Samedi 6 décembre 2025 vers 20 heures, quatre militantes du collectif Nous Toutes ont fait irruption durant la représentation d'Ary Abittan aux Folies Bergère, à Paris. Portant des masques à l'effigie de l'humoriste avec le mot "violeur" inscrit sur le front, elles ont scandé des slogans avant d'être évacuées par la sécurité sous les huées du public. Cette action s'inscrit dans une série de protestations contre le retour sur scène de l'artiste, qui a bénéficié d'un non-lieu confirmé en appel en janvier 2025 dans une affaire de viol remontant à 2021.
L'essentiel
- Quatre militantes du collectif Nous Toutes ont interrompu le spectacle d'Ary Abittan aux Folies Bergère le 6 décembre 2025 vers 20 heures, portant des masques avec l'inscription "violeur"
- L'humoriste a bénéficié d'un non-lieu confirmé en appel en janvier 2025 dans une affaire de viol remontant à 2021, décision contestée par les collectifs féministes qui rappellent qu'un non-lieu n'est pas un acquittement
- Les militantes affirment avoir subi des coups au visage lors de leur évacuation, tandis que le public présent les a huées en criant "Pétasse" et "Cassez-vous"
- Cette action s'inscrit dans une série de protestations depuis mai 2024, avec notamment des tags à Tours et des manifestations prévues à Bordeaux le 25 janvier devant le Casino Barrière
- Les billets de la tournée "Authentique" se vendent entre 51 et 56 euros, avec des dates programmées jusqu'en 2026 malgré la controverse persistante
La soirée du samedi 6 décembre 2025 aux Folies Bergère, dans le IXe arrondissement de Paris, a brutalement basculé. Vers 20 heures, alors qu’Ary Abittan se produisait dans son spectacle « Authentique », quatre militantes du collectif féministe Nous Toutes ont fait irruption dans la salle mythique parisienne. Leur action, aussi spectaculaire que controversée, témoigne d’une fracture profonde entre une partie du mouvement féministe et l’industrie du spectacle, qui peine à définir les contours de la réintégration d’artistes visés par des accusations de violences sexuelles.
Une action militante préparée et symbolique
Selon Le Parisien, les militantes portaient des masques reproduisant le visage d’Ary Abittan, sur lesquels figurait le mot « violeur » inscrit au front. Cette mise en scène visait à rappeler l’accusation de viol déposée en 2021 par une jeune femme de 24 ans, qui reprochait à l’humoriste de lui avoir imposé une relation sexuelle non consentie. « Ary Abittan violeur », ont scandé les activistes avant d’être rapidement prises en charge par les agents de sécurité.
L’évacuation n’a pas été sans heurts. Le collectif Nous Toutes Paris Nord affirme que ses membres ont subi « des coups au visage » lors de leur expulsion. Des vidéos diffusées par Le Média capturent l’ambiance tendue de la salle, où l’on peut entendre des spectateurs crier « Pétasse » et « Cassez-vous » en direction des militantes. Cette séquence illustre la polarisation extrême du débat public autour de cette affaire.
Un parcours judiciaire complexe et controversé
L’affaire remonte à octobre 2021, lorsqu’une étudiante de 21 ans à l’époque dépose plainte contre Ary Abittan pour viol. Selon les informations rapportées par Le Parisien, la plaignante fréquentait le comédien depuis deux mois au moment des faits reprochés. Mis en examen en novembre 2021, l’acteur de « Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu ? » a été placé sous contrôle judiciaire avant de voir son statut évoluer vers celui de témoin assisté, juridiquement plus favorable.
En avril 2024, deux juges d’instruction prononcent un non-lieu, justifié par l’absence « d’indices graves ou concordants en faveur d’acte de pénétration sexuelle imposée par violence, contrainte, menace ou surprise ». Cette décision a été confirmée en appel en janvier 2025. Pourtant, comme le rappelle Libération via Rue89Bordeaux, le dossier contenait « des lésions vaginales et anales médicalement constatées, des messages adressés par la plaignante à ses amies, ou encore du sang sur la serviette de bain saisie au domicile de l’acteur ».
« Un non-lieu n’est pas un acquittement, c’est juste la fin des poursuites », martèle le collectif Nous Toutes dans son communiqué.
Une tournée nationale sous haute tension
Le retour d’Ary Abittan sur scène avec son spectacle « Authentique » ne s’est pas fait sans heurts. En mai 2024, des militantes féministes avaient déjà tagué la façade de La Comédie de Tours avec des inscriptions comme « Violeurs on vous voit » et « Honte à La Comédie de Tours ». Selon France 3 Régions, plusieurs façades de maisons attenantes avaient également été dégradées, suscitant la colère de riverains qui se disaient « consternés ».
Plus récemment, à Bordeaux, le collectif Collages Féministes Bordeaux et Nous Toutes 33 ont organisé un rassemblement devant le Casino Barrière pour exiger l’annulation de sa représentation prévue le 25 janvier. Dans leur communiqué relayé par Rue89Bordeaux, elles dénoncent le fait qu' »en programmant Ary Abittan, le Casino Barrière offre une tribune à un spectacle qui crache une fois de plus à la face des victimes ».
« Nous Toutes refuse de voir se dérouler la réintégration médiatique et professionnelle d’un homme qui est accusé de viol », affirme le collectif dans sa déclaration officielle.
Un débat qui divise le monde du spectacle
L’humoriste de 51 ans, divorcé et père de trois filles, a construit son nouveau spectacle autour de sa vie quotidienne, évoquant selon Zoom Sur Lille « ses souvenirs d’enfance et sa vision du couple avec son humour survolté et délirant ». Sur scène, il n’hésite pas à parler de sa garde à vue, la comparant même à l’émission Fort Boyard, ce qui suscite des réactions contrastées.
Si les avis des spectateurs sur les sites de billetterie sont globalement positifs, avec des commentaires saluant son énergie et son humour, la situation reste explosive à l’extérieur des salles. Les billets de sa tournée, vendus entre 51 et 56 euros selon les villes, continuent de trouver preneurs, même si les salles ne sont pas systématiquement pleines à craquer. L’artiste a encore plusieurs dates prévues fin 2025 et courant 2026, dont une représentation au Théâtre Sébastopol de Lille prévue le 10 janvier 2025.
Une question de société sans réponse simple
Cette affaire soulève des questions fondamentales sur la place des artistes accusés de violences sexuelles dans l’espace public. Dans un contexte où, selon les chiffres rappelés par les collectifs féministes, seulement 1% des violeurs sont condamnés, la tension entre présomption d’innocence et parole des victimes atteint son paroxysme.
Contrairement à d’autres artistes dans des situations similaires, Ary Abittan n’a pas bénéficié d’un soutien unanime du milieu du spectacle. Son retour s’effectue dans un climat de méfiance, où chaque représentation peut potentiellement donner lieu à des actions militantes. Pour l’heure, l’humoriste n’a pas réagi publiquement aux événements du 6 décembre aux Folies Bergère, maintenant sa ligne de défense selon laquelle « sept magistrats l’ont innocenté à l’unanimité », une formulation contestée puisqu’un non-lieu ne constitue pas juridiquement une preuve d’innocence.
Entre liberté artistique et responsabilité collective face aux violences faites aux femmes, le cas Ary Abittan illustre une société française profondément divisée sur la manière de traiter les zones grises de la justice. Alors que sa tournée se poursuit malgré les protestations, la question demeure : peut-on séparer l’artiste de l’homme, et à quel prix pour les victimes présumées ?
Sources
- Le Parisien (7 décembre 2025)
- Midi Libre (7 décembre 2025)
- Rue89Bordeaux (janvier 2025)
- Le Média (7 décembre 2025)
- France 3 Régions (mai 2024)