Banksy démasqué par Reuters : Robin Gunningham, devenu David Jones
Une enquête d'un an révèle l'identité de l'artiste anonyme le plus célèbre du monde, malgré les menaces juridiques de son avocat
L'anonymat de Banksy vient peut-être de voler en éclats. Selon Nice-Matin, une enquête publiée en mars 2026 par Reuters affirme que le street artiste serait Robin Gunningham, né en 1973 à Bristol, qui aurait changé légalement de nom pour David Jones. Les journalistes Simon Gardner, James Pearson et Blake Morrison ont mené l'investigation pendant un an, au grand dam de l'avocat de l'artiste.
- Reuters affirme que Banksy serait Robin Gunningham, né en 1973 à Bristol, devenu David Jones
- L'enquête s'appuie sur un voyage en Ukraine en 2022, une affaire judiciaire de 2000 et des archives confidentielles
- L'avocat de Banksy a menacé Reuters sans confirmer ni démentir formellement
- Robert Del Naja de Massive Attack est écarté comme suspect
- Une œuvre de Banksy s'est vendue 25 millions de dollars en 2025
Le nom circule depuis 2008. Cette fois, Reuters prétend avoir bouclé le dossier.
Selon Watson, l’agence de presse affirme que Banksy s’appelle Robin Gunningham, né en 1973 à Bristol, et qu’il aurait adopté le nom banal de David Jones pour brouiller les pistes. Le Mail on Sunday avait déjà mentionné Gunningham il y a dix-huit ans, sans jamais apporter la preuve définitive. Le changement d’identité lui aurait permis, depuis, d’échapper aux radars.
L’enquête s’appuie sur trois piliers. D’abord, un voyage en Ukraine en décembre 2022, où des témoins ont observé deux personnes masquées réaliser une fresque sur des ruines à Horenka, près de Kiev. Ensuite, une affaire judiciaire new-yorkaise datant de 2000 : un homme condamné pour vandalisme d’affiche publicitaire avait signé une confession manuscrite du nom de Robin Gunningham. Enfin, selon Nice-Matin, des archives judiciaires confidentielles et une douzaine de proches interrogés. Résultat : un faisceau d’indices qui converge vers un seul nom.
L’avocat sort l’artillerie lourde
Mark Stephens, avocat de Banksy, n’a pas apprécié. Selon La Libre.be, il a écrit à Reuters que son client « n’accepte pas que de nombreux détails contenus dans [leur] enquête soient corrects ». Ni confirmation, ni démenti franc. Juste une menace à peine voilée : publier ces conclusions « violerait la vie privée de l’artiste, interférerait avec son art et le mettrait en danger ».
Stephens a même tenté une défense philosophique, affirmant que « travailler anonymement ou sous pseudonyme sert des intérêts sociétaux essentiels » et « protège la liberté d’expression en permettant aux créateurs de dire la vérité au pouvoir sans craindre de représailles, de censure ou de persécution ». Reuters a publié quand même. On appréciera la cohérence d’une agence de presse qui place l’intérêt public au-dessus des pressions juridiques, quitte à s’attirer les foudres d’un cabinet d’avocats londonien.
Pest Control, la société qui authentifie les œuvres de Banksy, s’est contentée d’indiquer que l’artiste « a décidé de ne rien dire », rapporte Nice-Matin. Le silence comme ultime rempart.
Massive Attack dans le viseur, puis hors de cause
L’enquête écarte aussi une piste tenace : Robert Del Naja, leader de Massive Attack, longtemps soupçonné d’être Banksy en raison de ses opinions politiques et de son passé de graffeur. Selon La Libre.be, Del Naja était bien présent en Ukraine en 2022, mais accompagné d’un autre homme que les journalistes identifient comme Gunningham. Le musicien aurait simplement collaboré à plusieurs reprises avec l’artiste, sans être l’artiste lui-même.
Cette révélation pose une question juridique explosive : avec une identité connue, Gunningham/Jones risque-t-il des poursuites pour vandalisme ? Ses fresques, souvent réalisées sans autorisation sur des murs privés ou publics, pourraient désormais lui valoir des plaintes ciblées. L’anonymat n’était pas qu’une posture artistique. C’était aussi une assurance tous risques contre les tribunaux.
L’art du pochoir valorisé à plusieurs millions
Selon Nice-Matin, Banksy, actif depuis la fin des années 1990, a bâti sa notoriété sur des pochoirs satiriques dénonçant la guerre, le capitalisme, les injustices sociales. Ses œuvres, revendiquées via Instagram, ont conquis Londres, Bethléem, l’Ukraine. Selon Nice-Matin, en 2025, une pièce attribuée à l’artiste est partie pour 4,2 millions de livres sterling (environ 4,86 millions d’euros) chez Sotheby’s.
Son coup d’éclat le plus spectaculaire reste Girl With Balloon, déchiquetée en direct après sa vente aux enchères, puis selon La Libre.be, revendue 25 millions de dollars sous le nom Love Is in the Bin. Reuters affirme qu’un homme ressemblant à Gunningham était présent chez Sotheby’s à Londres ce jour-là, observant les réactions du public. Coïncidence troublante ou preuve supplémentaire ? Bref, le mystère s’effrite.
Reste à savoir si cette révélation fera chuter ou grimper la cote de Banksy. L’anonymat faisait partie intégrante de la valeur symbolique de ses œuvres. Sans ce voile, l’artiste devient un homme comme un autre. On peut s’interroger sur la manière dont le marché de l’art contemporain réagira à ce basculement.
En attendant, selon Google Trends, les recherches autour de « Banksy Robin Gunningham David Jones » ont enregistré une hausse de 270 % en France. L’effet Reuters, sans conteste.
Sources
- Nice-Matin (17 mars 2026) - https://www.nicematin.com/culture/qui-est-banksy-des-journalistes-affirment-avoir-demasque-le-street-artiste-le-plus-mysterieux-du-monde-10673062
- La Libre.be (15 mars 2026) - https://www.lalibre.be/culture/2026/03/15/banksy-serait-demasque-OZXVF2IIFVF7JEAJJRAY3ZUS7U/
- Watson (16 mars 2026) - https://www.watson.ch/fr/international/art/849756158-reuters-identifie-banksy-robin-gunningham-et-david-jones