Apprentissage de la natation : l’accès aux piscines scolaires se dégrade, l’exemple d’Épinal
Dans le département des Vosges comme ailleurs, la baisse d'accès aux bassins et la pénurie de maîtres-nageurs freinent l'apprentissage de la nage, amplifiant les risques de noyade.
Entre fermetures de créneaux et manque d'encadrement, l'apprentissage de la natation à l'école subit une dégradation structurelle. Dans les Vosges, la décision d'Épinal de ne plus financer les maîtres-nageurs illustre une tendance nationale qui inquiète.
L’essentiel
- 15 % des collèges n’ont plus accès à une piscine, privant 500 000 élèves de cours de natation (SNEP-FSU, juin 2025).
- 5 000 maîtres-nageurs manquent en France, selon la Fédération française des maîtres-nageurs sauveteurs.
- 40 noyades mortelles recensées la semaine du 18 au 23 juin 2026, en pleine canicule (Premier ministre Sébastien Lecornu).
- 22 % des parents déclarent que leur enfant n’a pas appris à nager à l’école (IFOP, mars 2026).
Depuis le 1er janvier 2026, la communauté d’agglomération d’Épinal a cessé de financer l’encadrement de la natation scolaire par les maîtres-nageurs. Une décision budgétaire qui, sur le terrain, se traduit par la suppression de créneaux pour les écoles primaires et les collèges du secteur. « Y a quand-même une vraie dégradation des conditions d’apprentissage de la nage, avec de vraies difficultés d’accès aux piscines pour les scolaires », résume sur X Quentin C., expert en politiques sportives.
Ce qui se passe à Épinal
Dans la préfecture vosgienne, la collectivité a justifié ce désengagement par des contraintes financières. Conséquence : les enseignants se retrouvent seuls pour encadrer les séances, sans le renfort de professionnels du sauvetage. Plusieurs directeurs d’école ont déjà signalé une réduction du nombre de sorties à la piscine municipale. Une situation que dénoncent les syndicats enseignants, qui rappellent que la natation est une compétence obligatoire du socle commun.
Un phénomène national
Épinal n’est pas un cas isolé. Selon une enquête du SNEP-FSU publiée en juin 2025, près de 15 % des collèges français n’ont plus d’accès régulier à une piscine, soit environ 500 000 élèves privés de cours de natation. Les raisons sont multiples : fermeture de bassins vieillissants, hausse des coûts de fonctionnement, pénurie de maîtres-nageurs. Axel Lamotte, de la Fédération française des maîtres-nageurs sauveteurs, estime le déficit national à au moins 5 000 professionnels. « On forme environ 1 200 maîtres-nageurs par an, mais il en faudrait le double pour répondre aux besoins », expliquait-il récemment.
Les chiffres alarmants des noyades
Cette dégradation a des conséquences directes sur la sécurité des enfants. Santé publique France a recensé 1 418 noyades accidentelles durant l’été 2025, dont 409 décès, soit une augmentation de 16 % par rapport à l’année précédente. La canicule de juin 2026 a encore aggravé le bilan : le Premier ministre Sébastien Lecornu a fait état de 40 décès par noyade sur la seule semaine du 18 au 23 juin. Un sondage IFOP de mars 2026 révèle que 22 % des parents déclarent que leur enfant n’a pas appris à nager dans le cadre scolaire. Les disparités territoriales sont criantes : selon l’Insee, 30 % des adolescents de 10 à 14 ans résidant en zone rurale ne savent pas nager, contre 15 % en zone urbaine.
Contexte dans les Vosges
Avec une population d’environ 360 000 habitants, le département des Vosges compte plusieurs piscines publiques, mais leur répartition est inégale. Dans les zones rurales du sud du département, les distances à parcourir pour accéder à un bassin peuvent dépasser 30 minutes en car. La décision d’Épinal de réduire son soutien financier touche directement les communes alentour, qui dépendent de la piscine de la communauté d’agglomération. Les syndicats d’enseignants vosgiens alertent sur le risque de voir se creuser l’écart entre les élèves des villes et ceux des campagnes dans l’acquisition du savoir-nager.
Propositions de loi et réactions
Face à cette situation, la députée Mathilde Panot a déposé le 24 juin 2026 une proposition de loi visant à rendre obligatoires 20 heures de natation par an à l’école primaire et à recruter 5 000 maîtres-nageurs supplémentaires. Le texte prévoit également de sanctuariser le financement de l’accès aux piscines pour les scolaires. De son côté, la députée de Seine-Saint-Denis Soumya Bourouaha avait déjà dénoncé en novembre 2025 la fracture territoriale dans son département, qui ne compte que 39 piscines publiques pour 1,6 million d’habitants. « On ne peut pas apprendre à nager sans bassin », résumait-elle à l’Assemblée nationale.
Prochaine étape
La proposition de loi de Mathilde Panot devrait être examinée en commission en septembre 2026. En attendant, les collectivités locales cherchent des solutions alternatives : mutualisation des créneaux, recours aux bases de loisirs, interventions en centres aquatiques privés. Mais sans volonté politique forte et sans moyens humains, le fossé continue de se creuser. L’été 2026, avec ses vagues de chaleur meurtrières, a rappelé une évidence : savoir nager n’est pas un luxe, c’est une nécessité de santé publique.