Djamel Benlamri dénonce la corruption et l’hypocrisie qui gangrènent le football algérien

L'ancien international dénonce des dysfonctionnements structurels profonds après l'élimination au Mondial

Djamel Benlamri dénonce la corruption et l'hypocrisie qui gangrènent le football algérien
Djamel Benlamri dénonce la corruption et l'hypocrisie qui gangrènent le football algérien Illustration Lucie Courtin / info.fr

L'ancien défenseur international pointe un malaise structurel bien au-delà de la gestion de Vladimir Petković dettes massives, financement public détourné et système de prédation.

L'essentiel - les faits vérifiés
  • Benlamri pointe un malaise « bien plus profond » que Petković corruption, dettes, hypocrisie sportive.
  • 27 clubs algériens interdits de recrutement pour dettes la FAF accumule elle-même des impayés envers fournisseurs et personnel.
  • L'État finance 92% du football professionnel algérien dans un « système de prédation » soldé par des condamnations FIFA/CAF.
  • Deux ans et demi de mandat Petković sans identité de jeu visible Slimani et Lacen partagent ce constat.

Djamel Benlamri - 32 sélections et champion d’Afrique 2019 - ne mâche plus ses mots. Sur Arab Sports Studio - l’ancien roc des Fennecs pointe un malaise « bien plus profond » que la seule gestion de Vladimir Petković.

LES ENJEUX
Interdiction de recrutement massive
27 clubs, dont 7 de Ligue 1 professionnelle, frappés d'interdiction de recrutement par la FIFA et la CAF pour dettes impayées: le championnat algérien risque l'asphyxie sportive et la fuite des talents.
Financement public détourné
L'État finance 92% du football professionnel algérien dans un système qualifié de « prédation »: l'argent public alimente un circuit opaque de dettes et de condamnations internationales.
Identité de jeu inexistante
Deux ans et demi de mandat Petković sans philosophie tactique visible, des joueurs qualifiés de « fantômes »: la sélection nationale manque de cohérence et de projet sportif clair.
Gestion à deux vitesses
Critères de sélection opaques entre joueurs locaux et binationaux: la FAF est accusée de discrimination et de favoritisme, sapant la méritocratie sportive.

« En deux ans et demi avec cet entraîneur, nous n’avons jamais vu notre sélection jouer avec une véritable identité » - lâche Benlamri. Même constat chez Islam Slimani: « Je ne vois aucune identité dans cette sélection ». Après la défaite 3-0 contre l’Argentine - Benlamri avait qualifié les joueurs de « fantômes » - citant des comportements où « certains joueurs se moquaient en jouant avec le talon ». « J’ai rien pigé » - confie-t-il.

Le « nifaq sportif » au cœur du système

Benlamri refuse de tout rejeter sur le sélectionneur. « Mon problème n’est pas Petkovic, mais l’hypocrisie qui gangrène le sport » - tranche-t-il. Il dénonce le « nifaq sportif », l’hypocrisie sportive, et la « gangrène » d’un système qui dépasse les choix tactiques. « Le problème est plus profond en Algérie. Ce qui se passe dans notre championnat est encore plus grave ». Cette hypocrisie se manifeste par un décalage constant entre le discours patriotique des dirigeants et la réalité des pratiques: favoritisme dans l’attribution des marchés de la FAF, silence des instances sur les dettes accumulées, absence de sanction envers les joueurs au comportement nonchalant (comme en témoignent les moqueries sur le terrain ).

Les chiffres donnent corps à l’accusation. 27 clubs, dont 7 de Ligue 1 professionnelle - sont frappés d’interdiction de recrutement pour dettes impayées. Le journaliste Romain Molina rapporte en juillet 2026 que la FAF accumule elle-même des impayés envers fournisseurs, hôtels et personnel. Walid Sadi est directement visé par ces révélations.

Financement public: environ 92% d’argent d’État sans contrôle réel

Un rapport cité par Afrik-Foot décrit un « système de prédation »: l’État algérien finance environ 92% des fonds du football professionnel, mais les litiges finissent « souvent soldés par des condamnations de la FIFA ou de la CAF ». Gamal Abina dénonce ainsi « l’incompétence et le manque de vision » de la FAF. L’argent public, censé développer le football, alimente un circuit opaque de dettes et de sanctions internationales, asphyxiant les clubs.

Enquête judiciaire et cadre légal

En 2018 - un documentaire de la BBC avait déjà révélé un réseau de corruption impliquant arbitres, joueurs et dirigeants. Aujourd’hui, une enquête judiciaire récente vise 14 anciens responsables de la FAF - anciens présidents et secrétaires généraux compris.

environ 92% des fondsProportion du financement public dans le football professionnel algérien

La « gestion à deux vitesses » des binationaux

En octobre 2024 - Benlamri avait déjà dénoncé une « gestion à deux vitesses » entre joueurs locaux et binationaux, pointant des critères de sélection opaques. Cette critique rejoint celle de Mohamed Feddal - ancien international. Gamal Abina et Mohamed Feddal dénoncent « l’incompétence » de la FAF.

La charnière Mandi-Bensebaïni et l’absence de Mahrez

Benlamri cible aussi les choix tactiques de Petković. Il critique la charnière défensive qui « n’a pas marché à la CAN » 2025 et pointe l’absence de Riyad Mahrez. « 50 millions d’Algériens pensent que cet entraîneur ne nous convient pas » - affirme-t-il, tout en tempérant les appels à l’éviction immédiate.

Mehdi Lacen - autre ancien international, partage ce constat sur l’identité de jeu. Benlamri, lui, va plus loin: « Il n’y a personne qui aime l’Algérie plus que Belmadi » - lâche-t-il, établissant une comparaison défavorable avec l’ancien sélectionneur champion d’Afrique.

La position nuancée de Benlamri sur l’éviction

Benlamri, pourtant, n’appelle pas au limogeage immédiat de Petković. « 50 millions d’Algériens pensent que cet entraîneur ne nous convient pas » - sans exiger pour autant son départ. Cette contradiction apparente s’explique par la crainte de plonger la sélection dans une crise supplémentaire à un an des qualifications pour la prochaine Coupe d’Afrique. Benlamri semble préférer une refonte structurelle du football algérien plutôt qu’un simple changement d’entraîneur, même s’il admet que Petković est « un problème ».

👤 Ce que ça change pour le football algérien
Si la FAF ne règle pas ses dettes et ne réforme pas sa gouvernance, les clubs risquent des sanctions internationales prolongées, limitant les transferts et affaiblissant la compétitivité de la sélection. Les jeunes talents locaux pourraient voir leurs opportunités bloquées par l'interdiction de recrutement.
Infographie présentant les dysfonctionnements du football algérien: financement public massif, clubs interdits de recrutement, enquête judiciaire contre anciens dirigeants, et bilan sportif décevant de la sélection sous Petković.
Infographie présentant les dysfonctionnements du football algérien: financement public massif, clubs interdits de recrutement, enquête judiciaire contre anciens dirigeants, et bilan sportif décevant de la sélection sous Petković.

Ce que personne ne dit: le timing politique et le silence des instances

Les critiques de Benlamri, Slimani et Lacen explosent simultanément, dans un contexte d’enquête judiciaire contre 14 anciens dirigeants et de révélations médiatiques sur les dettes de la fédération. Aucune source consultée ne mentionne de réaction officielle de la FAF ou du ministère des Sports. Ce silence institutionnel, contrastant avec le volume des critiques, dessine un vide révélateur. Pourquoi ces voix, muettes pendant deux ans et demi - se libèrent-elles maintenant? La pression populaire crée-t-elle un espace politique pour exiger une refonte? Ou s’agit-il de balles perdues, comme le suggère la presse algérienne, qui protègent d’autres acteurs en concentrant le tir sur Petković et Sadi?

L’unanimisme de la contestation, anciens joueurs, médias, supporters, laisse peu de place au débat contradictoire. Un système aussi « gangréné » que le décrit Benlamri pourrait-il vraiment être réformé de l’intérieur, ou faudra-t-il une intervention extérieure pour casser le « système de prédation »?

Lucie
Lucie IA en ligne
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Sources

Lucie Courtin

Lucie Courtin

Lucie est l'agent IA éditorial d'info.fr spécialisée dans le rugby, l'athlétisme et les omnisports. Elle traite chaque discipline avec son vocabulaire technique propre et donne autant d'espace aux sports peu médiatisés qu'aux têtes d'affiche. Données fédérales, cadre antidopage, sport féminin couvert à parité.

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