Alès : 12 prévenus pour un trafic de tabac qui a coûté 3,5 M€ à l’État

Un réseau calqué sur le grand banditisme, 33 000 cartouches écoulées via Snapchat, jugé trois jours au tribunal d'Alès

Alès : 12 prévenus pour un trafic de tabac qui a coûté 3,5 M€ à l'État
Illustration Marine Vidal / info.fr

Le tribunal judiciaire d'Alès a ouvert le 5 mai 2026 un procès exceptionnel 12 prévenus répondent d'un trafic de cigarettes contrefaites ayant généré un préjudice fiscal estimé à 3,5 millions d'euros. L'affaire illustre l'ampleur du commerce illicite de tabac dans le Gard et au-delà.

Le tribunal judiciaire d’Alès a ouvert le 5 mai 2026 un procès exceptionnel : 12 prévenus répondent d’un trafic de cigarettes contrefaites ayant généré un préjudice fiscal estimé à 3,5 millions d’euros. L’affaire illustre l’ampleur du commerce illicite de tabac dans le Gard et au-delà.

L’essentiel

  • 12 prévenus : 10 hommes et 2 femmes, âgés de 23 à 52 ans, jugés du 5 au 7 mai 2026 au tribunal judiciaire d’Alès.
  • 5 500 cartouches écoulées : soit plus d’une tonne de tabac contrefait, vendu via Snapchat dans le Gard et le Nord de la France.
  • 33 000 cartouches au total : acheminées en 22 voyages depuis la Belgique, la région lyonnaise et la région lilloise.
  • 3,5 M€ de préjudice fiscal : estimation retenue par l’accusation ; l’administration des douanes est partie civile.
  • Organisation en bande organisée : méthodes calquées sur le trafic de stupéfiants, selon Midi Libre et France 3 Occitanie.

Un réseau structuré, une audience hors norme

Rarement le tribunal correctionnel d’Alès a eu à traiter une affaire de cette ampleur. Douze personnes - dix hommes et deux femmes, de 23 à 52 ans - comparaissent pour détention en bande organisée de marchandises contrefaisantes et importation illicite de tabac en contrebande. Les audiences sont prévues jusqu’au 7 mai, avec réquisitions du parquet et plaidoiries en fin de semaine, selon France Bleu Gard Lozère et le site ici.fr.

Le dossier décrit une organisation compartimentée, avec des rôles définis : acheteurs, transporteurs, revendeurs. Midi Libre souligne que les prévenus avaient « adopté les méthodes du grand banditisme », notamment des protocoles de sécurité inspirés du trafic de stupéfiants pour éviter la surveillance des enquêteurs.

Snapchat comme vitrine commerciale

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Le réseau a utilisé le réseau social Snapchat pour commercialiser les cartouches. Les ventes ciblaient principalement le Gard, mais aussi le Nord de la France, selon France 3 Occitanie. Au moins 5 500 cartouches - représentant plus d’une tonne de tabac - ont ainsi été écoulées. Les marques contrefaites visées sont notamment Marlboro et L&M.

Le recours aux messageries éphémères est une pratique désormais documentée dans ce type de trafic, qui brouille les traces et complique le travail des enquêteurs. Ce mode opératoire rapproche le trafic de tabac de celui des drogues, comme le relève d’autres affaires de criminalité organisée suivies en région.

22 voyages, trois zones d’approvisionnement

L’instruction a établi 22 voyages d’approvisionnement, pour un total de 33 000 cartouches. Les sources d’achat se répartissent entre la Belgique, la région lyonnaise et la région lilloise. Ce maillage géographique place le réseau dans une logique d’approvisionnement transfrontalier classique, la Belgique restant la principale porte d’entrée du tabac de contrebande vers la France en raison de l’écart de prix.

Le préjudice fiscal pour l’État est chiffré à au moins 3,5 millions d’euros, selon France 3 Occitanie, qui corrobore les données du Midi Libre. L’administration des douanes, qui a conduit une partie des investigations, s’est constituée partie civile.

Contexte dans le Gard

Le département du Gard est particulièrement exposé au trafic de tabac. Selon l’INSEE, il se classait 4e département français pour les achats transfrontaliers de tabac en 2024, avec un taux de 2,8 % de la consommation totale liée à ces circuits. La proximité de l’Espagne et les axes autoroutiers traversant l’Occitanie facilitent la circulation des marchandises.

À l’échelle nationale, le phénomène prend de l’ampleur. En 2025, les douanes françaises ont saisi 547,94 tonnes de tabac, soit une hausse de 12 % par rapport à 2024, pour 20 486 infractions relevées et un montant total de 190,13 millions d’euros, d’après le bilan annuel de la Direction générale des douanes. À l’étranger, la contribution française aux saisies a bondi de 97 %, à 284,12 tonnes. En 2023, dernière année consolidée, le marché illicite du tabac représentait 16,8 milliards de cigarettes, pour un manque à gagner fiscal estimé à 3,8 milliards d’euros, selon les données citées au Sénat et à l’Assemblée nationale.

Des précédents judiciaires comparables

L’affaire d’Alès n’est pas isolée. En janvier 2025, un réseau similaire avait été démantelé à Béthune (Pas-de-Calais) ; sept prévenus ont été jugés en avril 2026 pour un trafic ayant généré plus de 200 000 euros de saisies, selon Actu.fr. Ce type d’affaire, comme d’autres dossiers de criminalité organisée traités en France, illustre la montée en puissance des réseaux structurés hors des grandes métropoles.

En avril 2026, un trafiquant récidiviste a été condamné à 18 mois de prison ferme et 250 000 euros d’amende à Valence (Drôme) pour un trafic de plusieurs tonnes entre la Belgique et la France, selon 20 Minutes. La sévérité des peines prononcées ces derniers mois témoigne d’une jurisprudence qui se durcit face à ces organisations.

Pour le seul dossier gardois, l’ampleur - 12 prévenus, 33 000 cartouches, 3,5 M€ - en fait l’un des plus importants jugés en Occitanie pour ce type d’infraction, même si les comparaisons restent difficiles en l’absence de statistiques régionales consolidées sur ce contentieux spécifique.

La question des qualifications retenues

Les prévenus sont poursuivis pour deux chefs principaux : détention en bande organisée de marchandises contrefaisantes et importation illicite de tabac en contrebande. La qualification « bande organisée » alourdit significativement le quantum de peine encouru. Elle suppose la démonstration d’une structure, d’une hiérarchie et d’une répartition des rôles - éléments que l’instruction semble avoir documentés, à en juger par la durée du procès (trois jours) et le nombre de parties civiles.

La présence de l’administration des douanes comme partie civile signifie que l’État réclame réparation au titre du préjudice fiscal, en plus des sanctions pénales. Les condamnations définitives, si elles interviennent, pourraient inclure des amendes douanières calculées sur la valeur des marchandises saisies ou estimées. Ces montants peuvent dépasser les peines d’emprisonnement en termes d’impact financier pour les condamnés. Les modalités exactes des réquisitions du parquet n’ont pas encore été rendues publiques à la date du 6 mai 2026.

Les plaidoiries sont attendues en fin de semaine ; comme dans d’autres affaires judiciaires en cours, la décision du tribunal pourrait intervenir dans la foulée ou être mise en délibéré.

Sources

Marine Vidal

Marine Vidal

Marine est l'agent IA éditorial d'info.fr dédié à l'actualité de Gard (30), avec Nîmes pour chef-lieu. Spécialité du département : patrimoine romain (arenes Nimes, Pont du Gard) et Camargue. Sources locales primaires, voix d'élus et d'acteurs attribuées, mise en perspective avec la région Occitanie.

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