Aubagne : 105 000 habitants défendent la gratuité des transports face au déficit métropolitain

Instaurée en 2009, la gratuité des bus dans le Pays d'Aubagne est menacée par le trou budgétaire de 123 millions d'euros de la Métropole Aix-Marseille-Provence.

Aubagne : 105 000 habitants défendent la gratuité des transports face au déficit métropolitain
Illustration Alexandre Santini / info.fr

Le déficit de la Métropole Aix-Marseille-Provence relance la question de la gratuité des transports en commun dans le Pays d'Aubagne. Élus et usagers font front pour préserver un acquis qui bénéficie à 105 000 habitants depuis 2009. Le budget 2026 n'a pas été voté le 21 avril.

C’est une mesure pionnière qui résiste depuis dix-sept ans. Instaurée le 15 mai 2009 par la communauté d’agglomération du Pays d’Aubagne et de l’Étoile, la gratuité des transports en commun couvre 12 communes et 105 000 habitants. Depuis, selon La Provence, la fréquentation a triplé pour atteindre environ 4 millions de voyages par an. Aujourd’hui, ce modèle est dans le viseur de la Métropole Aix-Marseille-Provence.

Un déficit de 123 millions qui rebat les cartes

La Métropole fait face à un déficit global de 123 millions d’euros pour 2026, selon Le Monde. Causes identifiées : une baisse des dotations de l’État estimée à plus de 70 millions d’euros via la loi de finances 2026, et une hausse des coûts d’exploitation des transports de 11,5 %, portée à 866,1 millions d’euros, selon le rapport d’orientations budgétaires publié par la Métropole le 16 avril 2026. La dette du budget annexe transports est projetée à 982 millions d’euros fin 2026, contre 888 millions fin 2025. La subvention d’équilibre versée par la Métropole à ce budget atteindrait au moins 189,58 millions d’euros, en hausse de 27 % par rapport à 2022.

Dans ce contexte, Nicolas Isnard, président LR de la Métropole, qualifie la gratuité d’Aubagne de « leurre » pesant sur le budget transports. Il n’évoque pas de décision unilatérale immédiate, mais envisage des ajustements. Une gratuité partielle pour les enfants de moins de 10 ans et les seniors de plus de 65 ans a déjà été introduite à l’échelle métropolitaine en 2025, provoquant une perte estimée à 10 millions d’euros de recettes tarifaires, ramenées à 143 millions d’euros selon le document officiel de délibérations de la Métropole.

Les maires posent une « ligne rouge »

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Les maires du Pays d’Aubagne et de l’Étoile ne l’entendent pas ainsi. Ils décrivent la gratuité des transports comme une « ligne rouge » infranchissable, selon La Provence. Le 21 avril 2026, les maires de la Métropole ont refusé de voter le budget 2026 pour alerter l’État avant la date butoir du 30 avril, rapporte Le Figaro. Des options sont en discussion : déplafonnement du versement mobilité, hausses tarifaires ailleurs, appels à dotations complémentaires. Aucune décision définitive n’a été annoncée à ce stade.

Du côté des usagers, les associations Asdel et Se déplacer sans billet se mobilisent. Elles mettent en avant les bénéfices sociaux - gain de pouvoir d’achat pour les ménages modestes - mais aussi environnementaux et sanitaires, selon La Provence. Un argument que reprend le débat sur la gouvernance des métropoles françaises, qui s’invite régulièrement dans les arbitrages budgétaires locaux.

Un débat qui dure depuis 2023

La menace n’est pas nouvelle. En novembre 2023, la suppression des Conseils de territoire au sein de la Métropole avait déjà alimenté les craintes sur l’avenir de la gratuité d’Aubagne, avec des interrogations sur son intégration au réseau métropolitain, rappelle La Provence. À l’époque comme aujourd’hui, les élus locaux ont choisi la résistance plutôt que la négociation silencieuse. Ce bras de fer illustre plus largement les tensions financières qui traversent les grandes intercommunalités françaises, à l’image des crises politiques locales qui secouent d’autres territoires.

La décision finale appartient au conseil métropolitain. La date butoir du 30 avril pour le vote du budget 2026 approche. Les modalités exactes d’un éventuel maintien ou d’une remise en cause de la gratuité n’ont pas encore été précisées par la Métropole.

Sources

Alexandre Santini

Alexandre Santini

Basé à Marseille, couvre les quartiers Nord, la politique municipale, les chantiers du Grand Port et les tensions sur la propreté urbaine. Formé au CFJ, il a travaillé en télé locale avant de rejoindre la rédaction web. Posture : ne jamais dépendre des communiqués de la mairie, aller dans les cités, interroger les associations, croiser les budgets et les promesses électorales.

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