Argentine : Javier Milei supprime le ministère de l’Intérieur en pleine restructuration de l’État
Le président argentin a signé le décret 571/2026 le 3 juillet, réduisant à huit le nombre de ministères nationaux et transférant les attributions au Cabinet dirigé par Diego Santilli.
Le président argentin Javier Milei a officialisé la dissolution du ministère de l'Intérieur par décret d'urgence le 3 juillet 2026. Cette restructuration ramène à huit le nombre de ministères nationaux et centralise les compétences au sein du Cabinet des ministres, dirigé par Diego Santilli. Deux vice-ministres ont été nommés pour gérer les nouvelles attributions.
L’essentiel
- Fait 1 : Le président Javier Milei a signé le DNU 571/2026 le 3 juillet 2026 supprimant le ministère de l’Intérieur (source Xinhua).
- Fait 2 : Le nombre de ministères nationaux passe de neuf à huit portefeuilles actifs.
- Fait 3 : Diego Santilli, nommé chef de cabinet le 30 juin, supervise désormais les attributions de l’ancien ministère.
- Fait 4 : Deux vice-chefs de cabinet ont été créés : Lisandro Catalán (Intérieur) et Ignacio Devitt (Affaires stratégiques).
- Fait 5 : L’objectif affiché est de rationaliser les dépenses et de centraliser le pouvoir exécutif avant l’année électorale 2026.
Un décret d’urgence pour supprimer un ministère historique
Le vendredi 3 juillet 2026, le président argentin Javier Milei a signé le décret de nécessité et d’urgence (DNU) 571/2026, officialisant la suppression du ministère de l’Intérieur, selon l’agence Xinhua. Cette décision, prise dans le cadre d’une vaste réforme administrative, dissout l’un des portefeuilles les plus anciens de l’État argentin, chargé historiquement des relations avec les provinces, des élections et de l’état civil.
Les attributions de ce ministère sont désormais transférées au Cabinet des ministres, dirigé par Diego Santilli, qui a prêté serment la veille, le 2 juillet, rapportent les médias locaux comme le Buenos Aires Times. Cette centralisation vise à renforcer le contrôle direct de l’exécutif sur les politiques intérieures et à éliminer les doublons administratifs dénoncés par le gouvernement.
Deux nouveaux vice-ministres pour absorber les compétences
Pour assurer la transition et la gestion des missions récupérées, le pouvoir exécutif a créé deux postes de vice-chefs de cabinet, a précisé le quotidien Diario Debate Pregon. Lisandro Catalán a été nommé vice-chef de cabinet à l’Intérieur. Il sera en charge de la coordination politique et administrative avec les provinces, les municipalités et le Congrès, ainsi que d’organismes clés comme le Registre national des personnes (Renaper) et la Direction nationale électorale (DINE).
Ignacio Devitt a quant à lui été désigné vice-chef de cabinet chargé des Affaires stratégiques. Ce nouveau pôle regroupe l’innovation, la science et un secrétariat qui chapeaute le tourisme, l’environnement et les sports, secteurs auparavant répartis. D’après la même source, le fonctionnaire Daniel Scioli conserve la direction opérationnelle du tourisme, de l’environnement et des sports, désormais sous cette tutelle.
Un exécutif resserré : objectif rationalisation et efficacité
Avec cette suppression, le nombre de ministères nationaux en Argentine passe à seulement huit portefeuilles, selon le média Noticiero 9. Il s’agit d’une réduction significative par rapport aux dix-huit ministères hérités de l’administration précédente en 2023, avant l’arrivée de Javier Milei. Le président libertarien avait déjà réduit le gouvernement à neuf ministères en décembre 2023 ; cette nouvelle étape poursuit la logique de dégraissage de l’État.
La Casa Rosada a justifié ce mouvement par la volonté d’« éliminer les structures publiques superposées et améliorer la coordination gouvernementale », comme l’a rapporté Diario Debate Pregon. En concentrant les leviers politiques et administratifs au sein du Cabinet, le gouvernement entend gagner en réactivité et en efficacité, notamment dans un contexte économique tendu marqué par une inflation encore élevée et des négociations avec le FMI.
Contexte en Argentine : une réforme administrative d’envergure
L’Argentine, État fédéral de 23 provinces, connaît depuis fin 2023 une transformation radicale de son appareil d’État sous l’impulsion de Javier Milei. Ce dernier, élu sur un programme de dérégulation massive et de réduction de la dépense publique, avait déjà supprimé plusieurs ministères, dont ceux de la Femme, de la Culture et du Travail, et drastiquement réduit les effectifs de la fonction publique. La suppression du ministère de l’Intérieur, pilier du contrôle politique territorial, marque une étape supplémentaire dans cette centralisation des pouvoirs, au détriment des autonomies provinciales que Milei critique régulièrement. Selon les analystes, cette réorganisation renforce le poids du chef de cabinet, Diego Santilli, figure politique issue du péronisme modéré rallié à la nouvelle majorité, qui devient l’interlocuteur unique des gouverneurs.
Le pays, avec une population d’environ 46 millions d’habitants et un PIB en repli, reste confronté à des défis structurels majeurs, mais le gouvernement mise sur cette rationalisation pour attirer les investissements et stabiliser l’économie. La réduction du nombre de ministères est également perçue comme un signal fort envoyé aux marchés financiers, alors que l’Argentine tente de sortir de sa crise chronique.
Une réorganisation avant une échéance électorale
Cette restructuration intervient à un moment stratégique, à moins d’un an des élections législatives et présidentielle prévues en 2027. En centralisant les relations avec les provinces et la gestion des processus électoraux (via la DINE) sous l’autorité directe du Cabinet, l’exécutif s’assure un contrôle resserré sur le jeu politique local. Les oppositions, notamment les gouverneurs provinciaux de différentes sensibilités, ont exprimé leurs réserves face à cette concentration des pouvoirs, y voyant une tentative d’affaiblir les contre-pouvoirs régionaux.
La mise en œuvre effective de cette nouvelle organisation est immédiate. Les décrets de répartition des compétences sont attendus dans les prochains jours. Les observateurs suivront de près la capacité du Cabinet dirigé par Diego Santilli à gérer le front intérieur, entre des provinces souvent récalcitrantes et une opposition parlementaire fragilisée mais vigilante. Cette réforme administrative majeure constitue un test de la gouvernance mileiste à l’approche d’une échéance électorale cruciale pour la consolidation de son projet.