Bastia : Nazione et Sulidarità accusent l’État d’espionnage illégal sur militants indépendantistes
Des balises GPS et micros découverts en avril dans les véhicules de six militants indépendantistes corses, dénoncés comme pratiques d'État illégales.
Le parti Nazione et l'associu Sulidarità ont tenu une conférence de presse à Bastia le 13 mai 2026 pour dénoncer la découverte de balises GPS et micros d'écoute dans les véhicules de six militants indépendantistes. Ils accusent l'État de surveillance clandestine illégale, dans un contexte politiquement tendu à quelques semaines de l'examen du projet d'autonomie corse au Parlement.
Le parti Nazione et l’associu Sulidarità ont tenu une conférence de presse à Bastia le 13 mai 2026 pour dénoncer la découverte de balises GPS et micros d’écoute dans les véhicules de six militants indépendantistes. Ils accusent l’État de surveillance clandestine illégale, dans un contexte politiquement tendu à quelques semaines de l’examen du projet d’autonomie corse au Parlement.
L’essentiel
- Six véhicules concernés : des balises GPS et micros d’écoute ont été découverts dans les voitures de six militants de Nazione, en avril 2026.
- Témoin direct : Nicolas Pinzuti dit avoir observé quatre policiers installer une balise derrière la radio de son utilitaire, sur le parking de sa résidence.
- Conférence de presse : Nazione et Sulidarità ont présenté publiquement les faits à Bastia le 13 mai 2026.
- Calendrier parlementaire : le projet de loi constitutionnelle sur l’autonomie corse sera examiné en commission des lois à partir du 1er juin, puis en hémicycle le 16 juin 2026.
- Pas de réponse institutionnelle : les parquets de Bastia et d’Ajaccio n’ont pas répondu aux demandes d’information des organisations, selon ici.fr.
Une découverte en avril, rendue publique le 13 mai
C’est en avril 2026 que les premiers dispositifs ont été repérés. Selon Corse-Matin, Nicolas Pinzuti, militant de Nazione, dit avoir surpris quatre policiers en train d’installer une balise GPS derrière la radio de son véhicule utilitaire, sur le parking de sa résidence. Au total, six véhicules appartenant à des militants du parti auraient été équipés de tels dispositifs, combinant géolocalisation et écoute.
Un mois plus tard, le 13 mai, Nazione et Sulidarità ont choisi de rendre publique l’affaire. La conférence de presse a réuni les deux organisations pour formuler des accusations directes à l’encontre de l’État français.
« Pratiques barbouzardes » : les mots de Casolasco et Tomasi
Thierry Casolasco, président de Sulidarità, n’a pas ménagé ses termes. Il qualifie ces méthodes de « barbouzardes, indignes d’un État prétendant défendre les principes démocratiques », selon Corse-Matin. Il établit un parallèle explicite avec l’époque du préfet Bernard Bonnet, en poste en Corse de 1998 à 1999, condamné en 2002 pour avoir commandité des actes d’intimidation contre des nationalistes - dont des incendies et des surveillances illégales par la gendarmerie.
Petru Anto Tomasi, porte-parole de Nazione, parle de son côté de « manœuvres de basse police politique » visant les opposants indépendantistes. Il pointe le calendrier : ces faits surviennent à quelques semaines de l’examen parlementaire du projet de loi constitutionnelle sur l’autonomie corse.
Sur le réseau social X, Nazione a publié un communiqué le même jour, qualifiant la découverte d' »attaque politique contre des militants engagés et les libertés fondamentales ».
Une affaire qui s’inscrit dans une série
L’affaire Nazione-Sulidarità n’est pas isolée. Selon ici.fr et Corse Net Infos, une découverte similaire avait été signalée dix jours plus tôt par le syndicat STC : une balise GPS équipée d’un micro avait été trouvée dans un véhicule syndical. Ce précédent avait déjà relancé les accusations de surveillance politique en Corse.
Des tensions similaires avaient émaillé les années précédentes. En janvier 2024, deux militants de Nazione avaient été interpellés dans le cadre d’une procédure antiterroriste à Bastia. En mai 2025, un rassemblement avait suivi l’interpellation de dix indépendantistes, selon 20 Minutes et Corse Net Infos. Ces épisodes constituent le fond sur lequel Nazione et Sulidarità lisent les dernières découvertes.
Pour mémoire, le préfet Bernard Bonnet avait été nommé après l’assassinat du préfet Claude Erignac en 1998. Sa condamnation en 2002 avait sanctionné des méthodes de répression illégales qui avaient durablement marqué les relations entre l’État et les mouvements nationalistes corses, selon France 3 Corse.
Contexte dans la Haute-Corse
La Haute-Corse (département 2B) est le territoire historique d’implantation des mouvements nationalistes et indépendantistes corses. Bastia, préfecture du département, concentre une partie importante de la vie politique insulaire. Le mouvement nationaliste y dispose d’une présence électorale et associative structurée depuis plusieurs décennies.
Le contexte politique actuel est particulièrement chargé. Le projet de loi constitutionnelle visant une « Corse autonome au sein de la République » a été déposé à l’Assemblée nationale le 27 avril 2026. Son examen en commission des lois est prévu à partir du 1er juin, avant un débat en hémicycle fixé au 16 juin 2026, selon l’Assemblée nationale et France 3 Corse. C’est dans cette fenêtre que s’inscrit la dénonciation des pratiques de surveillance par Nazione et Sulidarità. Petru Anto Tomasi y voit un lien direct.
La question de la gestion de l’ordre public à Bastia fait régulièrement l’objet de tensions entre autorités locales et organisations nationalistes. Plus largement, les accusations de surveillance politique par l’État touchent plusieurs territoires français, comme en témoignent des arrêtés préfectoraux controversés dans d’autres départements ces dernières semaines.
Aucune réponse des parquets, demandes au ministère
Nazione et Sulidarità ont interpellé le ministère de l’Intérieur et la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI). Selon ici.fr, ni le parquet de Bastia ni celui d’Ajaccio n’ont répondu aux demandes d’information formulées par les deux organisations. Aucune ouverture d’enquête n’a été annoncée publiquement à ce stade.
L’État n’a pas non plus communiqué sur les accusations. La légalité des dispositifs de surveillance dépend du cadre juridique de leur autorisation : une mise sur écoute ou pose de balise nécessite une autorisation judiciaire ou du Premier ministre selon les procédures. Aucune information n’a été fournie à ce jour sur l’existence ou non d’une telle autorisation dans ces cas précis.
Prochaine étape : le 1er juin en commission des lois
La commission des lois de l’Assemblée nationale doit examiner le texte sur l’autonomie corse à partir du 1er juin 2026, avant le débat en séance plénière du 16 juin. L’affaire des balises GPS risque d’alimenter les débats politiques en amont de ces échéances, notamment autour des conditions dans lesquelles se déroule le dialogue entre l’État et les représentants du nationalisme corse.
Sources
- Corse-Matin : Balises de surveillance dans les véhicules de militants nationalistes corses : Sulidarità et Nazione montent au créneau
- ici.fr : Nazione et Sulidarità dénoncent une "dérive sécuritaire" après la découverte de balises sur des véhicules de militants
- Corse Net Infos : Après le STC, l'Associu Sulidarità et Nazione dénoncent à leur tour des dispositifs de surveillance
- France 3 Corse : Autonomie de la Corse : on en sait plus sur le calendrier parlementaire