Balkany : 18 mois ferme requis pour détournement de fonds publics

Le parquet de Nanterre réclame trois ans de prison, 350 000 euros d'amende et dix ans d'inéligibilité contre l'ancien maire de Levallois-Perret

Balkany : 18 mois ferme requis pour détournement de fonds publics
Balkany : 18 mois ferme requis pour détournement de fonds publics Illustration par Claire Delattre / INFO.FR

Policiers transformés en chauffeurs privés, emploi fictif financé par la ville : le parquet de Nanterre a requis 18 mois ferme contre Patrick Balkany, 77.

L'essentiel — les faits vérifiés
  • Le parquet de Nanterre requiert 3 ans de prison dont 18 mois ferme et 350 000 euros d'amende contre Patrick Balkany.
  • Quatre policiers ont été utilisés comme chauffeurs et domestiques personnels du couple Balkany entre 2010 et 2015.
  • L'association Codeeil a reçu 855 000 euros de subventions municipales pour un emploi fictif rémunéré 300 000 euros.
  • Dix ans d'inéligibilité sont demandés en plus de la peine de prison.
  • Balkany, 77 ans, est en liberté conditionnelle depuis janvier 2026 après une condamnation pour fraude fiscale.

Trois ans de prison dont dix-huit mois ferme. 350 000 euros d’amende. Dix ans d’inéligibilité. Cinq ans d’interdiction d’exercer dans la fonction publique. Voilà ce que la procureure Nathalie Foy a demandé au tribunal correctionnel de Nanterre, mercredi 8 avril, contre Patrick Balkany.

L’ancien maire de Levallois-Perret, 77 ans, déjà condamné en 2020 à quatre ans et demi de prison pour fraude fiscale, est jugé cette semaine dans deux nouvelles affaires. Détournement de fonds publics. Prise illégale d’intérêts. Les mots sont les mêmes. Le système aussi.

855 000 eurosSubventions municipales versées à l'association Codeeil, au coeur du dossier d'emploi fictif
LES ENJEUX
Détournement de fonds publics
Détournement de fonds publics
855 000 euros de subventions municipales versées à une association sans activité réelle identifiée, et des agents publics utilisés comme domestiques privés.
Récidive judiciaire
Récidive judiciaire
Balkany, déjà condamné à 4 ans et demi pour fraude fiscale en 2020, fait face à de nouvelles poursuites pour des faits commis durant son mandat.
Inéligibilité et municipales 2026
Inéligibilité et municipales 2026
Malgré 10 ans d'inéligibilité confirmés, l'ancien maire tente de peser sur les municipales de Levallois-Perret en constituant une liste.
Probité des élus locaux
Probité des élus locaux
L'affaire illustre les failles du contrôle des dépenses publiques dans les communes dirigées par un élu omnipotent pendant 30 ans.

Des policiers municipaux comme domestiques

Premier dossier : l’affaire des chauffeurs. Entre janvier 2010 et mai 2015, quatre agents - trois policiers municipaux et un policier national - ont été affectés au service personnel du couple Balkany. Vingt-quatre heures sur vingt-quatre.

Conduire les enfants. Promener les chiens. Faire le trajet jusqu’à la résidence secondaire de Saint-Martin. L’un d’eux s’est décrit comme le « larbin de service ». C’est son mot. Pas celui de l’accusation.

Ces agents étaient payés par la ville. Pour servir le maire. Les contribuables de Levallois finançaient les courses privées de leur élu. Problème : c’est un délit.

L’association fantôme

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Deuxième dossier : l’affaire Codeeil. Une association subventionnée par la mairie à hauteur de 855 000 euros. Son employé vedette : Renaud Guillot-Corail, proche de Balkany, rémunéré 300 000 euros entre 2012 et 2018.

Sa production intellectuelle ? Introuvable. Ses voyages en première classe vers Cuba, Miami, Saint-Domingue ? Documentés. Le parquet parle d’emploi fictif. Les enquêteurs n’ont trouvé aucune trace de travail effectif.

« Je trouve ça invraisemblable »

À la barre, Balkany a choisi l’indignation. « Je trouve ça invraisemblable de me retrouver ici. » Il se dit « dégoûté ».

Sauf que. L’homme est en liberté conditionnelle depuis janvier 2026, après avoir purgé une partie de sa peine pour fraude fiscale. Un patrimoine de 13 millions d’euros dissimulé au fisc. La cour d’appel a confirmé son inéligibilité en novembre 2025. Le parquet a même contesté sa libération conditionnelle.

Invraisemblable, non. Logique, plutôt.

Infographie chronologie

Trente ans de règne, un système

Patrick Balkany a dirigé Levallois-Perret pendant trois décennies. Ce qui se juge à Nanterre cette semaine n’est pas un dérapage. C’est un mode de fonctionnement. Des fonds publics détournés vers des proches. Des fonctionnaires municipaux transformés en personnel domestique. Une association-écran alimentée par des subventions votées par le conseil municipal qu’il présidait.

Le mot existe : prédation. Trente ans de prédation sur une commune de 65 000 habitants.

Les chiffres clés des réquisitions contre Patrick Balkany au tribunal de Nanterre pour détournement de fonds publics en avril 2026.
Les chiffres clés des réquisitions contre Patrick Balkany au tribunal de Nanterre pour détournement de fonds publics en avril 2026.

Inéligible mais pas absent

Malgré sa condamnation et son inéligibilité, Balkany a annoncé vouloir constituer une liste pour les municipales de 2026 à Levallois-Perret. Sans pouvoir y figurer lui-même. La cour d’appel a tranché en novembre 2025 : il reste hors-jeu.

Mais l’influence persiste. Condamné, inéligible, en liberté conditionnelle, et toujours capable de peser sur la vie politique locale. C’est peut-être ça, le vrai scandale.

Le tribunal rendra sa décision dans les prochaines semaines. Balkany risque de retourner en prison. Il a 77 ans. Il se dit innocent. Les faits disent autre chose.

Rideau.

Sources

Claire Delattre

Claire Delattre

Journaliste spécialisée dans l'analyse politique et les affaires publiques. Formation en sciences politiques et journalisme. Plusieurs années d'expérience en presse écrite et digitale, notamment sur la couverture des institutions françaises et européennes. Rejoint INFO.FR en novembre 2025 pour développer la rubrique politique.

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