Barbara Cirillo, journaliste DAZN entre terrain et viralité
Bordocampista pour DAZN depuis quinze ans, Barbara Cirillo incarne le paradoxe des femmes journalistes sportives en Italie : expertes sur le terrain, réduites à leur image sur les réseaux.
54 000 spectateurs au Maradona, des smartphones braqués non sur les joueurs, mais sur elle. Barbara Cirillo, reporter DAZN, cristallise un double.
- Barbara Cirillo est journaliste bordocampista pour DAZN, originaire de Bari — Pouilles) — source : Alamy/Instagram
- Quinze ans de carrière dans le journalisme sportif italien, des médias régionaux aux grands stades de Serie A
- DAZN a fait de la visibilité féminine une stratégie éditoriale, exposant ses journalistes à un double regard (professionnel/esthétique)
- Sur les réseaux sociaux, les requêtes autour des journalistes femmes de DAZN portent massivement sur leur apparence plutôt que leur expertise — double standard structurel
Naples, 14 avril 2025. Stade Diego Armando Maradona, 54 000 spectateurs. Le SSC Napoli reçoit Empoli FC pour un match de Serie A. Sur la pelouse, les joueurs s’échauffent. Mais sur le bord du terrain, une autre scène se joue. Barbara Cirillo, micro DAZN en main, prépare ses interventions d’avant-match. Autour d’elle, des dizaines de smartphones se lèvent dans les tribunes basses. Pas pour les joueurs. Pour elle. En quelques secondes, les images circulent sur Instagram, Threads, TikTok. La journaliste est devenue le sujet.
Ce soir-là, Barbara Cirillo fait son travail. Interviews flash, analyses tactiques, compte-rendus en direct. Quinze ans de métier condensés dans chaque intervention de 90 secondes. Mais sur les réseaux sociaux, ce n’est pas son analyse du pressing napolitain qui circule. Ce sont des captures d’écran, des ralentis, des commentaires sur son apparence. Bienvenue dans le quotidien d’une « bordocampista » en 2025.
De Bari aux grands stades : quinze ans dans les coulisses de la Serie A
Barbara Cirillo , « Babi » pour ses abonnés , est originaire de Bari, dans les Pouilles, au sud de l’Italie. Un territoire où le football est une religion et où le journalisme sportif reste, encore aujourd’hui, un univers très masculin. Elle n’a pas débarqué sur les bords de terrain par hasard. Environ quinze ans de carrière jalonnent son parcours, des rédactions locales aux plateaux nationaux.
Son ascension s’est faite par étapes. D’abord les médias régionaux, puis les chaînes sportives nationales, avant d’intégrer DAZN, le diffuseur qui a décroché les droits de la Serie A en Italie. Chez DAZN, elle occupe le poste de « bordocampista » , littéralement, reporter de bord de terrain. Un rôle technique et exigeant : il faut capter l’information en temps réel, décrypter les choix tactiques des entraîneurs, obtenir des réactions à chaud dans le tunnel des vestiaires. Pas de prompteur. Pas de filet.
Son compte Instagram (@babi_cirillo) et sa présence sur Threads témoignent d’une popularité croissante. Mais cette popularité pose une question que Barbara Cirillo partage avec toutes ses collègues : d’où vient-elle exactement ?
Le paradoxe des réseaux sociaux : viralité subie, crédibilité à conquérir
Le phénomène est documenté et récurrent en Italie. Tapez « giornaliste più belle di DAZN » sur Google : les résultats se comptent par millions. Des classements, des galeries photos, des articles entiers consacrés non pas au travail journalistique de ces femmes, mais à leur apparence physique. Barbara Cirillo n’échappe pas à cette mécanique.
Sur les réseaux sociaux, chaque apparition à l’antenne génère un double flux. D’un côté, des commentaires sur la qualité de ses interventions. De l’autre, une avalanche de réactions centrées sur son physique. Ce mécanisme crée un paradoxe cruel : plus une bordocampista est visible, plus son image prend le dessus sur son expertise. La viralité ne récompense pas le professionnalisme. Elle récompense l’apparence.
Ce mécanisme n’est pas propre à l’Italie, mais il y prend une dimension particulière. Dans un pays où le calcio reste un bastion culturel masculin, la présence de femmes sur le bord du terrain continue de susciter un regard d’abord esthétique, ensuite , parfois , professionnel.
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Un phénomène DAZN : la fabrique des bordocampiste
Pour comprendre Barbara Cirillo, il faut comprendre DAZN. Depuis que la plateforme de streaming a décroché les droits de la Serie A, elle est devenue la principale vitrine du football italien. Et DAZN a fait un choix éditorial clair : placer des femmes journalistes en première ligne, sur le terrain, en studio, à la présentation.
Le modèle a un nom : Diletta Leotta. Présentatrice star suivie par plusieurs millions d’abonnés sur Instagram, elle a redéfini le rôle de la journaliste sportive en Italie au début des années 2020. Elle a créé un archétype , la présentatrice-influenceuse , que ses successeures doivent désormais négocier. Giorgia Rossi, autre figure de DAZN, a suivi un chemin similaire. Barbara Cirillo s’inscrit dans cette lignée, avec une différence notable : elle n’est pas présentatrice en studio. Elle est sur le terrain. Son travail est plus brut, plus technique, moins scénarisé.
DAZN emploie aujourd’hui plusieurs femmes journalistes sur ses dispositifs de Serie A. Ce n’est plus une exception. C’est une stratégie éditoriale assumée. La plateforme a compris que ces profils génèrent de l’engagement sur les réseaux sociaux, attirent une audience élargie et modernisent l’image du calcio. Mais cette stratégie a un coût : elle expose ces journalistes à un double regard permanent.


Le double standard : une question qui ne se pose jamais pour les hommes
Barbara Cirillo n’est pas un phénomène isolé. Elle est le symptôme d’une mutation en cours dans le journalisme sportif italien. Ses quinze ans de carrière, son expertise tactique, sa présence terrain match après match , tout cela constitue un parcours professionnel solide que les classements esthétiques ne peuvent pas effacer.
Le fait même que cet article existe , qu’il faille rappeler qu’une journaliste est d’abord une journaliste , dit quelque chose sur l’état du journalisme sportif en 2025. Aucun reporter de bord de terrain masculin ne se voit poser la question de sa légitimité à chaque interview. Le double standard est structurel.
DAZN a ouvert une porte. Des femmes s’y sont engouffrées avec compétence et détermination. Mais le vrai test pour le football italien ne se joue pas sur la pelouse. Il se joue dans la manière dont le public choisira de regarder ces journalistes. Comme des professionnelles. Ou comme du spectacle.
De Bari à la Serie A : le parcours de Barbara Cirillo
Sources
- Photo de presse Alamy — Barbara Cirillo, DAZN, Napoli-Empoli, 14 avril 2025 - https://www.alamy.com/dazn-television-journalist-barbara-cirillo-during-the-serie-a-football-match-between-ssc-napoli-and-empoli-fc-at-diego-armando-maradona-stadium-in-naples-italy-april-14th-2025-image630047097.html
- IMTV — Barbara Cirillo : profil et carrière - https://www.imtv.it/chi-e-barbara-cirillo
- Il Messaggero — Diletta Leotta, vie et carrière sur DAZN - https://www.ilmessaggero.it/fr/diletta_leotta_vie_carriere_et_vie_privee_de_la_presentatrice_italienne-8467977.html