Athlétisme féminin : nouvelles règles contre les angles de caméra sexualisants
Un guide de 23 pages impose aux diffuseurs d'éviter ralentis et plans rapprochés compromettants
L'Union européenne de radio-télévision et European Athletics publient un guide strict pour les retransmissions. Trois athlètes olympiques ont témoigné du harcèlement en ligne alimenté par ces images.
Les enjeux
Ce qu'il faut comprendre
Protection des athlètes contre le harcèlement en ligne
Les ralentis et angles compromettants alimentent des vidéos détournées et des commentaires sexistes sur les réseaux sociaux, comme en témoignent les trois athlètes olympiques consultées.
Absence de mécanisme de contrôle
Le guide de 23 pages est une recommandation sans pouvoir de sanction. Aucun organisme ne vérifie son application par les diffuseurs européens.
Parité dans la gouvernance sportive
World Athletics vise 50 % de représentation féminine au sein de son Conseil d'ici 2027, après des réformes de gouvernance lancées en 2016.
L'essentiel
Ce qu'il faut retenir
- L'EBU et European Athletics publient un guide de 23 pages contre les angles de caméra sexualisants en athlétisme féminin.
- Trois athlètes olympiques (Holly Bradshaw, Ivana Španović, Blanka Vlašić) ont témoigné du harcèlement en ligne causé par ces images.
- Le guide interdit les plans rapprochés persistants, les angles bas et les ralentis sans valeur technique.
- Les recommandations n'ont aucun pouvoir de sanction et reposent sur la bonne volonté des diffuseurs.
- World Athletics vise 50 % de représentation féminine dans son Conseil d'ici 2027.
Holly Bradshaw regarde son téléphone. Encore un ralenti d’elle en plein saut à la perche, encore des commentaires sous la vidéo. La perchiste britannique ne compte plus les messages reçus après chaque compétition diffusée à la télé. « J’ai reçu des insultes sur les réseaux sociaux et vu des vidéos inappropriées de moi et de mes collègues en ligne quand du contenu au ralenti de nous en train de concourir est capturé » - confie-t-elle dans le guide publié le 14 juillet 2026.
Un harcèlement amplifié par les choix de réalisation
Le témoignage de Bradshaw n’est pas isolé. Les trois athlètes olympiques consultées pour le guide décrivent un même phénomène: les ralentis et angles de caméra compromettants alimentent des vidéos détournées sur les réseaux sociaux, accompagnées de commentaires sexistes et d’insultes. Ces images, capturées lors de compétitions officielles, sont extraites de leur contexte sportif et circulent sur des plateformes où les athlètes perdent tout contrôle sur leur utilisation. Le guide « Raising the Bar » ne quantifie pas l’ampleur du phénomène, aucune donnée n’indique combien d’athlètes sont touchées ni quelle proportion des retransmissions pose problème, mais les trois témoignages convergent sur les conséquences: une exposition au harcèlement directement liée aux choix de réalisation des diffuseurs.
Ce document de 23 pages que l’Union européenne de radio-télévision (EBU) et European Athletics viennent de publier pour les diffuseurs européens énumère une liste précise de pratiques interdites: plans rapprochés persistants sur certaines parties du corps (lingering shots), angles de caméra bas filmant sous les athlètes (low-angle cameras), ralentis sans valeur technique ou narrative. Les disciplines visées sont le saut en hauteur, le saut à la perche, le saut en longueur et les courses.
« La sexualisation reste une préoccupation majeure »
Glen Killane - directeur exécutif d’EBU Sports, ne mâche pas ses mots: « La sexualisation des athlètes féminines à travers des choix sélectifs d’angles de caméra et de montage reste une préoccupation majeure dans de nombreuses retransmissions sportives ». Le guide recommande à la place des plans larges montrant les courses d’élan, les impulsions et la technique.
Trois athlètes olympiques ont été consultées pour l’élaboration du document: Holly Bradshaw, la Serbe Ivana Španović (saut en longueur) et la Croate Blanka Vlašić (saut en hauteur). Toutes trois ont partagé leur malaise face à certaines pratiques de prise de vue.
Un guide sans pouvoir de contrôle
Le guide ne possède aucun pouvoir de sanction, c’est une recommandation, pas une loi. « C’est une responsabilité partagée à travers notre adhésion EBU » - précise le document. Concrètement, aucun organisme ne vérifie l’application des directives par les diffuseurs membres. Aucune instance ne sanctionne les récidives. Le dispositif repose entièrement sur la bonne volonté des chaînes européennes. Cette absence de mécanisme de contrôle soulève une question pratique: comment mesurer l’efficacité du guide si personne ne surveille son application? Les athlètes sauront à la prochaine compétition diffusée si leurs témoignages ont été entendus.
Aucune source consultée ne précise la position des diffuseurs français face à ces recommandations.
Une bataille longue de dix ans
Le Comité international olympique (CIO) avait déjà publié ses propres directives pour une représentation égalitaire et inclusive des genres dans le sport en 2018 - mises à jour en 2021 et 2024. Des commentaires sexistes avaient été relevés lors des Jeux olympiques de Sotchi en 2014 et de Rio en 2016. L’UNESCO a publié un rapport en 2024 appelant à une couverture médiatique égale et juste.
En France, le ministère chargé de l’Égalité entre les femmes et les hommes s’engage à promouvoir la place des femmes dans le sport et à lutter contre les stéréotypes sexistes.
Gouvernance et diffusion: deux fronts liés
World Athletics a annoncé une feuille de route pour 2025-2027 visant une représentation paritaire dans les rôles techniques et de direction. L’instance s’est engagée dans des réformes de gouvernance depuis 2016 - avec pour objectif d’atteindre 50 % de représentation féminine au sein de son Conseil d’ici 2027. Cette démarche s’inscrit dans la même logique que les recommandations de l’EBU: modifier les pratiques institutionnelles pour transformer la manière dont l’athlétisme féminin est perçu et diffusé. Une gouvernance paritaire augmente les chances que les décisions de diffusion intègrent le point de vue des athlètes féminines dès la conception des retransmissions.
Holly Bradshaw repose son téléphone. Le guide est sorti. Les caméras filmeront différemment, ou pas. Elle le saura à la prochaine compétition.
Sources
- EBU - Raising the Bar (PDF)
- European Athletics - New guidelines tackle harmful stereotypes
- Olympics.com - IOC Portrayal Guidelines
- Dexerto - New women's athletics guidelines
- PetaPixel - Official guide outlines how to avoid sexual camera angles
- Runner's World - Women athletes broadcast guidelines
- SportBible - Athletics broadcasting rules female
- UNESCO - Rapport 2024 accès des femmes au sport