030. Sa population est estimée à environ 1 400 habitants (données INSEE, recensement partiel 2018-2020). Son taux de pauvreté atteint 37,6 %, soit le double de la moyenne départementale. 74 % des allocataires y sont des ménages isolés, selon les données consolidées dans le contrat de ville.
Le quartier n’en est pas à sa première crise. Des violences y ont été signalées de façon récurrente depuis plusieurs années - meurtre en 2020 dans un squat voisin, agressions documentées en 2011. Une police municipale y est implantée de longue date. La vidéosurveillance existait déjà avant le drame du 27 mai.
Un appel à projets Politique de la Ville 2026, lancé conjointement par l’État et l’Agglo d’Agen, vise précisément les QPV dont le Pin, sur des thématiques de prévention et d’insertion professionnelle. Le cofinancement passe par le Contrat de Ville.
Prochaines étapes
Le comité technique restreint État-ville, dont la date n’a pas encore été rendue publique, devra traduire les orientations du 29 mai en mesures concrètes. Les travaux de réaménagement du square du Pin et la réponse du ministère de l’Intérieur sur les renforts policiers restent, à ce stade, sans calendrier officiel communiqué.
Sources
- Préfecture de Lot-et-Garonne : Tweet officiel — réunion préfet/maire après homicide au Pin
- Ville d'Agen : Communiqué de presse — L'État et la Ville réunis pour le quartier du Pin
- La Dépêche du Midi : "Ça passe comme une lettre à la poste" — au lendemain d'un meurtre déjà banalisé dans le quartier du Pin
- La Dépêche du Midi : Meurtre d'un SDF à Agen : le maire, ses adjoints et les services de l'État réunis pour un plan d'action