Amiens : le centre d’appels Callweb accusé de dysfonctionnements graves par ses salariés
Deux enquêtes médiatiques publiées en juin 2026 révèlent des malaises à répétition, du harcèlement et des conditions de travail dégradées au sein du centre d'appels Callweb à Amiens. La CGT dénonce un management toxique.
Le journal Fakir et France 3 Picardie ont enquêté sur le centre d'appels Callweb à Amiens. Leurs témoignages concordent malaises fréquents, surveillance abusive et pression constante. La direction n'a pas répondu aux sollicitations.
L’essentiel
- Fait 1 : Le journal Fakir a publié le 12 juin 2026 une enquête intitulée « Ils ont perdu toute forme d’humanité » sur le centre d’appels Callweb à Amiens, financé par de l’argent public.
- Fait 2 : France 3 Picardie a confirmé le 26 juin 2026 que des salariés perdent régulièrement connaissance au travail et dénoncent une pression excessive sur les objectifs.
- Fait 3 : La CGT a appelé en janvier 2026 à une mobilisation pour dénoncer les conditions de travail dans les centres d’appels amiénois, évoquant des pauses très courtes et une compétition artificielle.
Ce que révèlent les enquêtes
Deux investigations médiatiques viennent de mettre en lumière la situation au centre d’appels Callweb, situé rue du Général Leclerc à Amiens. Le 12 juin 2026, le journal d’investigation Fakir a publié une première enquête titrée « Ils ont perdu toute forme d’humanité ». Le texte dénonce un management basé sur le harcèlement et pointe le financement public de l’entreprise.
Quelques jours plus tard, le 26 juin, France 3 Picardie a diffusé ses propres témoignages. La chaîne rapporte que « régulièrement, des collègues perdent connaissance » au poste de travail. Les salariés interrogés décrivent une pression constante sur les chiffres, des pauses limitées et un système de compétition forcée entre employés.
Des conditions de travail dégradées
Les témoignages recueillis par les deux médias dépeignent un quotidien sous tension. Les opérateurs doivent enchaîner les appels avec des objectifs commerciaux jugés inatteignables. « On n’a pas le temps de souffler entre deux appels », confie un salarié sous couvert d’anonymat à France 3. Les pauses, limitées à quelques minutes par jour, ne suffisent pas à récupérer.
La CGT, qui suit le dossier depuis plusieurs mois, a lancé un appel à la lutte en janvier 2026. Le syndicat dénonce « une pression sur les chiffres, des pauses très courtes, une compétition artificielle entre salariés ». L’enquête de Fakir ajoute que « le centre d’appels Callweb pratique un management fondé sur le harcèlement », avec une surveillance constante des conversations et des temps d’inactivité.
La réaction de la CGT
Contacté par France 3, un représentant de la CGT a confirmé que plusieurs alertes avaient été remontées à l’inspection du travail. « Les salariés sont épuisés. Certains font des malaises, d’autres sont en arrêt longue durée », a-t-il déclaré. Le syndicat réclame une revalorisation des effectifs et une réduction des objectifs individuels.
Du côté de la direction de Callweb, aucune déclaration publique n’a été faite à ce stade. La société n’a pas répondu aux sollicitations des deux médias. Selon les informations du Courrier Picard, qui avait déjà documenté en janvier 2026 les conditions « peu enviables » dans les centres d’appels de Picardie, le problème est structurel.
Contexte dans la Somme
Avec près de 570 700 habitants, la Somme abrite plusieurs centres d’appels employant plusieurs centaines de personnes. Le secteur est un pourvoyeur d’emplois important pour le bassin amiénois, mais les conditions de travail y sont régulièrement pointées du doigt. En janvier 2026, le Courrier Picard écrivait que « les centres d’appels posent problème en Picardie » en raison d’un turn-over élevé et de salaires proches du Smic.
La ville d’Amiens, dont la mairie est dirigée par une majorité de l’union de la gauche, n’a pas commenté spécifiquement l’affaire Callweb. Le département de la Somme, qui finance parfois des dispositifs d’insertion via ces entreprises, n’a pas non plus réagi.
Ce n’est pas la première fois qu’un centre d’appels de la région est épinglé. En 2023, une enquête de l’inspection du travail avait déjà relevé des manquements dans une société voisine, sans suite judiciaire connue.
Prochaine étape
Les syndicats annoncent vouloir rencontrer la direction de Callweb dans les prochaines semaines. L’inspection du travail pourrait être saisie d’une nouvelle demande d’enquête. L’affaire est suivie de près par plusieurs élus locaux et devrait être évoquée lors de la prochaine réunion du comité social et économique de l’entreprise.