Bastia : Saveria Tomasi couverte de faux sang pour dénoncer l’emprise mafieuse
La chorégraphe et professeure au Conservatoire Henri Tomasi a réalisé une performance immobile rue Napoléon, une semaine après l'incendie criminel du Café de la Paix.
Le 24 mai 2026, Saveria Tomasi s'est positionnée enchaînée, couverte de faux sang et la bouche pleine de billets devant l'oratoire de l'Immaculée-Conception à Bastia. La performance visait à dénoncer l'emprise du crime organisé, en réponse aux incendies criminels récurrents dans la ville.
Le 24 mai 2026, Saveria Tomasi s’est positionnée enchaînée, couverte de faux sang et la bouche pleine de billets devant l’oratoire de l’Immaculée-Conception à Bastia. La performance visait à dénoncer l’emprise du crime organisé, en réponse aux incendies criminels récurrents dans la ville.
L’essentiel
- 24 mai 2026 : Saveria Tomasi, 49 ans, professeure au Conservatoire Henri Tomasi de Bastia, réalise une performance immobile et muette rue Napoléon, enchaînée et couverte de faux sang.
- 17-18 mai 2026 : incendie du Café de la Paix et de La Piazza à Bastia, vers 4h du matin, avec deux explosions entendues et dix personnes évacuées ; piste criminelle privilégiée par le parquet.
- Janvier 2025 : le Café de la Paix avait déjà été la cible d’un incendie criminel, selon Corse-Matin.
- Enquête ouverte pour « destruction par moyen dangereux » par le procureur Jean-Philippe Navarre.
- Collectif « Maffia nò A vita Iè » : a qualifié la performance d’« action exemplaire de résistance ».
Une performance immobile rue Napoléon
Dimanche matin, 24 mai 2026. Devant l’oratoire de l’Immaculée-Conception, rue Napoléon, au cœur du vieux Bastia, Saveria Tomasi est immobile. Enchaînée. Couverte de faux sang. La bouche farcie de billets de banque. Derrière elle, des photos d’établissements incendiés. Une musique angoissante accompagne la scène.
La danseuse et chorégraphe, 49 ans, professeure de danse contemporaine au Conservatoire de Musique, de Danse et d’Art dramatique Henri Tomasi (antenne de Bastia), a réalisé cette action avec la complicité de son amie Lisandra Quiriconi. Ni geste, ni parole pendant toute la durée de la performance.
Un message direct après l’incendie du Café de la Paix
La performance intervient exactement une semaine après l’incendie du Café de la Paix, dans la nuit du 17 au 18 mai 2026. Vers 4 heures du matin, deux explosions sont entendues place Saint-Nicolas. L’établissement et le bar La Piazza, contigu, sont ravagés. Dix personnes sont évacuées. Aucun blessé n’est à déplorer.
Le procureur de la République de Bastia, Jean-Philippe Navarre, a ouvert une enquête pour « destruction par moyen dangereux » et indiqué que la piste criminelle était privilégiée, selon Corse-Matin. À ce stade, aucun lien établi avec l’incendie précédent.
Car le Café de la Paix, institution de la place Saint-Nicolas, avait déjà brûlé en janvier 2025 - également dans des circonstances criminelles, selon les mêmes sources.
« Ça devient pénible de vivre ici sereinement »
Après sa performance, Saveria Tomasi a expliqué sa démarche à ici RCFM et France 3 Corse. Elle a parlé d’un climat « suffocant » et déclaré : « Ça devient pénible de vivre ici, en Corse, sereinement. » Sur la durée de son engagement, elle a précisé que cela durerait « tant qu’il faudra ».
La performance a été diffusée en vidéo et en photos par le journaliste Julien Pernici, témoin direct, sur le réseau X. Corse-Matin, ici RCFM (France Bleu Corse) et France 3 Corse ViaStella ont couvert l’événement. Le collectif anti-mafia « Maffia nò A vita Iè » a salué une « action exemplaire de résistance ».
Contexte en Haute-Corse
Bastia, préfecture de la Haute-Corse (2B) et deuxième ville de l’île avec environ 45 000 habitants, est régulièrement touchée par des incendies criminels visant des établissements commerciaux. Ces faits s’inscrivent dans un contexte plus large de pressions mafieuses documentées en Corse, que plusieurs acteurs civils et associatifs dénoncent depuis des années.
Le collectif « Maffia nò A vita Iè » est l’une des structures les plus visibles de cette mobilisation citoyenne. La performance de Saveria Tomasi s’inscrit dans cette dynamique, par le biais de l’expression artistique plutôt que du militantisme politique classique. La Haute-Corse dispose par ailleurs d’une scène culturelle active, avec plusieurs festivals programmés à l’été 2026.
Des mobilisations comparables - recours à l’art ou à la mise en scène du corps pour dénoncer des violences - ont été observées dans d’autres contextes en France, comme les éleveurs de Haute-Loire accrochant des carcasses aux grilles de la préfecture pour interpeller les pouvoirs publics.
Une démarche artistique, pas institutionnelle
Saveria Tomasi n’a pas agi au nom du Conservatoire Henri Tomasi ni d’aucune structure publique. La performance relève d’une initiative personnelle, menée avec une amie. Aucune réaction officielle des autorités locales - mairie de Bastia, préfecture de Haute-Corse - n’avait été rendue publique au moment de la publication de cet article.
L’enquête sur l’incendie du Café de la Paix est en cours. Le parquet de Bastia n’a communiqué aucun élément nouveau depuis l’ouverture de la procédure.
Sources
- Corse-Matin : "C'est courageux" : à Bastia, la performance anti-mafia de la danseuse Saveria Tomasi
- France 3 Corse ViaStella : "Ça vaut tous les discours". Couverte de sang... une performance artistique pour dénoncer les violences mafieuses
- ici RCFM / Radio France : À Bastia, une artiste s'attache et se couvre de faux sang pour dénoncer l'emprise de la mafia
- Corse-Matin : Incendie du Café de la Paix à Bastia : la piste criminelle privilégiée