Ariège : la préfecture autorise des tirs d’effarouchement renforcés contre l’ours à Sentein
Face à une moyenne de treize attaques par an sur l’estive d’Ourdouas, la préfecture de l’Ariège a validé des tirs non létaux. Les opérations, menées par l’OFB les 23 et 24 juin, ravivent le débat entre éleveurs et associations.
La préfecture de l’Ariège a autorisé des tirs d’effarouchement renforcés contre l’ours sur l’estive d’Ourdouas, à Sentein. Les opérations, menées par l’Office français de la biodiversité (OFB), ont eu lieu dans la nuit du 23 au 24 juin et du 24 au 25 juin 2026. Une mesure qui suscite des réactions contrastées.
L’essentiel
- Fait 1 : La préfecture de l’Ariège a autorisé des tirs d’effarouchement renforcés contre l’ours sur l’estive d’Ourdouas (commune de Sentein).
- Fait 2 : Les opérations ont été réalisées par l’OFB les nuits du 23 au 24 juin et du 24 au 25 juin 2026.
- Fait 3 : L’estive d’Ourdouas a subi en moyenne 13 attaques d’ours par an entre 2023 et 2025, la dernière datant du 15 juin 2026.
- Fait 4 : L’association One Voice dénonce le risque de traumatismes auditifs pour les ours, la Fédération ovine de l’Ariège critique la délégation de la responsabilité aux éleveurs.
- Fait 5 : Une consultation publique du ministère de la Transition écologique est ouverte jusqu’au 29 juin 2026 pour étendre ces tirs aux bergers et lieutenants de louveterie.
Ce qui s’est passé : deux nuits de tirs non létaux
Les 23 et 24 juin 2026, l’Office français de la biodiversité (OFB) a procédé à des tirs d’effarouchement renforcés sur l’estive d’Ourdouas, dans le Couserans. Ces opérations, autorisées par arrêté préfectoral, visaient à éloigner les ours qui s’approchent des troupeaux.
Concrètement, les agents de l’OFB ont utilisé des fusils de calibre 12 chargés de cartouches non létales à double détonation. L’objectif est de créer un bruit intense pour dissuader les plantigrades sans les blesser, selon la préfecture.
Le tweet du journaliste local Pierre Canard (@canardumidi) souligne une difficulté logistique : « Il n’y a pas suffisamment de personnel si plusieurs groupements demandent des tirs le même jour. »
Pourquoi cette décision ? Une pression pastorale croissante
La préfecture justifie cette dérogation par l’importance économique de l’estive d’Ourdouas pour le secteur montagnard du Couserans. Selon La Dépêche du Midi, cette zone pastorale a enregistré une moyenne de treize attaques d’ours par an entre 2023 et 2025. La dernière prédation s’est produite le 15 juin 2026, quelques jours avant les tirs.
Les éleveurs ovins du Couserans, via la Fédération ovine de l’Ariège, estiment que la présence de l’ours devient incompatible avec le pastoralisme. « On ne peut pas laisser les troupeaux sans protection », résume un représentant. La décision préfectorale s’inscrit dans le cadre du plan national d’action sur l’ours brun (2024-2028), qui prévoit des mesures graduées de protection.
Réactions : entre crainte pour les ours et lassitude des éleveurs
L’association One Voice a immédiatement réagi. Dans un communiqué, elle dénonce « des détonations assourdissantes qui risquent de rendre sourds les ours et de séparer les oursons de leur mère ». L’organisation demande l’arrêt immédiat de ces tirs.
De leur côté, les éleveurs ne sont pas satisfaits non plus. La Fédération ovine de l’Ariège déplore que l’État cherche à déléguer la responsabilité des opérations d’effarouchement aux bergers et aux lieutenants de louveterie, alors qu’ils sont déjà surchargés de travail. « Les tirs devraient être assurés par les agents de l’OFB, pas par des éleveurs qui n’ont ni le temps ni la formation », argue un porte-parole.
En parallèle, une consultation publique est ouverte par le ministère de la Transition écologique jusqu’au 29 juin 2026. Le projet d’arrêté vise à étendre la possibilité de réaliser ces tirs aux bergers et lieutenants de louveterie, une disposition qui divise. Comme dans le Cher où la préfecture lutte contre l’abandon d’animaux, les autorités doivent concilier protection des espèces et soutien aux activités humaines.
Contexte dans l’Ariège
L’Ariège est l’un des départements les plus concernés par la présence de l’ours brun dans les Pyrénées. Selon les recensements de l’OFB, la population ursine compte environ 108 individus en 2026, concentrés principalement dans les massifs du Couserans et du Pays d’Olmes. Le département compte près de 1200 exploitations ovines, dont une centaine en estive. Les conflits entre prédation et pastoralisme sont récurrents.
En 2025, l’Ariège a enregistré 45 attaques d’ours sur troupeaux, un chiffre stable par rapport à 2024. Le plan d’action national a alloué 1,2 million d’euros au dispositif de protection (chiens, clôtures, effarouchement).
Prochaine étape : la consultation publique
Le 29 juin 2026 marquera la fin de la consultation publique sur l’arrêté ministériel. Si le texte est adopté, les bergers et lieutenants de louveterie pourraient être habilités à procéder aux tirs d’effarouchement renforcés sans l’appui systématique de l’OFB. La préfecture de l’Ariège suit ce dossier de près, alors que de nouvelles demandes de tirs sont attendues sur d’autres estives du département.