Bayonne : les enseignes peintes à la main retrouvent leur place dans les rues
Un artisanat apparu vers 1830, quasi disparu dans les années 1990, revient dans les commerces du Pays basque
Les vitrines de Bayonne et du Pays basque voient réapparaître des enseignes peintes à la main. Un artisanat vieux de près de deux siècles, décimé par le numérique et le plastique, que quelques artisans locaux relancent aujourd'hui.
Les vitrines de Bayonne et du Pays basque voient réapparaître des enseignes peintes à la main. Un artisanat vieux de près de deux siècles, décimé par le numérique et le plastique, que quelques artisans locaux relancent aujourd’hui.
L’essentiel
- Origine : les enseignes peintes à la main sont apparues vers 1830 avec l’essor du commerce en France.
- Déclin : le CAP Peintre en lettres supprimé dans les années 1990 ; la profession retirée de la liste des métiers d’art en 2015.
- Retour : environ 100 peintres en lettres recensés en France, contre quasi aucune formation officielle aujourd’hui.
- Acteur local : Gaston de Lapoyade, installé à Bayonne depuis bientôt dix ans, réalise des enseignes pour des commerces locaux.
Deux siècles d’histoire, un effacement rapide
L’enseigne peinte à la main est un outil commercial avant tout. Selon les Petites Affiches 64, la pratique émerge aux alentours de 1830, portée par l’essor des commerces de centre-ville. Pendant plus d’un siècle, le peintre en lettres est un artisan courant, formé par un CAP reconnu.
Le tournant arrive dans les années 1980. L’impression numérique et les enseignes en plastique s’imposent, moins chères et plus rapides. Le CAP Peintre en lettres disparaît dans les années 1990. En 2015, la profession est rayée de la liste officielle des métiers d’art, selon France Culture. En 2026, il n’existe plus aucune formation officielle pour exercer ce métier en France.
Un regain depuis une dizaine d’années
Le retour s’amorce vers 2014-2016, selon les Petites Affiches 64 et France Culture. Deux moteurs : la renaissance des commerces de proximité et le goût du vintage. On compte aujourd’hui environ cent peintres en lettres actifs en France, un chiffre modeste mais en hausse après des décennies de quasi-disparition.
Gaston de Lapoyade, artisan de référence à Bayonne
Gaston de Lapoyade est installé à Bayonne depuis bientôt dix ans. Parmi ses réalisations récentes : des lettres bleues sur la vitrine d’une boulangerie bayonnaise, et l’enseigne de la Cave d’Olia à Bidart, selon ses propres publications. Il intervient aussi sur des immeubles classés, où la sobriété s’impose : les pierres de Bidache du XVIIIe siècle exigent une approche différente d’une devanture moderne. « Faire travailler les savoir-faire locaux », déclare-t-il dans les Petites Affiches 64, résume sa philosophie.
À Biarritz, Bruno Allard pratique le même métier. Selon le site 10point15.com, il compare sa démarche aux savoir-faire ancestraux de la région, comme la fabrication d’espadrilles ou de bérets. L’ancrage territorial est revendiqué.
Contexte dans les Pyrénées-Atlantiques
Le Pays basque français, et Bayonne en particulier, dispose d’un tissu dense de commerces de proximité en centre-ville historique. Le centre ancien de Bayonne, classé et fréquenté, offre un cadre propice à ce type d’enseigne, davantage qu’une zone commerciale périphérique. La dimension patrimoniale est réelle : une enseigne peinte s’intègre sans rupture dans un immeuble à colombages ou une façade en pierre. C’est précisément ce qu’évoque Gaston de Lapoyade lorsqu’il parle des contraintes liées aux bâtiments du XVIIIe siècle.
Le phénomène dépasse Bayonne : Biarritz, Bidart, et probablement Pau sont concernés, même si les exemples documentés restent concentrés sur le littoral basque.
Un métier sans statut officiel
La situation réglementaire reste floue. Sans CAP ni inscription aux métiers d’art, les peintres en lettres exercent souvent comme auto-entrepreneurs ou artistes. France Culture signale que des associations professionnelles militent pour une reconnaissance officielle, sans résultat à ce jour. Cette absence de cadre complique la transmission du savoir-faire et la visibilité du secteur.
La prochaine étape pour ces artisans passe par la fédération de la profession et une éventuelle réintégration dans les métiers d’art reconnus - un dossier que les organisations du secteur portent au niveau national.