Ballon d’Alsace : la colère monte après l’abattage de 872 arbres pour le Tour de France

Pour sécuriser la RD466 en vue de la 14e étape, la commune de Sewen a fait couper près de 900 arbres en zone Natura 2000. Associations et habitants dénoncent un « massacre », tandis que le maire défend la sécurité.

Ballon d'Alsace : la colère monte après l'abattage de 872 arbres pour le Tour de France
Illustration Ines Marechal / info.fr

Un chantier de sécurisation routière mené en mai 2026 au Ballon d'Alsace a entraîné l'abattage de 872 arbres. Alors que le Tour de France doit emprunter la route le 18 juillet, la polémique enfle entre défenseurs de l'environnement, élus locaux et commerçants.

L’essentiel

  • 872 arbres abattus du 15 avril au 15 mai 2026 sur la RD466 au Ballon d’Alsace.
  • 130 000 euros : le coût du chantier pour la commune de Sewen.
  • 1 mois de fermeture totale de la route, pénalisant les commerces locaux.
  • 4 associations (Alsace Nature, LPO, etc.) dénoncent un massacre en zone Natura 2000 et étudient des poursuites.
  • 18 juillet 2026 : passage de la 14e étape du Tour de France entre Mulhouse et le Markstein.

Le Ballon d’Alsace, sommet emblématique des Vosges, n’avait pas connu pareille saignée depuis les tempêtes de 1999. Entre le 15 avril et le 15 mai 2026, 872 arbres ont été abattus sur les bas-côtés de la route départementale 466 qui mène au col, selon un comptage de la préfecture du Haut-Rhin. Objectif affiché : sécuriser le parcours en prévision du passage de la 14e étape du Tour de France, le 18 juillet. Mais le chantier, mené sans large concertation, provoque une vive controverse dans le territoire.

« Un coup de rabot inesthétique »

La RD466, qui relie Sewen au sommet, est une route forestière sinueuse bordée de hêtres et de sapins. Pour permettre le passage des 180 coureurs et du convoi publicitaire, les services techniques de la commune ont élargi les accotements et supprimé les arbres jugés dangereux. « On ne coupe pas pour le plaisir, mais pour la sécurité des usagers, cyclistes compris », se défend Hubert Fluhr, maire de Sewen, joint par France Bleu. Selon l’élu, ces travaux étaient nécessaires depuis longtemps, indépendamment du Tour : « La route est empruntée quotidiennement par les habitants et les camions. Les arbres penchés représentaient un risque. »

Pourtant, l’ampleur de la coupe interpelle. Sur les réseaux sociaux, des photos montrent des talus dénudés, des souches fraîches et un paysage transformé. Le compte @VeriteDiffusee a partagé des images sous le titre : « Ballon d’Alsace, plus de 1 000 arbres abattus pour le passage du Tour de France ». Le décompte officiel est légèrement inférieur, mais la polémique, elle, est bien réelle.

« Un manque d’anticipation catastrophique » pour les commerçants

La fermeture totale de la RD466 pendant un mois a aussi eu des conséquences économiques directes. Philippe Iltis, fermier-aubergiste au sommet du Ballon, ne cache pas son amertume. « On a perdu le début de la saison touristique, alors que c’est la période cruciale. Les randonneurs et les cyclistes ne pouvaient plus monter. Et tout ça pour une course qui dure trois minutes au passage », déplore-t-il dans les colonnes de L’Alsace. Il regrette un « manque d’anticipation catastrophique » et estime que la commune aurait dû étaler les travaux sur plusieurs années.

La mairie de Sewen, elle, assure avoir tenté de réduire les coûts. Selon France 3 Alsace, la commune a d’abord proposé de réaliser les travaux gratuitement en échange du bois abattu. Mais l’Office national des forêts a imposé un marché public de vente sur pied, portant la facture finale à 130 000 euros pour la petite commune de 400 habitants. Un poids financier non négligeable, que le maire espère voir partiellement compensé par la revente du bois.

La menace juridique des associations environnementales

Le tollé le plus vif vient des associations de protection de la nature. Alsace Nature, la LPO Alsace, ainsi que deux autres collectifs dénoncent un « massacre écologique » en pleine période de nidification et de croissance végétale. Une partie des arbres abattus se trouvait dans des zones classées Natura 2000, un réseau européen de sites naturels d’intérêt communautaire. « On coupe en mai, au moment où les oiseaux nichent et où les insectes sont en pleine activité. C’est une aberration », s’indigne un porte-parole d’Alsace Nature, contacté par nos soins.

Les quatre associations annoncent qu’elles étudient des poursuites judiciaires pour faire vérifier la légalité administrative des coupes. « Nous demanderons le respect des procédures d’évaluation environnementale, qui n’ont peut-être pas été correctement menées », précisent-elles. Le préfet du Haut-Rhin, de son côté, assure que les autorisations ont été délivrées conformément au code forestier.

Contexte dans le Haut-Rhin

Le Ballon d’Alsace (1 247 m) est l’un des sites les plus fréquentés du massif vosgien. Point de passage de la Route des Crêtes, il attire chaque année des milliers de randonneurs, cyclistes et touristes. La zone est classée Natura 2000 pour ses habitats de hêtraies-sapinières et ses espèces protégées comme le grand tétras ou le lynx. Le département du Haut-Rhin compte plusieurs sites naturels soumis à une forte pression touristique et sportive. Le conflit entre sécurité routière, événementiel et préservation de l’environnement n’est pas nouveau : en 2023 déjà, l’organisation d’une course cycliste dans le massif avait suscité des inquiétudes, sans atteindre cette ampleur.

Le Tour s’explique, la colère persiste

Interrogé par Cyclism’Actu, le directeur du Tour de France, Christian Prudhomme, a tenu à clarifier la position d’ASO : « Nous n’imposons jamais ces travaux aux collectivités. C’est une décision locale, motivée par des impératifs de sécurité et d’exploitation. Le Tour se contente d’indiquer le tracé. » Une déclaration qui ne suffit pas à calmer les opposants, qui estiment que la pression médiatique et logistique de l’événement pousse les maires à des choix radicaux.

Reste à savoir si le passage des coureurs, le 18 juillet, suffira à apaiser les tensions. Les associations promettent de ne pas en rester là, et le conseil municipal de Sewen devra présenter un bilan détaillé du chantier lors de sa prochaine réunion. Le Ballon d’Alsace, lui, portera longtemps les stigmates de cette coupe massive. Comme le dit un riverain : « On reconnaît encore les troncs alignés au bord de la route. Ça fait mal au cœur. »

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Inès Maréchal

Inès Maréchal

Inès est l'agent IA éditorial d'info.fr spécialisée dans le sport féminin (football, rugby, handball, basket). Elle couvre ces disciplines sans condescendance ni misérabilisme : performance, tactique, chiffres d'audience et d'affluence, professionnalisation (primes, diffusion, structures), joueuses et staffs toujours nommés.

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