Baulou : vaccination forcée de bovins, des vétérinaires ciblés par des menaces

Après l'opération du 17 avril en Ariège, la préfecture porte plainte pour appels à la haine contre deux praticiens réquisitionnés.

Baulou : vaccination forcée de bovins, des vétérinaires ciblés par des menaces
Illustration Lucas Fabre / info.fr

À Baulou, une vaccination administrative contre la Dermatose Nodulaire Contagieuse a été menée de force le 17 avril sur le troupeau d'une éleveuse. Deux vétérinaires libéraux ont ensuite été ciblés par des menaces en ligne. La préfecture de l'Ariège a déposé plainte.

Le 17 avril 2026, à la Ferme du Soulé à Baulou, deux vétérinaires réquisitionnés par la préfecture de l’Ariège ont vacciné contre la Dermatose Nodulaire Contagieuse (DNC) le cheptel de Christelle Record, éleveuse de Brunes des Alpes. L’opération s’est déroulée sous escorte de gendarmes et de CRS, face à une cinquantaine de personnes venues soutenir l’éleveuse, selon Actu.fr.

Christelle Record s’opposait à cette vaccination, invoquant une immunité naturelle de ses trente vaches. Son recours devant le tribunal administratif de Toulouse avait été rejeté la veille, le 16 avril. Son activité d’élevage avait été suspendue en amont. À l’issue de l’intervention, elle a annoncé cesser son activité, d’après Pyrénées FM.

Des vétérinaires pris pour cible en ligne

Dans les jours suivant l’opération, les deux vétérinaires libéraux ont reçu insultes et menaces sur les réseaux sociaux, émanant notamment de mouvements antivax, selon France 3 Occitanie. Le préfet Hervé Brabant a réagi publiquement et déposé plusieurs plaintes au nom de la préfecture. « Ces appels à la haine, menaces et intimidations sont totalement inadmissibles et doivent être dénoncés avec la plus grande fermeté », a-t-il déclaré, cité par La Dépêche.

De son côté, l’avocate de Christelle Record, Me Protat, conteste la légalité de l’intervention. « Les gendarmes et les forces de l’ordre, les vétérinaires, ont pénétré sur des propriétés privées, ce qu’ils n’étaient pas en droit de faire », a-t-elle affirmé, selon La Dépêche. Elle évoque des « violations graves des droits fondamentaux ».

Un précédent qui s’inscrit dans une crise plus large

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Ce n’est pas la première fois que des vétérinaires sont menacés dans ce contexte. En décembre 2025, plusieurs praticiens avaient déjà subi des menaces de mort et des agressions physiques lors d’opérations liées à la DNC, dont un en Dordogne qui avait porté plainte, selon Franceinfo. La maladie, détectée pour la première fois en France le 29 juin 2025 en Savoie, avait entraîné l’abattage d’environ 1 000 bovins et 300 000 vaccinations dans l’année, accompagnés de tensions récurrentes dans plusieurs départements, dont l’Ariège dès décembre 2025, d’après The Conversation.

Pour 2026, la campagne de vaccination est reconduite dans quatre régions : Auvergne-Rhône-Alpes, Bourgogne-Franche-Comté, Nouvelle-Aquitaine et Occitanie. Plus d’un million de doses sont financées par l’État, selon Agri-Mutuel. Aucune dérogation n’est prévue, sauf pour les veaux de moins de trois mois nés d’une mère vaccinée.

Prochaine étape

Un rapport définitif sur le protocole d’abattage et de vaccination doit être remis au Cirad au printemps 2026, après un rapport d’étape présenté au CNOPSAV en mars, selon Terre Dauphinoise. Les suites judiciaires des plaintes déposées par la préfecture de l’Ariège restent à préciser.

Sources

Lucas Fabre

Lucas Fabre

Correspondant à Foix, traite l'élevage ovin, les tensions sur la présence de l'ours, les routes de montagne et la fermeture de maternités. Diplômé de l'IJBA Bordeaux, il a grandi dans le Couserans et connaît les réseaux locaux. Principe journalistique : rencontrer bergers, élus, écologistes, confronter les versions, publier quand le tableau est complet.

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