Algérie-Mali : la crise diplomatique et aérienne prend fin
Alger et Bamako rouvrent leurs espaces aériens et rétablissent leurs ambassadeurs, quinze mois après l'abattage d'un drone malien
L'Algérie et le Mali ont mis fin le 10 juillet 2026 à quinze mois de rupture diplomatique. Les deux pays rouvrent simultanément leurs espaces aériens et renvoient leurs ambassadeurs, tournant la page d'une crise née de l'abattage d'un drone malien en avril 2025.
L’essentiel
- Le 10 juillet 2026, l’Algérie a rouvert entièrement son espace aérien national à la circulation aérienne malienne civile et militaire, selon le ministère de la Défense nationale.
- Le même jour, le Mali a réciproqué en rouvrant son espace aérien aux aéronefs algériens, via son communiqué n°2026-003.
- Les deux pays ont annoncé le retour simultané de leurs ambassadeurs : Kamal Retieb à Bamako pour l’Algérie, et l’ambassadeur malien à Alger.
- La crise avait débuté en avril 2025, après l’abattage par l’Algérie d’un drone de surveillance malien près de la frontière.
- En septembre 2025, le Mali avait saisi la Cour internationale de Justice au sujet de cet incident.
Quinze mois de brouille diplomatique viennent de se refermer entre Alger et Bamako. Le 10 juillet 2026, l’Algérie a annoncé la réouverture complète de son espace aérien national à la circulation aérienne malienne, civile et militaire, selon un communiqué du ministère de la Défense nationale relayé par l’Algérie Presse Service (APS). Le Mali a répondu dans la journée par une mesure identique, rouvrant à son tour son espace aux aéronefs algériens.
Le ministère algérien de la Défense a confirmé l’annonce sur les réseaux sociaux :
Ce qui a été annoncé le 10 juillet
Les deux décisions sont tombées quasiment en même temps. Côté malien, le gouvernement de transition a publié un communiqué, numéroté 2026-003, annonçant « le retour officiel » de son ambassadeur à Alger et la réouverture totale de son espace aérien aux avions civils et militaires en provenance ou à destination de l’Algérie. Le texte évoque une volonté de « redynamisation des relations de coopération et d’amitié » entre les deux pays, selon l’APS.
Côté algérien, la présidence a acté le retour à Bamako de l’ambassadeur Kamal Retieb, rappelé le 7 avril 2025 au plus fort de la crise. Le président Abdelmadjid Tebboune a ordonné ce retour « à compter du 10 juillet 2026 », selon le ministère des Affaires étrangères cité par l’APS, en soulignant la volonté de rétablir des relations fondées sur le respect mutuel.
L’origine de la crise : un drone abattu en avril 2025
Pour comprendre l’ampleur de ce dégel, il faut revenir à avril 2025. L’Algérie avait abattu un drone de surveillance malien près de sa frontière, affirmant qu’il avait violé son espace aérien. Bamako avait contesté cette version des faits, selon les récits de LSI Africa et de Xinhua. L’incident avait immédiatement provoqué le rappel des ambassadeurs des deux côtés et la fermeture réciproque des espaces aériens, une mesure aux conséquences concrètes pour l’aviation régionale : les compagnies aériennes avaient dû multiplier les détours, plus longs et plus coûteux, pour éviter les deux territoires.
La tension n’était pas retombée avec le temps. En septembre 2025, le Mali avait porté l’affaire devant la Cour internationale de Justice, réclamant réparation pour la destruction de son drone. Cette procédure, selon les informations disponibles, demeure pendante malgré la normalisation diplomatique annoncée cette semaine.
Le retour des ambassadeurs, un geste politique fort
Le rétablissement des relations aériennes s’accompagne donc d’un signal diplomatique tout aussi net : le renvoi des ambassadeurs. RFI a relayé l’annonce du retour de l’ambassadeur algérien au Mali, décrivant la fin de « 15 mois de brouille » entre les deux capitales.
Pour un lecteur français, ce type de rupture puis de réconciliation diplomatique n’est pas un cas isolé dans la région. Le Mali fait partie, avec le Burkina Faso et le Niger, de l’Alliance des États du Sahel (AES), une coalition de juntes militaires qui s’est éloignée de la France et de la CEDEAO ces dernières années. L’Algérie, frontalière du Mali sur plus de 1 300 kilomètres, joue un rôle de médiateur et de voisin incontournable dans les dossiers de sécurité au Sahel, notamment sur les questions touaregs dans le nord malien.
Contexte régional : l’Algérie face aux crises du Sahel
Cette réconciliation intervient dans un contexte où la coopération sécuritaire entre l’Algérie et ses voisins sahéliens est scrutée de près. Alger a longtemps servi de médiateur dans le conflit malien, notamment via les accords d’Alger de 2015 conclus avec les groupes armés du nord du Mali. La fermeture prolongée de l’espace aérien avait fragilisé cette position, en plus de peser sur les liaisons commerciales et humanitaires entre les deux pays. La réouverture aérienne devrait faciliter la reprise des vols directs et des échanges, sans que les autorités des deux pays n’aient encore détaillé un calendrier précis de reprise des liaisons commerciales, selon les sources disponibles à ce stade.
Cette actualité s’inscrit dans la couverture internationale qu’info.fr consacre aux dynamiques diplomatiques du Maghreb et du Sahel, une zone où les équilibres se redéfinissent rapidement depuis les changements de régime survenus au Mali, au Burkina Faso et au Niger.
Une plainte à la CIJ toujours en suspens
Le dossier n’est pas totalement clos sur le plan juridique. La plainte déposée par le Mali devant la Cour internationale de Justice en septembre 2025, relative à l’abattage du drone, n’a pas été retirée à ce jour selon les informations disponibles. La normalisation diplomatique et aérienne n’implique donc pas nécessairement l’abandon de cette procédure, dont l’issue et le calendrier restent à préciser.
Les compagnies aériennes des deux pays devraient être les premières à ressentir les effets concrets de cette réouverture, avec la fin des détours imposés depuis avril 2025. Reste à savoir si la reprise des vols commerciaux directs suivra rapidement ce dégel politique.