Algérie : résultats définitifs des législatives, abstention record de 79 %
La Cour constitutionnelle proclame ce samedi la victoire du FLN avec 90 sièges sur 407, après un scrutin marqué par la défiance massive des électeurs
La Cour constitutionnelle algérienne valide ce samedi 18 juillet les résultats des législatives du 2 juillet 2026. Le Front de libération nationale remporte 90 des 407 sièges de l'Assemblée populaire nationale, dans un scrutin marqué par une participation historiquement basse de 21 % et des accusations de fraudes.
L'essentiel
Ce qu'il faut retenir
- La Cour constitutionnelle proclame ce samedi 18 juillet 2026 les résultats définitifs des législatives du 2 juillet.
- Le FLN remporte 90 des 407 sièges de l'Assemblée populaire nationale.
- Le taux de participation atteint un record historique de 21 %, soit une abstention de 79 %.
- Plusieurs centaines de candidatures d'opposition ont été invalidées avant le scrutin en vertu de l'article 200 de la loi électorale.
- La Cour constitutionnelle a examiné des recours pour fraudes entre le 7 et le 18 juillet.
À 13 heures ce samedi, la présidente de la Cour constitutionnelle, Leïla Aslaoui, a proclamé les résultats définitifs des élections législatives du 2 juillet 2026. Le Front de libération nationale (FLN) arrive en tête avec 90 sièges sur les 407 que compte l’Assemblée populaire nationale, selon les chiffres publiés par Africanews. Cette validation finale clôt un processus électoral entaché par une abstention massive et des recours pour fraudes.
Une participation au plus bas depuis l’indépendance
Seuls 21 % des 24,7 millions d’électeurs inscrits se sont déplacés le 2 juillet, selon les données compilées par Wikipedia. Cela représente environ 5,25 millions de votants pour un taux d’abstention de 79 %, un record pour des législatives en Algérie. Cette désaffection massive contraste avec les scrutins précédents et traduit une défiance croissante envers le processus démocratique.
Le président par intérim de l’Autorité nationale indépendante des élections (ANIE), Karim Khelfane, avait remis les résultats provisoires à la Cour constitutionnelle le 6 juillet, saluant alors la transparence du scrutin selon Algérie Presse Service. Pourtant, la faible mobilisation électorale contredit ce discours officiel et reflète une apathie générale.
Des centaines de candidatures invalidées avant le vote
Le scrutin s’est déroulé dans un contexte politique tendu, après l’invalidation de plusieurs centaines de candidatures d’opposition en amont. Selon l’organisation Article 19, ces disqualifications se sont appuyées sur l’article 200 de la loi électorale réformée, qui impose des critères restrictifs aux candidats.
Cette réforme électorale, couplée à une nouvelle loi sur les partis politiques adoptée en mars 2026, a suscité les critiques de l’opposition et d’ONG internationales. L’International Center for Not-for-Profit Law a notamment dénoncé des dispositions nuisant au pluralisme politique. Pour la société civile, ces textes visaient à écarter les voix dissidentes avant même le jour du vote.
Recours et enquêtes sur les fraudes
Entre la remise des résultats provisoires le 7 juillet et la proclamation définitive de ce samedi, la Cour constitutionnelle a examiné les recours déposés par des candidats et des partis, comme le rapporte le quotidien L’Expression. Ces procédures portaient sur des allégations de fraudes et d’irrégularités constatées dans plusieurs circonscriptions.
La validation finale par la juridiction constitutionnelle met formellement un terme aux contestations, mais n’éteint pas les critiques sur la régularité du processus. Les observateurs indépendants, déjà écartés en amont, n’ont pas pu produire de rapport alternatif sur le déroulement du scrutin.
Contexte algérien : une crise de légitimité
Ces législatives s’inscrivent dans une période de tensions politiques persistantes depuis le mouvement du Hirak en 2019, qui avait contraint l’ancien président Abdelaziz Bouteflika à la démission. L’élection présidentielle de 2019, remportée par Abdelmaïd Tebboune, avait déjà enregistré un taux d’abstention élevé, mais le scrutin du 2 juillet 2026 marque un nouveau palier dans la défiance populaire.
L’Algérie, pays de 48 millions d’habitants, traverse également une période économique difficile, marquée par la dépendance aux hydrocarbures et un chômage des jeunes élevé. Ce contexte économique et social amplifie la désaffection envers des institutions perçues comme déconnectées des préoccupations quotidiennes. Le taux de participation historiquement bas envoie un signal fort au pouvoir en place.
Le FLN en tête, mais sans dynamique populaire
Avec 90 sièges, le FLN conserve sa position de première force politique à l’Assemblée populaire nationale. Ce parti historique, issu de la guerre d’indépendance, demeure un pilier du système politique algérien. Toutefois, sa victoire s’obtient dans un contexte de légitimité fragilisée : remporter le plus de sièges avec seulement 21 % de participation pose la question de la représentativité réelle des élus.
Les autres formations politiques se partagent les 317 sièges restants, mais la faiblesse de la mobilisation électorale et les restrictions imposées en amont limitent la portée du résultat. Aucune force d’opposition significative n’a pu émerger dans ces conditions.
Ce que cela change vu de France
Pour Paris, l’Algérie reste un partenaire stratégique sur les questions migratoires, sécuritaires et énergétiques. Les autorités françaises suivent de près l’évolution politique algérienne, notamment dans un contexte où la croissance française est abaissée à 0,7 % et où la sécurisation des approvisionnements énergétiques reste une priorité.
L’abstention record et les accusations de fraudes compliquent toutefois le discours diplomatique européen sur la promotion de la démocratie dans le voisinage méditerranéen. La stabilité du régime algérien, longtemps privilégiée par les capitales occidentales, se heurte désormais à une contestation silencieuse mais massive de la population.
La nouvelle Assemblée populaire nationale se réunira dans les prochaines semaines pour élire son président et former les commissions parlementaires. Les regards se tournent désormais vers la capacité du pouvoir à répondre aux attentes sociales et économiques, au-delà de la simple gestion des institutions.
Sources
- France 24 : Algérie : la Cour constitutionnelle proclame les résultats définitifs des législatives
- Africanews : Algérie : le parti au pouvoir FLN remporte les élections législatives
- Algérie Presse Service : Proclamation des résultats définitifs des législatives ce samedi à 13h
- Algérie Aujourd'hui (X) : Législatives 2026 : La Cour constitutionnelle annonce ce samedi les résultats définitifs
