Apatou : les pêcheurs du Maroni formés à affronter les crues

Une session de formation aux risques d'inondation est prévue le 24 avril pour les pêcheurs fluviaux d'Apatou.

Apatou : les pêcheurs du Maroni formés à affronter les crues
Illustration Sylvie Tchangou / info.fr

À Apatou, commune de l'ouest guyanais bordée par le Maroni, une formation à la gestion des risques naturels cible les pêcheurs fluviaux ce 24 avril 2026. L'objectif : préparer des simulations pratiques face aux crues saisonnières. Une initiative qui répond à une vulnérabilité bien documentée sur ce fleuve.

Le Maroni déborde. Pas cette semaine, mais il le fera. À Apatou, commune de quelque 8 000 habitants majoritairement amérindiens et créoles selon Wikipedia, cette réalité rythme la vie des pêcheurs fluviaux depuis des générations. Le 24 avril 2026, une formation pratique à la gestion des risques naturels leur est proposée. Simulations de crues, consignes de sécurité, réflexes à adopter : le programme vise à combler un déficit de préparation dans une zone officiellement classée à haut risque.

Un territoire exposé, une activité à découvert

Le Plan de Gestion des Risques d’Inondation de la Guyane 2016-2021, publié par la DEAL Guyane, identifie Apatou comme zone à risque élevé de crues sur le Maroni, en s’appuyant sur les épisodes de 2006 et 2008. La navigation sur le fleuve est par ailleurs classée en zone 4 - non aménagée, aux risques et périls des usagers - depuis un arrêté ministériel d’octobre 2018. Concrètement : les pêcheurs y exercent librement, mais sans filet institutionnel en cas d’incident.

La sécheresse de 2024 avait déjà fragilisé la filière. Selon La Croix, les pirogues circulaient à peine sur le Maroni à hauteur d’Apatou, les niveaux d’eau rendant la navigation difficile. Une vulnérabilité d’un autre type, mais qui illustre à quel point les pêcheurs sont exposés aux deux extrêmes du cycle hydrologique.

Des crues qui marquent les mémoires

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En avril 2021, le Maroni est entré dans une crue exceptionnelle de plus de deux mois. Selon le média Peyiguyane, 90 villages sur 100 kilomètres ont été touchés, dont Apatou. Environ un millier de personnes ont dû être évacuées. En mars 2022, c’est le village voisin d’Apagui qui a été inondé, avec des abattis et des zones de pêche envahis par les eaux, comme l’a rapporté La Première.

En 2025, des cumuls de pluie de 300 à 600 mm entre fin mars et début avril ont déclenché une vigilance jaune aux crues sur le Maroni, selon Météo-France. La saison des pluies 2026 s’annonce dans ce même contexte cyclique.

Une formation ancrée dans un cadre plus large

La démarche s’inscrit dans le SDAGE 2022-2027 du bassin de la Guyane, qui prévoit des actions pour limiter les conséquences des inondations sur les populations riveraines. L’Office Français de la Biodiversité en Guyane propose également des formations à la sécurité en milieu naturel, potentiellement mobilisables pour ce type d’initiative. L’Université de Guyane dispense par ailleurs depuis 2025 une licence professionnelle incluant la gestion des risques hydrauliques en milieux tropicaux.

Le détail des organisateurs de la session du 24 avril et du nombre de participants attendus n’a pas été précisé à ce stade.

Sources

Sylvie Tchangou

Sylvie Tchangou

Correspondante à Cayenne, elle suit les tensions sur l'orpaillage illégal, les débats sur le spatial, les projets routiers et les restructurations hospitalières. Issue de Sciences Po Aix, elle a grandi en Guyane. Ligne de travail : interroger les gendarmes, les élus, les associations environnementales, croiser les rapports du BRGM avant de publier.

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