Athlétisme féminin : l’Europe interdit 13 plans caméra « sexualisants »
Des guidelines volontaires pour protéger les athlètes des angles « compromettants »
L'Union européenne de radio-télévision et European Athletics publient un guide de 23 pages interdisant les angles bas et les gros plans prolongés.
L'essentiel
Ce qu'il faut retenir
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2004
JO : surreprésentation de plans objectivants
Une étude des JO de 2004 révèle un nombre significativement plus élevé de gros plans sur la poitrine et les fesses des joueuses de volley-ball [^f32]
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2018
Doha : caméras intrusives dans les starting-blocks
Aux Championnats du Monde d'athlétisme, des caméras pointant vers le haut depuis les starting-blocks sont critiquées par les sprinteuses [^f31]
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2021
JO : gymnastes allemandes en unitards
L'équipe féminine de gymnastique allemande porte des tenues intégrales pour protester contre la sexualisation [^f30]
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2024
JO Paris : premières consignes d'égalité
L'Olympic Broadcasting Services demande de filmer athlètes masculins et féminins de la même manière [^f20][^f42]
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Juin 2026
Publication du guide « Raising the Bar »
L'UER et European Athletics publient 23 pages de guidelines interdisant 13 plans sexualisants [^f1][^f2][^f4]
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10-16 août 2026
Birmingham : premier test grandeur nature
Les Championnats d'Europe d'athlétisme appliquent les nouvelles recommandations pour la première fois [^f3][^f39]
Birmingham, 10 août 2026. Les caméras filment différemment. Pas d’angle bas sous la barre, pas de ralenti gratuit sur les cuisses, pas de gros plan qui traîne. Les Championnats d’Europe d’athlétisme appliquent pour la première fois un guide de 23 pages qui liste 13 plans « sexualisants » désormais proscrits.
Le document s’appelle Raising the Bar. Il sort mi-juin 2026 - co-signé par l’Union européenne de radio-télévision et European Athletics. Trois athlètes olympiques ont travaillé dessus: Holly Bradshaw - perchiste britannique, Ivana Španović - sauteuse en longueur serbe, Blanka Vlašić - sauteuse en hauteur croate. Elles ont témoigné de ce que les caméras leur font subir.
« Plus concentrées sur les caméras que sur leur performance »
Holly Bradshaw dit que les athlètes sont parfois « plus concentrées sur les caméras que sur leur performance ». Ivana Španović va plus loin: « Certains angles de caméra, combinés à des stéréotypes de genre, non seulement causent de l’inconfort aux athlètes et des distractions inutiles pendant la compétition, mais la manière dont cela est diffusé peut également avoir de graves effets à long terme sur la santé mentale de l’athlète ».
Ces témoignages pointent un problème structurel. La pression exercée par les caméras ne s’arrête pas à la compétition. Les athlètes décrivent une vigilance constante sur leur apparence, une anticipation des angles compromettants, une charge mentale supplémentaire qui vient s’ajouter à la performance sportive. Quand Bradshaw parle de concentration détournée - elle décrit un handicap invisible imposé aux femmes mais pas aux hommes. Quand Španović évoque les effets à long terme sur la santé mentale - elle pointe vers l’anxiété, les troubles alimentaires, la dévalorisation de soi que peut générer une exposition médiatique objectivante répétée. Le guide Raising the Bar reconnaît implicitement que la couverture télévisée peut devenir une forme de harcèlement institutionnalisé.
Le guide liste précisément ce qui ne passe plus: les angles bas filmant sous les athlètes, les gros plans prolongés sur des parties du corps, les ralentis qui n’apportent aucune valeur technique ou narrative. En saut en hauteur, une caméra placée en contre-plongée sous l’athlète a « une forte probabilité de générer des images compromettantes ». Le document affirme que « les plans les plus compromettants peuvent être évités sans perte de qualité narrative ou visuelle ».
113 médias publics concernés, aucune contrainte légale
L’UER regroupe 113 organisations membres. Glen Killane - directeur exécutif d’EBU Sport, reconnaît que « la sexualisation des athlètes féminines par des angles de caméra sélectifs et des choix de montage demeure une préoccupation majeure dans de nombreuses retransmissions sportives ». Il ajoute: « Nous espérons que ces directives ressemblent moins à un ensemble de restrictions et plus au début d’une conversation entre diffuseurs, réalisateurs, cadreurs et athlètes, que nous pouvons poursuivre ensemble ».
Cette approche volontaire pose question. Les guidelines entrent en vigueur en juillet 2026 - mais aucune sanction n’existe en cas de non-respect. L’UER mise sur l’adhésion spontanée de ses 113 membres plutôt que sur la contrainte. Glen Killane parle explicitement d’une « conversation » plutôt que de règles strictes. Concrètement, un diffuseur peut ignorer le guide sans conséquence juridique ou financière. Le pari est celui de la pression par les pairs et de l’évolution culturelle progressive. Reste à savoir si cette stratégie suffira pour modifier des pratiques ancrées depuis des décennies, ou si l’absence de contrainte permettra aux habitudes les plus problématiques de persister dans les marges.
Dobromir Karamarinov - président d’European Athletics, qualifie le guide d’« étape cruciale pour éliminer les représentations néfastes des femmes dans le sport ».
Protection contre censure: le débat est ouvert
Le paradoxe tient en un chiffre. Des recherches montrent que les athlètes féminines sont filmées de manière objectivante environ dix fois plus souvent que leurs homologues masculins. La couverture masculine se concentre sur la vitesse et la force, celle des femmes sur leur âge, leur apparence ou leur statut marital.
Mais quand l’UER tente de corriger cet écart par des recommandations non-contraignantes, elle se heurte à des accusations de censure sur les réseaux sociaux. Certains y voient une atteinte à la liberté éditoriale des diffuseurs, d’autres une infantilisation des professionnels de l’image. L’UER répond par l’argument technique: « les plans les plus compromettants peuvent être évités sans perte de qualité narrative ou visuelle ». Autrement dit, la qualité du spectacle sportif ne dépend pas des angles suggestifs. La tension reste néanmoins réelle entre deux conceptions du métier: celle qui considère que toute limitation de cadrage constitue une censure, et celle qui estime que filmer des athlètes féminines différemment des hommes relève du sexisme institutionnel.
L’enjeu n’est pourtant pas technique. La campagne « Change the Angle » - menée par la marque LUX avec Volleyball South Africa et la chaîne SABC, a documenté que les femmes sont dix fois plus susceptibles d’être objectivées par les angles de caméra que les hommes. Une étude des Jeux Olympiques de 2004 avait révélé un nombre significativement plus élevé de gros plans sur la poitrine et les fesses des joueuses de volley-ball, mettant en évidence l’objectification plutôt que l’athlétisme.
Un précédent aux JO de Paris
Olympic Broadcasting Services avait déjà mis en place des consignes similaires pour les Jeux Olympiques de Paris 2024 - demandant aux opérateurs de filmer les athlètes masculins et féminins de la même manière pour éviter les stéréotypes et le sexisme. Le PDG des Services Olympiques de Radiodiffusion avait appelé à une égalité stricte de traitement à l’image.
Les Championnats d’Europe de Birmingham - du 10 au 16 août 2026 - testent désormais ces recommandations à l’échelle européenne. Glen Killane répète que « le sport féminin mérite d’être vu, couvert et valorisé sur un pied d’égalité ». Reste à voir si les diffuseurs suivront ces guidelines volontaires sans contrainte légale, et si les audiences remarqueront la différence.
Birmingham, jour 1. Les caméras filment la barre, pas ce qu’il y a dessous. Pour l’instant.
Sources
Voir le détail de chaque fait sourcé (6)
« Elle a corroboré les propos de Bradshaw, soulignant que "certains angles de caméra, combinés à des stéréotypes de genre, non seulement causent de l'inconfort aux athlètes et des distractions inutiles pendant la compétition, mais la manière dont cela est diffusé peut également avoir de graves effets à long terme sur la santé mentale de l'athlète". »
sportswirewomen.com ↗ ↩
« Elle a déclaré que les athlètes sont parfois "plus concentrées sur les caméras que sur leur performance". »
runnersworld.com ↗ ↩
« Des recherches ont constamment montré que les athlètes féminines sont filmées de manière objectivante environ dix fois plus souvent que leurs homologues masculins, avec une couverture masculine axée sur la vitesse et la force, tandis que celle des femmes se concentre souvent sur leur âge, leur apparence ou leur statut marital. »
sirensport.com.au ↗ ↩
« the world’s leading alliance of public service media, with 113 member organizations in 56 countries »
petapixel.com ↗ ↩
« We hope these guidelines feel less like a set of restrictions and more like the beginning of a conversation between broadcasters, directors, camera operators and athletes, that we can continue together. »
aljazeera.com ↗ ↩
« the most compromising shots can be avoided with no loss of storytelling or visual quality »
petapixel.com ↗ ↩
Sources
- European Athletics - New EBU guidelines tackle harmful stereotypes
- Al Jazeera - European Athletics moves to curb on-screen sexualisation
- PetaPixel - Official Guide outlines how to avoid sexual camera angles
- Runner's World - Women Athletes Broadcast Guidelines
- Sportswirew Women - Sexualized camera angles banned
- LADbible - Women's athletics camera angles broadcasting guidelines
- Ouest-France - Plans de caméra interdits en athlétisme féminin
- Siren Sport - Fighting for a better shot: framing women in sport
