Bassirou Diomaye Faye prend la présidence de la CEDEAO en pleine crise
Le président sénégalais hérite d'une organisation affaiblie par le départ de trois États et confrontée à l'insécurité régionale
Le 19 juillet 2026, Bassirou Diomaye Faye a pris la tête de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest lors du 69e sommet à Freetown. Le président sénégalais succède au Sierra-Léonais Julius Maada Bio pour un mandat d'un an, dans un contexte marqué par le retrait de trois pays et des défis sécuritaires majeurs.
L'essentiel
Ce qu'il faut retenir
- Bassirou Diomaye Faye a été désigné président en exercice de la CEDEAO le 19 juillet 2026 pour un mandat d'un an
- Le général sénégalais Birame Diop prendra la tête de la Commission de la CEDEAO le 1er septembre 2026 pour quatre ans
- La CEDEAO compte désormais 12 États membres après le retrait du Mali, du Burkina Faso et du Niger
- Le sommet a approuvé le projet de gazoduc Nigeria-Maroc, un investissement de 25 milliards de dollars sur 5 660 kilomètres
Le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye a été désigné président en exercice de la CEDEAO le 19 juillet 2026, lors du 69e sommet de l’organisation à Freetown, en Sierra Leone. Il succède pour un mandat d’un an au président sierra-léonais Julius Maada Bio, selon les informations communiquées par la CEDEAO. Le Sénégal assure ainsi la présidence tournante de cette institution régionale à un moment charnière de son histoire.
Une organisation affaiblie par trois départs
La prise de fonction intervient alors que la CEDEAO compte désormais 12 États membres, après le retrait du Mali, du Burkina Faso et du Niger, selon l’agence de presse Xinhua. Ces trois pays, dirigés par des juntes militaires, ont quitté l’organisation en réponse aux sanctions imposées après les coups d’État successifs de 2020 à 2023. Ce départ fragilise considérablement l’influence de la communauté dans le Sahel, région clé pour la stabilité sous-régionale.
Le sommet de Freetown a toutefois marqué un signal d’ouverture avec la première participation du général Mamady Doumbouya, président de la Guinée, après la levée des sanctions contre son pays, rapporte l’agence Anadolu. Cette présence témoigne d’une volonté de maintenir le dialogue avec les régimes militaires encore membres.
Birame Diop à la tête de la Commission
Le sommet a également acté la nomination du général sénégalais Birame Diop à la présidence de la Commission de la CEDEAO pour un mandat de quatre ans, de 2026 à 2030. Ancien ministre de la Défense du Sénégal, il prendra ses fonctions le 1er septembre 2026 à Abuja, siège de l’institution, selon la CEDEAO. Cette double nomination - à la présidence en exercice et à la tête de la Commission - renforce considérablement le poids diplomatique de Dakar dans l’architecture ouest-africaine.
Le profil militaire de Birame Diop souligne la priorité accordée aux questions sécuritaires dans le mandat à venir. La région fait face à une insécurité croissante, marquée par l’expansion des groupes jihadistes au Sahel et les tensions intercommunautaires dans plusieurs États membres.
Les priorités du mandat sénégalais
Bassirou Diomaye Faye a placé la lutte contre le terrorisme, la réforme institutionnelle et l’autonomie financière au cœur de son mandat, rapporte Africanews. Dimanche, il a appelé les pays membres à « bâtir un espace ouest-africain plus stable, plus sûr et plus prospère », selon un tweet du quotidien sénégalais Le Soleil.
Parmi les décisions stratégiques adoptées lors du sommet figure l’approbation officielle du projet de gazoduc Nigeria-Maroc, selon le média turc Yeni Şafak. Ce pipeline de 5 660 kilomètres, destiné à transporter le gaz nigérian vers l’Europe via l’Afrique de l’Ouest et le Maroc, représente un investissement estimé à 25 milliards de dollars. Le projet vise à diversifier les sources d’approvisionnement énergétique de l’Europe et à renforcer l’intégration économique régionale.
Un leadership sénégalais testé
La présidence sénégalaise de la CEDEAO constitue un test pour Bassirou Diomaye Faye, arrivé au pouvoir en avril 2024 à l’issue d’une élection marquée par des tensions politiques. Dakar a historiquement joué un rôle de médiateur dans les crises ouest-africaines, mais doit désormais composer avec un contexte régional fragmenté.
Le défi principal reste la réconciliation avec les trois États sortants. Le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont créé en septembre 2023 l’Alliance des États du Sahel, une structure de coopération militaire et économique concurrente de la CEDEAO. Cette division affaiblit la capacité de réponse collective face aux menaces sécuritaires transfrontalières.
Contexte au Sénégal
Le Sénégal, pays de 19 millions d’habitants situé à l’extrême ouest du continent, est considéré comme l’une des démocraties les plus stables d’Afrique de l’Ouest. Contrairement à plusieurs de ses voisins, le pays n’a jamais connu de coup d’État depuis son indépendance en 1960. Cette stabilité institutionnelle légitime sa position de leadership au sein de la CEDEAO.
Sur le plan économique, le Sénégal connaît une dynamique de croissance portée par l’exploitation récente de gisements de gaz et de pétrole offshore. Le pays ambitionne de devenir un hub énergétique régional, ce qui explique son intérêt stratégique pour le projet de gazoduc Nigeria-Maroc. Dakar accueille également le siège de plusieurs institutions panafricaines et dispose d’une tradition diplomatique active dans les instances régionales et continentales.
Réformes et autonomie financière
La question de l’autonomie financière de la CEDEAO figure parmi les priorités annoncées par Bassirou Diomaye Faye. L’organisation dépend encore largement des contributions des États membres et de l’aide internationale. Les sanctions économiques imposées aux régimes militaires ont par ailleurs réduit les recettes douanières intracommunautaires, fragilisant le budget de fonctionnement.
La réforme institutionnelle vise également à rendre la CEDEAO plus réactive face aux crises. Les procédures décisionnelles, jugées parfois lentes, sont critiquées pour leur manque d’efficacité lors des coups d’État récents. Le sommet de Freetown a ouvert des discussions sur une révision des protocoles de gouvernance et des mécanismes de sanction.
Le mandat sénégalais s’achèvera en juillet 2026. D’ici là, Bassirou Diomaye Faye devra démontrer la capacité de la CEDEAO à se réinventer face à une compétition géopolitique accrue dans la région, marquée par la présence croissante de puissances extérieures comme la Russie et la Chine, et par la contestation des anciennes alliances avec l’Europe.