Arcom : des agents auraient reçu consigne d’indulgence envers CNews
Selon Mediapart, plusieurs dossiers de sanctions visant la chaîne seraient retenus par la direction de l'autorité de régulation
Une enquête de Mediapart révèle ce vendredi 17 janvier que des agents de l'Arcom auraient été invités à adopter une posture plus clémente envers CNews. Plusieurs procédures disciplinaires concernant la chaîne du groupe Bolloré seraient actuellement bloquées au niveau de la direction de l'autorité de régulation audiovisuelle. Ces révélations interviennent alors que CNews fait régulièrement l'objet de signalements pour non-respect du pluralisme et des règles déontologiques.
- Des agents de l'Arcom auraient reçu consigne d'adopter une attitude plus indulgente envers CNews selon une enquête de Mediapart publiée le 17 janvier 2026
- Plusieurs dossiers de sanctions visant la chaîne seraient retenus par la direction de l'autorité pour éviter des poursuites ou réduire la sévérité des sanctions
- CNews a généré 127 signalements en 2024, soit 23% du total des signalements concernant les chaînes d'information en continu, sans qu'aucune sanction financière ne soit prononcée
- L'Arcom a prononcé 18 sanctions financières en 2024 pour un montant total de 3,2 millions d'euros, mais aucune ne concernait CNews malgré les manquements constatés
- Cette affaire relance le débat sur l'indépendance réelle des autorités administratives indépendantes face aux pressions politiques et économiques
Selon une enquête de Mediapart publiée ce 17 janvier 2026, l’Arcom, autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique, serait confrontée à une crise interne majeure. Des agents de l’institution auraient reçu des instructions explicites pour assouplir leur traitement des dossiers concernant CNews, la chaîne d’information en continu du groupe Bolloré. Cette affaire soulève des questions cruciales sur l’indépendance des instances de régulation face aux pressions politiques et économiques.
Des dossiers de sanction enterrés en interne
D’après les informations recueillies par Mediapart, plusieurs procédures disciplinaires visant CNews seraient actuellement retenues au niveau de la direction de l’Arcom. Ces dossiers, constitués par les équipes opérationnelles de l’autorité, concerneraient principalement des manquements au pluralisme politique et au respect des règles déontologiques. La direction aurait fait le choix de ne pas les transmettre au collège de l’Arcom, instance décisionnelle composée de sept membres nommés par diverses autorités de l’État.
Cette rétention administrative viserait selon les sources du média d’investigation à éviter que des sanctions ne soient prononcées contre la chaîne. Certains dossiers auraient même été purement et simplement classés sans suite, tandis que d’autres auraient vu leur qualification juridique édulcorée pour minimiser la portée d’éventuelles sanctions. Cette pratique constituerait une rupture avec les méthodes de travail habituelles de l’institution, où les services d’instruction jouissent traditionnellement d’une certaine autonomie.
Un contexte de tensions récurrentes avec CNews
La chaîne CNews n’en est pas à sa première confrontation avec le régulateur audiovisuel. Depuis plusieurs années, elle accumule les mises en garde et les mises en demeure pour non-respect du pluralisme politique, propos discriminatoires ou manquements déontologiques. En 2024, l’Arcom avait notamment épinglé la chaîne pour plusieurs émissions jugées problématiques, sans toutefois prononcer de sanctions financières significatives.
Le groupe Bolloré, propriétaire de CNews depuis 2015 via sa holding Vivendi, dispose d’un poids économique considérable dans le paysage médiatique français. Cette puissance financière, couplée à des liens étroits avec certains cercles du pouvoir, pourrait expliquer selon plusieurs observateurs la frilosité de l’Arcom à sanctionner fermement la chaîne. Les données publiques de l’Arcom montrent que CNews représente environ 3,7% d’audience moyenne sur les chaînes d’information en continu, mais génère une part disproportionnée des signalements reçus par l’autorité.
Des agents sous pression
Plusieurs agents de l’Arcom, s’exprimant sous couvert d’anonymat auprès de Mediapart, confirment avoir ressenti une pression inhabituelle dans le traitement des dossiers CNews. Ces témoignages font état de consignes orales visant à privilégier le dialogue et la pédagogie plutôt que la sanction, alors même que certains manquements seraient qualifiés de graves dans les rapports internes.
« Il nous aurait été demandé d’adopter une attitude plus indulgente envers CNews, alors que les faits constatés justifieraient normalement des poursuites », confie un agent de l’Arcom à Mediapart.
Cette situation rappelle étrangement les révélations sur d’autres instances de régulation confrontées à des pressions similaires. En novembre 2025, une enquête du Parisien avait déjà révélé comment le FC Barcelone aurait demandé à Robert Lewandowski de cesser de marquer des buts pour éviter de payer 2,5 millions d’euros de bonus au Bayern Munich. Si le contexte est totalement différent, le mécanisme de contournement des règles par des instructions internes présente des similitudes troublantes.
L’indépendance de l’Arcom en question
Cette affaire relance le débat sur l’indépendance réelle des autorités administratives indépendantes françaises. L’Arcom, issue de la fusion en 2022 entre le CSA et l’Hadopi, dispose théoriquement d’une autonomie totale vis-à-vis du pouvoir exécutif. Pourtant, la nomination de ses membres par le Président de la République, les présidents de l’Assemblée nationale et du Sénat crée mécaniquement des liens avec le monde politique.
Les rapports annuels de l’Arcom montrent qu’en 2024, l’autorité a prononcé 18 sanctions financières pour un montant total de 3,2 millions d’euros. Aucune de ces sanctions n’a concerné CNews, malgré 127 signalements reçus concernant la chaîne sur l’année, soit près de 23% du total des signalements relatifs aux chaînes d’information en continu.
Des précédents juridiques délicats
Le droit de la régulation audiovisuelle français repose sur un équilibre fragile entre liberté d’expression et respect des obligations légales des diffuseurs. Toute sanction prononcée par l’Arcom peut faire l’objet d’un recours devant le Conseil d’État, ce qui incite parfois l’autorité à la prudence. Néanmoins, l’absence totale de sanction face à des manquements avérés pourrait également être attaquée juridiquement par des associations ou des citoyens.
Cette situation n’est pas sans rappeler les tensions observées dans d’autres secteurs. En octobre 2025, Euronews rapportait comment un système de surveillance par intelligence artificielle dans les écoles américaines soulevait des questions sur l’équilibre entre sécurité et liberté, après qu’un adolescent de 13 ans eut été arrêté pour avoir demandé à ChatGPT comment tuer son ami. Dans les deux cas, se pose la question de la proportionnalité de la réponse institutionnelle face à des comportements problématiques.
Quelles conséquences pour le paysage audiovisuel français
Si ces révélations se confirmaient, elles pourraient avoir des répercussions majeures sur la crédibilité de l’Arcom et, plus largement, sur la régulation du secteur audiovisuel français. Les chaînes concurrentes de CNews pourraient légitimement s’interroger sur l’égalité de traitement dont elles bénéficient. Certains médias ont déjà été sanctionnés pour des manquements jugés moins graves que ceux reprochés à la chaîne du groupe Bolloré.
L’opposition politique ne devrait pas manquer de s’emparer du sujet. Plusieurs députés ont déjà annoncé leur intention de déposer des questions écrites au gouvernement pour obtenir des éclaircissements sur le fonctionnement de l’Arcom. Une commission d’enquête parlementaire pourrait même être envisagée si les révélations de Mediapart trouvaient confirmation dans d’autres sources.
« Ces pratiques, si elles sont avérées, constitueraient une atteinte grave à l’indépendance d’une institution censée garantir le pluralisme démocratique », estime un juriste spécialiste du droit des médias interrogé par nos confrères.
L’Arcom n’a pour l’instant pas réagi officiellement à ces accusations. La direction de l’autorité pourrait être amenée à s’expliquer publiquement dans les prochains jours, notamment lors de sa prochaine séance plénière prévue le 28 janvier 2026. En attendant, cette affaire jette une lumière crue sur les zones d’ombre de la régulation audiovisuelle française et pose une question fondamentale : qui régule les régulateurs lorsqu’ils s’écartent de leur mission ?
Sources
- Mediapart (17 janvier 2026)
- Arcom - Rapports publics (2024-2025)
- Le Parisien (19 novembre 2025)
- Euronews (8 octobre 2025)