Belfort : colère et inquiétude après la suppression du service d’aide à domicile du CCAS
La mairie a entériné la fin du service public d'aide et de soins à domicile d'ici fin 2027. Près de 200 usagers et 80 salariés sont concernés. Syndicats et personnels dénoncent une « guerre sociale ».
Le conseil municipal de Belfort a acté le 29 juin la suppression du service d'aide et de soins à domicile géré par le CCAS. Le transfert vers des associations est programmé pour fin 2027. Usagers et agents manifestent leur colère.
L’essentiel
- 200 usagers bénéficient du service d’aide à domicile du CCAS de Belfort, transféré d’ici fin 2027.
- 80 salariés sont menacés dans leurs statuts et emplois selon les syndicats.
- Plus de 100 manifestants se sont rassemblés le 29 juin devant le conseil municipal.
- 200 000 heures d’aide à domicile non pourvues dans le Territoire de Belfort (2024), signe d’une pénurie chronique.
La mairie de Belfort a officialisé, le 29 juin 2026, la fin du service public d’aide et de soins à domicile assuré par le Centre communal d’action sociale (CCAS). La décision a été prise lors du conseil d’administration, malgré l’opposition des syndicats et des agents. Le service, composé du Service d’aide et d’accompagnement à domicile (SAAD) et du Service de soins infirmiers à domicile (SSIAD), sera transféré à des associations spécialisées d’ici fin 2027. Près de 200 usagers, principalement des personnes âgées et dépendantes, sont concernés.
Une décision justifiée par les difficultés de recrutement
Selon la municipalité, la suppression du service public est motivée par des difficultés chroniques de recrutement dans le secteur de l’aide à domicile. Le CCAS de Belfort peinerait à recruter et à fidéliser les aides à domicile, entraînant une dégradation de la qualité du service. La ville a expliqué vouloir « confier ces missions à des associations reconnues sur le territoire », sans préciser lesquelles. Le transfert doit s’opérer sur 18 mois, avec un accompagnement des usagers vers les nouveaux opérateurs.
Les salariés du CCAS, eux, redoutent une remise en cause de leurs statuts et de leurs conditions de travail. « On nous impose un passage dans le privé sans garantie sur nos contrats », témoigne une employée sous couvert d’anonymat. La CGT des Territoriaux dénonce une « guerre sociale » contre les agents municipaux, estimant que cette suppression s’inscrit dans une série de coupes budgétaires, après celle des éducateurs sportifs et musicaux.
Mobilisation des agents et des usagers
Le 29 juin, plus d’une centaine de manifestants - agents, syndicalistes et usagers - se sont rassemblés devant le conseil municipal pour protester. « Le maire se permet de nous supprimer ce dont on a besoin », a réagi un participant sur X, cité par France 3 Franche-Comté. Les syndicats (CGT, FO, CFDT) appellent à une grève reconductible à partir de septembre si la mairie ne revient pas sur sa décision.
« Pas question que cela passe », affirme la CGT des Territoriaux dans un communiqué. Le syndicat a déposé un préavis de grève et prévoit d’organiser un référendum auprès des usagers pour mesurer leur opposition. De son côté, la mairie assure que les salariés seront « reclassés prioritairement » au sein de la collectivité ou des associations repreneuses, mais les agents restent sceptiques.
Conséquences pour les bénéficiaires : une transition inquiétante
Les usagers du service d’aide à domicile, souvent des personnes âgées dépendantes, s’inquiètent de la qualité de la prise en charge après le transfert. « Avec qui allons-nous être mis en relation ? Les nouveaux opérateurs auront-ils les mêmes moyens ? », interroge la fille d’une bénéficiaire. La mairie assure que chaque usager sera accompagné individuellement pour choisir un nouveau prestataire, mais les associations locales redoutent un engorgement.
Dans le Territoire de Belfort, le secteur de l’aide à domicile est déjà sous tension. En 2024, selon France Bleu, 200 000 heures d’aide n’ont pas été pourvues, faute de personnel. Une pénurie qui touche l’ensemble du département et qui pourrait s’aggraver avec la fermeture du service municipal. « On transfère un service public en crise vers des associations elles-mêmes en difficulté », résume une salariée du CCAS.
Contexte dans le Territoire de Belfort
Belfort, commune du Territoire de Belfort (environ 140 000 habitants), fait face à un vieillissement de sa population : 28 % des habitants ont plus de 60 ans, selon les dernières données Insee (2022). La demande d’aide à domicile augmente mécaniquement, alors que le nombre d’auxiliaires de vie stagne. Le département enregistre l’un des taux d’heures non pourvues les plus élevés de Bourgogne-Franche-Comté. La suppression du service du CCAS pourrait contraindre des familles à se tourner vers le secteur privé, plus coûteux.
D’autres collectivités du département, comme le conseil départemental, tentent de renforcer l’attractivité des métiers du care, mais les résultats restent mitigés. À Belfort, la décision municipale intervient dans un climat social tendu, marqué par la suppression d’autres services publics cet été. Comme à Évry-Courcouronnes où une ligne de bus a été supprimée, les habitants de Belfort dénoncent un « recul du service public ». Par ailleurs, des tensions similaires avaient agité le conseil municipal de Manosque autour d’un projet d’Urbanloop.
Prochaine étape : 18 mois de transition
La phase de transition est prévue jusqu’à fin 2027. La ville doit désormais consulter les associations candidates et fixer un calendrier de transfert. Les syndicats espèrent obtenir un moratoire lors d’une réunion de conciliation en septembre. « Nous ne lâcherons rien », promet la CGT. De leur côté, les usagers se préparent à changer d’interlocuteur, dans un contexte d’incertitude sur le nombre d’heures d’aide qui leur sera alloué.