Le guide anti-sexualisation de l’UER déplace le malaise sans le résoudre
L'Union Européenne de Radio-Télévision publie un guide de 23 pages pour filmer les athlètes féminines sans les sexualiser. Interdiction des contre-plongées, des gros plans prolongés, des ralentis excessifs.
L'Union Européenne de Radio-Télévision publie un guide de 23 pages pour filmer les athlètes féminines sans les sexualiser. Interdiction des contre-plongées, des gros plans prolongés, des ralentis excessifs.
Les enjeux
Ce qu'il faut comprendre
Ce que personne ne dit : le caméraman responsable de ce que la tenue révèle
Le paradoxe du guide tient en une phrase. Marcel Dubreuil - président du Média en 4.4.2, résume : « Le caméraman devient coupable de filmer ce qu…
Les Jeux de Paris avaient déjà appliqué la règle
L'Olympic Broadcasting Services avait testé des instructions similaires lors des Jeux Olympiques de Paris 2024 . Sans guide écrit, sans 23 pages,…
Volontaire, mais jusqu'à quand ?
Les recommandations sont volontaires et ne prévoient aucune pénalité . Aucun diffuseur ne sera sanctionné s'il filme une contre-plongée pendant u…
La régie du stade Alexander de Birmingham teste ses caméras. Dans trois semaines, les Championnats d’Europe d’athlétisme remplissent les travées. Cette année, un document de 23 pages s’ajoute au planning: Raising the Bar - le guide anti-sexualisation que l’Union Européenne de Radio-Télévision vient de publier avec European Athletics.
Interdiction formelle des contre-plongées derrière les athlètes. Interdiction des gros plans prolongés sur certaines parties du corps. Interdiction des ralentis excessifs sans justification technique. Glen Killane - directeur exécutif des sports de l’UER, signe: « La sexualisation des athlètes féminines par le biais d’angles de caméra et de choix de montage sélectifs continue d’être une préoccupation significative. »
Derrière chaque interdiction: des mois de témoignages. Holly Bradshaw - perchiste britannique, raconte son malaise face aux caméras qui s’attardent. Ivana Španović - sauteuse en longueur serbe, parle des « distractions inutiles pendant la compétition » et des « conséquences à long terme sur la santé mentale ». Blanka Vlašić - sauteuse en hauteur croate, a participé à l’élaboration du texte.
Ce que personne ne dit: le caméraman responsable de ce que la tenue révèle
Le paradoxe du guide tient en une phrase. Marcel Dubreuil - président du Média en 4.4.2, résume: « Le caméraman devient coupable de filmer ce que les tenues montrent déjà. » Les athlètes portent des combinaisons moulantes, des brassières courtes, des shorts échancrés. Le saut à la perche impose de filmer le corps en extension. Le triple saut nécessite des ralentis techniques. Le sprint demande des plans de profil serrés.
L’UER déplace la responsabilité sur la réalisation. Pas sur les tenues, pas sur les fédérations qui les imposent, pas sur les sponsors qui les vendent. Sur celui qui cadre. Le guide ne mentionne à aucun moment la possibilité de modifier les équipements sportifs. Il conditionne le travail des réalisateurs et ouvre la porte à des critères de plus en plus subjectifs sur ce qui peut ou ne peut pas être montré à la télévision.
Les Jeux de Paris avaient déjà appliqué la règle
L’Olympic Broadcasting Services avait testé des instructions similaires lors des Jeux Olympiques de Paris 2024. Sans guide écrit, sans 23 pages, sans communication officielle. Les réalisateurs recevaient des consignes verbales: éviter les plans appuyés, privilégier la performance, cadrer large. Ça fonctionnait. Personne n’en parlait.
La différence cette fois: la publicité. L’UER communique, nomme, détaille. Le document devient lui-même un sujet de polémique. Ce qui était une pratique discrète devient une directive officielle, donc contestable.
Volontaire, mais jusqu’à quand?
Les recommandations sont volontaires et ne prévoient aucune pénalité. Aucun diffuseur ne sera sanctionné s’il filme une contre-plongée pendant un saut en hauteur. Le guide suggère, encourage, recommande. Il ne contraint pas. Mais sa simple existence crée une norme. Un réalisateur qui ignore le guide prend un risque réputationnel. Une chaîne qui le suit gagne une caution éthique.
Birmingham sera le laboratoire. Du 10 au 16 août 2026 - les caméras appliqueront, ou pas, les 23 pages. Les athlètes courront, sauteront, lanceront. Les réalisateurs cadreront. Et quelqu’un, quelque part, comptera les plans interdits diffusés malgré tout.
Le problème reste entier. Les tenues n’ont pas changé. Les caméras filmeront toujours des corps en mouvement. Seul le cadrage est contraint. On déplace le malaise sans le résoudre. Le guide interdit de montrer ce qui existe. Il ne change pas ce qui pose problème.
