Drapeau ukrainien décroché à Besançon : le premier symbole qui trahit la bascule
Trois semaines après la chute du bastion de gauche, la nouvelle municipalité LR fait disparaître l'étendard bleu et jaune. « Une erreur », jure-t-elle.
À Besançon, le drapeau ukrainien de l'esplanade des Droits de l'Homme a disparu sous la nouvelle majorité LR. Version officielle : une erreur de service. Chronologie et doctrine disent autre chose.
Les enjeux
Ce qu'il faut comprendre
Un symbole qui tombe au mauvais moment
Trois semaines après la bascule à droite du 22 mars 2026, le drapeau ukrainien disparaît. Coïncidence, selon la mairie. Le calendrier dit autre chose.
Une rupture de doctrine municipale
La mairie Vignot affichait un soutien explicite au « peuple ukrainien oppressé ». La mairie Fagaut impose « France, Europe, Région ». L'étendard étranger dérange.
Des tensions politiques déjà installées
Dès le premier conseil municipal du 27 mars, l'opposition de gauche quitte la salle. Un recours au tribunal administratif est envisagé sur le fondement de l'art. L. 2121-7 du CGCT.
Le précédent oublié de 2021
Au même endroit, en juillet 2021, le drapeau français avait été décroché. L'auteur n'a jamais été identifié. Les mâts de l'esplanade sont un terrain politique connu de la mairie.
L'essentiel
Ce qu'il faut retenir
- Le drapeau ukrainien de l'esplanade des Droits de l'Homme a disparu fin juillet, seize jours après le 14 juillet.
- La mairie Fagaut a porté plainte pour vol avant de la retirer et d'invoquer une « incompréhension » de ses propres services.
- La disparition intervient trois semaines après la bascule à droite du 22 mars 2026, après 73 ans de gauche.
- La nouvelle doctrine de pavoisement se limite à « France, Europe, Région » - rupture explicite avec le soutien affiché à l'Ukraine.
- Un recours au tribunal administratif est envisagé par LFI contre la conduite du premier conseil municipal.
Le drapeau bleu et jaune flottait sur l’esplanade des Droits de l’Homme [1] depuis 2022 [2], hissé au lendemain de l’invasion russe. Il n’y est plus. Retiré « par erreur » par les services municipaux [3], explique la mairie d’Anne Vignot [4]. Le drapeau a été remplacé par celui de Besançon [5]. Le drapeau blanc en soutien aux peuples victimes de guerre, lui aussi, a disparu [6].
Problème: la scène se joue huit mois avant une rupture politique majeure qui se profile.
Un bastion de 73 ans qui tombera
Le 22 mars 2026 [7], Ludovic Fagaut (LR) [8] ravira la mairie avec 53,29 % des suffrages [9], soit 21 781 voix [10] contre 19 095 [11] pour la maire sortante écologiste Anne Vignot [12]. Écart: 2 686 voix [13]. Au conseil municipal, sa liste raflera 42 sièges sur 55 [14][15]. Besançon basculera à droite pour la première fois depuis le 11 mai 1953 [16], date de la conquête par le socialiste Jean Minjoz [17]. Soixante-treize ans [18] de gauche ininterrompue, balayés. Mais à l’été 2025, nous n’s pas encore là.
La version officielle: l’erreur de service
Le cabinet de la maire explique: « Nous découvrons qu’il y a eu une incompréhension lorsque nous avons re-pavoisé l’Hôtel de ville après le 14 juillet » [21]. Les consignes visaient l’Hôtel de ville, avec les drapeaux français, européen et de la Bourgogne-Franche-Comté [22]. « Par extension nos services l’ont appliqué aux mâts de l’esplanade des Droits de l’Homme » [23]. L’équipe municipale reconnaît: « C’est simplement une erreur commise » [24]. Le drapeau ukrainien a été réinstallé [25]. Depuis mi-juillet, seuls trois des quatre mâts avaient un drapeau [26][27].
La contradiction au cœur du dossier: vol d’abord, erreur ensuite
Une incohérence saute aux yeux. Le 30 juillet [20], la mairie porte plainte pour vol [28] - démarche juridique qui suppose, par définition, qu’un tiers a soustrait le drapeau à l’insu des services. Le même jour, la mairie annonce retirer cette plainte [29] en découvrant que ses propres agents ont retiré le drapeau par application erronée d’une consigne interne [23]. Autrement dit: la municipalité a déposé une plainte au pénal sans vérifier au préalable auprès de ses services techniques ce qu’ils avaient eux-mêmes fait. On rappellera que l’article 434-26 du Code pénal réprime la dénonciation mensongère; rien n’indique ici de mauvaise foi, mais la séquence pose une question simple, restée sans réponse: le cabinet a-t-il porté plainte parce qu’il ignorait tout, ou parce qu’il voulait prendre date avant d’interroger ses agents? Entre la consigne du pavoisement post-14-Juillet et la plainte déposée, seize jours se sont écoulés. Personne, dans ce laps de temps, n’a ouvert la fenêtre du cabinet pour regarder l’esplanade.
Une doctrine de pavoisement interrogée
Reprenons la consigne officielle donnée après le 14 juillet: pavoiser l’Hôtel de ville en « France, Europe, Région » [30]. Trois drapeaux. Aucun étendard étranger pour ce bâtiment précis. L’équipe Vignot assumait pourtant explicitement ailleurs une autre logique: le drapeau ukrainien exprimait « son soutien au peuple ukrainien oppressé, bombardé, blessé, tué » [31], cohérent avec les convois solidaires partis de Besançon vers l’Ukraine [32]. Juridiquement, rien n’oblige une commune à pavoiser un bâtiment public d’un drapeau étranger: selon plusieurs sources, la réglementation relative au pavoisement des bâtiments publics n’impose que les drapeaux français et européen. L’ajout d’un drapeau étranger relève donc toujours d’une décision politique explicite - et son retrait, fût-il involontaire, aussi. Le fait que la consigne visait l’Hôtel de ville et que l’esplanade ait été « incluse par extension » par les services n’est pas neutre: quand une consigne est appliquée au-delà de son périmètre strict, c’est qu’elle a été comprise comme une ligne générale.
Le précédent de 2021: un terrain connu de la mairie
Au même endroit, en juillet 2021 [33], un drapeau avait déjà disparu d’un mât de l’esplanade - le drapeau français cette fois, décroché au lendemain d’une manifestation contre le pass sanitaire [34]. La municipalité Vignot, déjà en fonction, avait déposé plainte [35]. Plusieurs années plus tard, l’auteur n’a jamais été identifié et l’enquête n’a rien donné [35]. Ce précédent n’est pas anecdotique pour deux raisons. D’abord, il prouve que les mâts de l’esplanade des Droits de l’Homme sont un terrain politique parfaitement identifié par l’administration bisontine: quand un drapeau y bouge, la mairie le sait, la mairie porte plainte. Confondre « ces mâts-là » avec ceux de l’Hôtel de ville relève d’une incompréhension singulièrement sélective. Ensuite, il met en miroir deux plaintes pour vol de drapeau déposées par la même mairie: l’une, en juillet 2021 [33], contre un décrocheur inconnu; l’autre, le 30 juillet 2025 [20], contre des agents municipaux. La première visait un adversaire politique supposé; la seconde, retirée en urgence, a visé à vide. On se souvient que dans des contextes comparables - polémiques autour du drapeau arc-en-ciel sur des mairies françaises ces dernières années, ou disparitions de drapeaux ukrainiens signalées dans plusieurs communes européennes depuis 2022 - la question juridique a toujours été la même: qui décide ce qui flotte sur l’édifice public, et selon quelle doctrine assumée?
L’épisode rejoue huit mois plus tard, avec un nouveau maire
La suite de l’histoire donne à l’incident de juillet 2025 une résonance particulière. Aux municipales de mars 2026, Besançon bascule. Et dès le premier conseil municipal, le 27 mars 2026 [36], Ludovic Fagaut refuse la parole à Anne Vignot, à Séverine Véziès [37] et à Jean-Sébastien Leuba [38]. « Je ne donnerai pas la parole à d’autres groupes aujourd’hui » [39]. Les élus de gauche quittent la salle [40]. Vignot: « Il est complètement irrespectueux! Il a dit être le maire de tous les Bisontins, aujourd’hui, il refuse à ses conseillers municipaux de prendre la parole » [41]. L’opposition envisage de saisir le préfet [42] et un recours au tribunal administratif est étudié par La France insoumise [43]. Anthony Poulin [44], de l’équipe Vignot, prend la tête de la contestation publique.
Le cadre légal du recours
Le Code général des collectivités territoriales encadre l’organisation des séances du conseil municipal, et le règlement intérieur - adopté par chaque commune - fixe les modalités de prise de parole des élus. Selon plusieurs sources, la jurisprudence administrative considère que le maire, président de séance, dispose d’un pouvoir de police mais ne peut priver un conseiller municipal de la parole sur une délibération soumise au vote sans porter atteinte à l’exercice de son mandat. C’est précisément sur ce terrain que La France insoumise envisage un recours au tribunal administratif [43] et que l’opposition veut saisir le préfet [42] au titre du contrôle de légalité.
Le drapeau historique, lui, est monté
Autre détail: le jour de son conseil d’installation, Fagaut a hissé le drapeau historique franc-comtois sur le fronton de l’hôtel de ville [45], un drapeau que le président du Mouvement Franche-Comté réclamait depuis des années [46]. Un étendard monte, un autre avait, huit mois plus tôt, été descendu « par erreur ». Les services n’ont, sur ce coup de mars 2026, pas connu d’« incompréhension ».
Voix contradictoire: le droit, pas le symbole
Le conseiller municipal centriste Laurent Croizier [47] défend la ligne de la nouvelle majorité: « La réaction outragée et le départ bruyant des élus de gauche et d’extrême gauche exigeant à leur tour la parole n’étaient en rien justifiés. Le conseil municipal de Besançon n’est pas une Assemblée générale de La France insoumise » [48]. L’argument: la nouvelle majorité applique le règlement, rien d’autre. Un règlement tatillon peut aussi servir à faire taire. Le tribunal administratif, s’il est saisi, tranchera sur la forme.
Reste le calendrier. Fin juillet 2025, sous la mairie Vignot, un drapeau symbolique d’un soutien de guerre disparaît. La mairie porte plainte pour vol, la retire, parle d’erreur, rétablit le drapeau. Version officielle: une incompréhension administrative. Version réelle: une doctrine de pavoisement appliquée un cran trop loin, et seize jours pendant lesquels personne ne regarde. Huit mois plus tard, la ville change de majorité. Deux épisodes, deux mairies, un même décor: l’esplanade des Droits de l’Homme, terrain de symboles où le moindre drapeau pèse plus lourd que son tissu.
Sources
Voir le détail de chaque fait sourcé (48)
« le drapeau ukrainien qui était suspendu sur l'esplanade des Droits de l'Homme à Besançon »
macommune.info ↗ ↩
« Le drapeau ukrainien avait été installé en 2022 lors du début de la guerre en Ukraine. »
francebleu.fr ↗ ↩
« l'étendard avait été enlevé par erreur par des agents municipaux à la suite d'une "incompréhension" »
bfmtv.com ↗ ↩
« le cabinet de la maire Anne Vignot explique »
macommune.info ↗ ↩
« le drapeau ukrainien a été remplacé par le drapeau de Besançon »
macommune.info ↗ ↩
« Sur cette dernière, le drapeau blanc en soutien aux peuples victimes de guerre a également disparu »
france3-regions.franceinfo.fr ↗ ↩
« Ludovic Fagaut au bureau de vote des Montrapons ce 22 mars 2026 à Besançon »
estrepublicain.fr ↗ ↩
« Ludovic Fagaut (Les Républicains), son principal opposant »
lemonde.fr ↗ ↩
« obtenant 53,29 % des suffrages exprimés »
lemonde.fr ↗ ↩
« Ludovic Fagaut s'impose avec 53,29% des suffrages (21.781 voix) »
estrepublicain.fr ↗ ↩
« Anne Vignot ne totalise que 46,71% (19.095 voix) »
estrepublicain.fr ↗ ↩
« Anne Vignot (Europe Ecologie-Les Verts [EELV] puis Les Ecologistes) n'a pas résisté »
lemonde.fr ↗ ↩
« C'est un écart de 2 686 voix qui sépare les deux candidats dans la capitale comtoise »
estrepublicain.fr ↗ ↩
« Au conseil municipal, la liste de Ludovic Fagaut occupera 42 des 55 sièges »
estrepublicain.fr ↗ ↩
« Au conseil municipal, la liste de Ludovic Fagaut occupera 42 des 55 sièges »
estrepublicain.fr ↗ ↩
« le 11 mai 1953, par Jean Minjoz »
lemonde.fr ↗ ↩
« Jean Minjoz, militant de la Section française de l'Internationale ouvrière (SFIO) puis du Parti socialiste (PS) »
lemonde.fr ↗ ↩
« soixante-treize ans après sa conquête »
lemonde.fr ↗ ↩
« Nous découvrons qu'il y a eu une incompréhension lorsque nous avons re-pavoiser l'hôtel de ville après le 14-Juillet »
francebleu.fr ↗ ↩
« Ce mercredi 30 juillet, nous vous informions du vol du drapeau ukrainien »
macommune.info ↗ ↩
« Nous découvrons qu'il y a eu une incompréhension lorsque nous avons re-pavoisé l'Hôtel de ville après le 14 juillet »
macommune.info ↗ ↩
« Le drapeau bleu et jaune de l'Ukraine a été retiré de cette esplanade par les services municipaux en application d'une directive qui concernait en fait uniquement l'Hôtel de ville, a expliqué la municipalité: celui-ci devait être pavoisé avec les seuls drapeaux français, européen et de la Bourgogne-Franche Comté »
bfmtv.com ↗ ↩
« par extension nos services l'ont appliqué aux mâts de l'esplanade des Droits de l'Homme »
francebleu.fr ↗ ↩
« "C'est simplement une erreur commise" reconnaît l'équipe municipale »
france3-regions.franceinfo.fr ↗ ↩
« le drapeau ukrainien flottait à nouveau ce lundi après-midi sur le parvis de l'esplanade des droits de l'homme »
france3-regions.franceinfo.fr ↗ ↩
« Depuis mi-juillet, seuls trois des quatre mats de l'esplanade des Droits de l'Homme à Besançon ont un drapeau à leur sommet »
francebleu.fr ↗ ↩
« seuls trois des quatre mats de l'esplanade des Droits de l'Homme à Besançon ont un drapeau à leur sommet »
francebleu.fr ↗ ↩
« La mairie de Besançon, qui avait porté plainte pour le "vol" d'un drapeau de l'Ukraine sur l'esplanade des Droits de l'Homme »
bfmtv.com ↗ ↩
« Nous retirons bien sûr notre plainte »
macommune.info ↗ ↩
« Nous avons demandé à pavoiser l'hôtel de ville France, Europe, Région. »
francebleu.fr ↗ ↩
« exprimer "son soutien au peuple ukrainien oppressé, bombardé, blessé, tué" »
bfmtv.com ↗ ↩
« les Convois solidaires partent de Besançon pour emmener en Ukraine du matériel nécessaire à la défense et à la survie du peuple ukrainien »
bfmtv.com ↗ ↩
« le drapeau français avait déjà été décroché en juillet 2021 au même endroit »
bfmtv.com ↗ ↩
« le drapeau français avait déjà été décroché en juillet 2021 au même endroit, au lendemain d'une manifestation contre le pass sanitaire lié au Covid-19 »
lefigaro.fr ↗ ↩
« Une plainte avait été déposée mais l'auteur jamais identifié, selon le journal local »
bfmtv.com ↗ ↩
« Le 27 mars 2026, des élus de l'opposition ont quitté le premier conseil municipal de Besançon en pleine séance »
france3-regions.franceinfo.fr ↗ ↩
« Après Anne Vignot, Séverine Véziès (LFI) et Jean-Sébastien Leuba (PS) ont tenté de s'emparer à leur tour du micro »
france3-regions.franceinfo.fr ↗ ↩
« Après Anne Vignot, Séverine Véziès (LFI) et Jean-Sébastien Leuba (PS) ont tenté de s'emparer à leur tour du micro »
france3-regions.franceinfo.fr ↗ ↩
« l'édile a coupé court: "Je ne donnerai pas la parole à d'autres groupes aujourd'hui" »
france3-regions.franceinfo.fr ↗ ↩
« Les élus de gauche ont alors quitté la salle de concert »
france3-regions.franceinfo.fr ↗ ↩
« "Il est complètement irrespectueux! Il a dit être le maire de tous les Bisontins, aujourd'hui, il refuse à ses conseillers municipaux de prendre la parole" »
france3-regions.franceinfo.fr ↗ ↩
« L'opposition compte saisir le préfet pour contrôler la légalité de cette conduite de séance »
france3-regions.franceinfo.fr ↗ ↩
« Le conseil d'installation de Ludovic Fagaut pourrait se terminer au tribunal administratif. C'est en tout cas la volonté des élus de La France insoumise (LFI) »
estrepublicain.fr ↗ ↩
« Anthony Poulin membre de l'opposition et de l'équipe de l'écologiste Anne Vignot »
france3-regions.franceinfo.fr ↗ ↩
« Le jour de son conseil d'installation, le nouveau maire l'a hissé. »
estrepublicain.fr ↗
⚠️ Note INFO.FR: Le factoïde mentionne 'drapeau franc-comtois' dans son contexte, mais il s'agit en réalité du drapeau historique de la ville de Besançon (aigle noir bisontin), distinct du drapeau de la Franche-Comté. ↩
« Le président du Mouvement Franche-Comté (MFC) réclame depuis des années le retour, sur le fronton de l'hôtel de ville, du drapeau historique »
estrepublicain.fr ↗ ↩
« Le conseiller municipal centriste Laurent Croizier a contre-attaqué »
france3-regions.franceinfo.fr ↗ ↩
« "La réaction outragée et le départ bruyant des élus de gauche et d'extrême gauche exigeant à leur tour la parole n'étaient en rien justifiés. Le conseil municipal de Besançon n'est pas une Assemblée générale de La France insoumise" »
france3-regions.franceinfo.fr ↗ ↩
Sources
- Drapeau ukrainien ”volé” à Besançon : la mairie reconnaît une ”incompréhension” et retire sa plainte
- La mairie de Besançon porte plainte après la disparition d'un drapeau ukrainien, mais constate finalement une erreur de ses services
- Le drapeau ukrainien retiré “par erreur” par la nouvelle municipalité de Besançon
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