Agression dans le métro : le suspect détient la nationalité française depuis 2018

Le ministère de l'Intérieur corrige une information erronée sur le statut du jeune homme de 25 ans qui a attaqué trois femmes vendredi 27 décembre

Agression dans le métro : le suspect détient la nationalité française depuis 2018
Station de métro parisien ligne 3 avec présence sécurité RATP renforcée Nathalie Rousselin / INFO.FR

Le ministère de l'Intérieur a rectifié ce lundi 29 décembre une information largement relayée concernant l'auteur présumé des agressions au couteau dans le métro parisien. Contrairement aux premières annonces, l'homme de 25 ans soupçonné d'avoir attaqué trois femmes vendredi 27 décembre sur la ligne 3 dispose de la nationalité française depuis 2018, bien qu'ayant fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français (OQTF). Cette précision intervient alors que le suspect, placé en garde à vue puis transféré en infirmerie psychiatrique samedi soir, était initialement présenté comme un ressortissant malien en situation irrégulière.

L'essentiel

  • Le suspect des agressions du métro parisien du 27 décembre 2025 détient la nationalité française depuis 2018, contrairement aux premières informations diffusées
  • Trois femmes ont été attaquées au couteau sur la ligne 3 entre 16h10 et 16h45 aux stations Arts et Métiers, République et Opéra
  • L'homme de 25 ans avait été condamné en janvier 2024 pour vol aggravé et agression sexuelle avant d'être libéré en juillet 2025
  • Son expulsion vers le Mali n'a pas pu être exécutée dans le délai légal de 90 jours, le Mali n'ayant pas délivré de laissez-passer consulaire
  • Sa garde à vue a été levée samedi 28 décembre pour raison psychiatrique, le suspect ayant été transféré en infirmerie psychiatrique

À 16h10 vendredi 27 décembre, la station Arts et Métiers du métro parisien bascule dans l’horreur. Une première femme est poignardée dans le dos, sans raison apparente. Quelques minutes plus tard à République, une deuxième victime est blessée aux jambes. À 16h45, c’est à Opéra qu’une troisième femme, enceinte, est attaquée au niveau du dos. En moins d’une demi-heure, trois agressions à l’arme blanche sur la ligne 3 sèment la panique. Mais ce lundi 29 décembre, une information majeure vient modifier la compréhension de cette affaire : selon BFMTV, le suspect détient en réalité la nationalité française depuis 2018, contrairement aux premières communications officielles.

Une interpellation rapide grâce à la vidéosurveillance

Les caméras de surveillance du réseau RATP ont joué un rôle décisif dans l’identification du suspect. Comme le rapporte Le Parisien, le jeune homme de 25 ans a été localisé grâce à son téléphone portable à Sarcelles, dans le Val-d’Oise, où il a été interpellé à son domicile à 18h40, soit à peine deux heures et demie après la dernière agression. L’arrestation s’est déroulée sans incident, l’homme ne tentant pas de résister aux forces de l’ordre.

Placé immédiatement en garde à vue dans le cadre d’une enquête pour

« tentative d’homicide volontaire et violences avec arme »

, le suspect a vu sa détention prendre un tour inattendu. Selon le parquet de Paris, sa garde à vue a été levée samedi soir pour raison psychiatrique, l’homme ayant été conduit à l’infirmerie psychiatrique de la préfecture de police. Une expertise psychiatrique était prévue pour déterminer son état mental au moment des faits.

Un passé judiciaire chargé malgré la nationalité française

La révélation du ministère de l’Intérieur ce lundi bouleverse la lecture initiale de l’affaire. Né au Mali il y a 25 ans, l’homme a obtenu la nationalité française en 2018, soit il y a sept ans. Cette information contredit les premières communications qui le présentaient comme un simple ressortissant malien en situation irrégulière. Pourtant, son parcours judiciaire reste préoccupant : selon Le Parisien, il avait été

« écroué en janvier 2024 pour vol aggravé et agression sexuelle après avoir été condamné pénalement »

.

Les antécédents du suspect révèlent également des faits

« de destruction de biens sous l’emprise de stupéfiants »

, comme l’a précisé le ministère de l’Intérieur vendredi. Libéré en juillet 2025 après sa condamnation de janvier 2024, l’homme s’était vu notifier une obligation de quitter le territoire français (OQTF), une mesure qui peut s’appliquer même à un binational dans certaines circonstances juridiques complexes. Il avait été placé en centre de rétention administrative, mais son expulsion n’a jamais pu être exécutée.

L’échec d’une procédure d’éloignement

Le parcours administratif du suspect illustre les difficultés de la politique d’éloignement. Après sa libération en juillet 2025, l’homme avait été placé en centre de rétention administrative (CRA) en vue de son expulsion vers le Mali. Mais comme le détaille BFMTV, l’éloignement n’a pas pu aboutir dans le délai légal de 90 jours, faute d’obtention d’un laissez-passer consulaire en l’absence de titre d’identité valide. Le Mali n’ayant pas délivré les documents nécessaires dans les temps, l’homme a été libéré avec assignation à résidence.

Selon les informations du ministère de l’Intérieur, le suspect était actuellement sous mandat de recherche au moment des faits de vendredi. Cette situation soulève des questions sur le suivi effectif des personnes sous OQTF et assignation à résidence. Comment un individu sous mandat de recherche a-t-il pu circuler librement dans le métro parisien et commettre trois agressions en pleine journée ?

Les victimes hors de danger, la sécurité renforcée

Les trois femmes agressées vendredi ont toutes été légèrement blessées à l’arme blanche et sont désormais hors de danger, selon Le Parisien. L’une d’entre elles, enceinte, a particulièrement marqué les esprits. Toutes trois ont été prises en charge immédiatement après les agressions et ont pu rentrer chez elles après les soins.

La RATP a réagi rapidement en déployant des équipes de sécurité en renfort sur la ligne 3. Cette agression intervient dans un contexte de vigilance accrue : le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez avait appelé la semaine dernière les préfets et responsables de la sécurité à une attention maximale à l’approche du Nouvel An, en raison

« du niveau très élevé de la menace terroriste »

. Il avait notamment demandé une vigilance spécifique concernant les transports en commun, sans que ces agressions ne soient pour autant qualifiées d’acte terroriste à ce stade de l’enquête.

Une affaire qui interroge sur les binationaux

La révélation de la nationalité française du suspect soulève des interrogations juridiques complexes. Comment une OQTF peut-elle être notifiée à un citoyen français ? Dans certains cas exceptionnels, un binational peut faire l’objet d’une déchéance de nationalité, mais cette procédure est rare et encadrée. La question de savoir si une telle procédure était en cours pour ce suspect reste en suspens, le ministère de l’Intérieur n’ayant pas précisé ce point crucial dans sa communication de lundi.

L’enquête de la sûreté régionale des transports (SRT) se poursuit pour déterminer les motivations exactes de ces agressions. L’état psychiatrique du suspect sera déterminant pour la suite de la procédure judiciaire. Si son irresponsabilité pénale était reconnue, il pourrait échapper à un procès pénal classique et être placé en soins psychiatriques sous contrainte. Cette affaire relance également le débat sur le suivi des personnes présentant des troubles psychiatriques et ayant des antécédents judiciaires, ainsi que sur l’efficacité des mesures d’éloignement du territoire.

Sources

  • Le Parisien (27 décembre 2025)
  • BFMTV (27 décembre 2025)
  • Ministère de l'Intérieur (29 décembre 2025)
  • Parquet de Paris (27 décembre 2025)
Nathalie Rousselin

Nathalie Rousselin

Reporter et journaliste d'investigation. Parcours en sciences sociales et journalisme de terrain. Expertise dans le traitement des faits de société et les enquêtes de fond. Expérience en presse quotidienne régionale. Rejoint INFO.FR pour couvrir l'actualité société et les faits divers.