Biyouna s’éteint à 73 ans après 52 ans de carrière entre Alger et Paris

L'actrice algérienne Baya Bouzar, hospitalisée depuis le 4 novembre, est décédée ce mardi à l'hôpital Beni Messous des suites d'un cancer du poumon

Biyouna s’éteint à 73 ans après 52 ans de carrière entre Alger et Paris
Portrait de l'actrice algérienne Biyouna lors d'un tournage de film Nathalie Rousselin / INFO.FR

Une voix s'est tue ce mardi 25 novembre 2025 à Alger. Biyouna, de son vrai nom Baya Bouzar, figure emblématique du cinéma algérien et visage familier des comédies françaises, est décédée à l'âge de 73 ans à l'hôpital Beni Messous. Hospitalisée depuis le 4 novembre, l'artiste luttait contre un cancer du poumon diagnostiqué en 2016. Sa disparition met fin à une carrière exceptionnelle de plus de cinq décennies, marquée par une liberté de ton et une présence unique à l'écran.

L'essentiel

  • Biyouna, de son vrai nom Baya Bouzar, est décédée le 25 novembre 2025 à 10 heures à l'hôpital Beni Messous d'Alger des suites d'un cancer du poumon diagnostiqué en 2016
  • Hospitalisée depuis le 4 novembre 2025, elle souffrait d'une détresse respiratoire aiguë et de difficultés à oxygéner son cerveau, selon la télévision algérienne Ennahar TV
  • Née le 13 septembre 1952 à Alger, elle avait débuté sa carrière en 1973 à 19 ans dans le feuilleton culte "Al-Hariq", marquant le début d'une carrière de 52 ans
  • Sa filmographie française compte notamment "Les Trois Frères : Le Retour" (2014), "Le Flic de Belleville" (2018) avec Omar Sy, et "La Source des femmes" (2011) de Radu Mihaileanu
  • Le président algérien Abdelmadjid Tebboune a salué "la perte d'une des célébrités de la scène culturelle" et sa contribution exceptionnelle au cinéma algérien

Vers 10 heures ce mardi matin, l’actrice et chanteuse Biyouna a rendu son dernier souffle au service de pneumologie de l’hôpital Beni Messous, à Alger. Selon le proche de l’artiste Rabah Alloua, qui a annoncé la nouvelle sur Facebook, elle est décédée « des suites d’un cancer du poumon » après que « le manque d’oxygène au cerveau a récemment provoqué une dégradation critique de son état ». La nouvelle a rapidement fait le tour des médias français et algériens, saluant une artiste qui avait su conquérir les publics des deux rives de la Méditerranée.

Une hospitalisation marquée par la détresse respiratoire

Admise une première fois le 4 novembre 2025 à l’hôpital de Baïnem à Alger, Biyouna avait dû être transférée en urgence vers l’hôpital Beni Messous face à l’aggravation de son état. Comme l’indique la chaîne algérienne Ennahar TV, « la comédienne Baya Bouzar souffrait d’une détresse respiratoire aiguë, en plus de difficultés à oxygéner correctement son cerveau en raison d’une baisse de sa capacité respiratoire ».

Le cancer contre lequel elle se battait depuis 2016 avait progressivement affaibli ses capacités pulmonaires. Discrète sur sa maladie, l’artiste avait continué à travailler aussi longtemps que possible, sa dernière apparition télévisuelle remontant à 2020 dans la série « Les Bracelets rouges » sur TF1, une fiction justement consacrée aux jeunes malades luttant contre la maladie. Une coïncidence troublante qui prenait, rétrospectivement, une dimension particulière.

De Belcourt aux plateaux français, l’ascension d’une voix singulière

Née le 13 septembre 1952 dans le quartier populaire de Belouizdad, anciennement Belcourt, à Alger, Baya Bouzar avait embrassé très jeune la carrière artistique. Selon Le HuffPost, elle est devenue célèbre en Algérie dès 1973, à l’âge de 19 ans, après avoir joué dans le feuilleton télévisé culte « Al-Hariq » (« L’incendie »). Son tempérament flamboyant et sa voix rauque, immédiatement reconnaissable, en avaient fait une personnalité à part dans le paysage culturel algérien.

Durant la décennie noire des années 1990, alors que de nombreux artistes quittaient l’Algérie face à la violence terroriste, Biyouna avait fait le choix courageux de rester. Ce n’est qu’en 1999, à la fin des violences, qu’elle franchit les frontières pour retrouver le réalisateur franco-algérien Nadir Moknèche au Maroc, où elle tourna « Le Harem de madame Osmane ». Cette collaboration marquera le début d’une série de rôles audacieux, notamment dans « Viva Laldjérie » et « Délice Paloma », où elle incarnait des personnages de femmes libres et insoumises.

Une filmographie française marquée par la comédie populaire

En France, Biyouna s’était imposée comme une figure attachante des comédies populaires. On se souvient d’elle aux côtés des Inconnus dans « Les Trois Frères : Le Retour » en 2014, où son personnage savoureux avait marqué les spectateurs. En 2018, elle donnait la réplique à Omar Sy dans « Le Flic de Belleville » de Rachid Bouchareb, interprétant la mère du personnage principal avec cette authenticité qui caractérisait son jeu.

Sa dernière apparition au cinéma remonte à 2019 dans « Neuilly sa mère, sa mère ! », suite du film à succès. Mais c’est sans doute dans « La Source des femmes » de Radu Mihaileanu en 2011, aux côtés de Leïla Bekhti, qu’elle avait livré l’une de ses performances les plus remarquées, incarnant une femme du village en lutte pour ses droits. Selon CNews, l’artiste « n’a cessé d’explorer ses talents artistiques tout au long de sa carrière, et n’a jamais manqué une occasion de tendre la main à la nouvelle génération ».

Une liberté artistique qui dérangeait parfois

Comédienne, mais aussi chanteuse et humoriste, Biyouna n’avait jamais hésité à bousculer les conventions. Elle avait notamment collaboré avec Julien Doré, assurant les chœurs sur la chanson « Bergman » de son album « Bichon ». Au cinéma, elle avait défrayé la chronique avec des scènes jugées osées en Algérie dans le film « À mon âge je me cache encore pour fumer » en 2017, assumant pleinement ses choix artistiques malgré les critiques.

Cette liberté de ton lui avait valu quelques controverses, notamment en mars 2025 lorsque sa fille Amel, vivant à l’étranger, avait évoqué publiquement des inquiétudes sur sa situation. Selon Marie France, elle avait même parlé de « possible séquestration » et désigné une femme vivant avec l’actrice comme responsable d’une coupure de contact. Biyouna avait rapidement démenti sur une chaîne algérienne, affirmant être « en sécurité » et « entre de bonnes mains ».

« Je suis en sécurité, je vais bien, et je suis entre de bonnes mains. Elle a tout quitté pour s’occuper de moi, elle me traite comme sa propre sœur », avait déclaré l’actrice à la télévision algérienne en mars 2025.

Un hommage national à une icône culturelle

La nouvelle du décès de Biyouna a suscité une vague d’émotion en Algérie et en France. Le président algérien Abdelmadjid Tebboune a rapidement réagi, exprimant selon Le HuffPost « sa tristesse après la perte d’une des célébrités de la scène culturelle », saluant sa contribution exceptionnelle au cinéma algérien.

Sur les réseaux sociaux et dans les médias, les hommages se sont multipliés tout au long de la journée. Artistes, réalisateurs et spectateurs ont salué une femme de caractère qui avait su imposer sa personnalité unique dans un univers souvent formaté. Son rire communicatif, sa voix grave et son franc-parler légendaire resteront gravés dans les mémoires de plusieurs générations de spectateurs.

« Dieu est grand. La regrettée artiste Biyouna s’est éteinte il y a peu à l’hôpital Beni Messous d’Alger, vers 10h, des suites d’un cancer du poumon. Selon les médecins, le manque d’oxygène au cerveau a récemment provoqué une dégradation critique de son état. Nous appartenons à Dieu et c’est à Lui que nous retournerons. Priez pour son âme », a écrit Rabah Alloua sur Facebook.

Avec la disparition de Biyouna s’éteint une voix unique du cinéma maghrébin et français. Plus qu’une actrice, elle incarnait une liberté d’être et de créer qui transcendait les frontières. Son œuvre, riche de plus de vingt films et séries, témoigne d’un parcours exceptionnel au service d’un art populaire et exigeant. Quelle place occuperont désormais ces artistes franco-algériens qui, comme elle, ont su faire le pont entre deux cultures ?

Sources

  • Le HuffPost (25 novembre 2025)
  • Ozap.com (25 novembre 2025)
  • CNews (25 novembre 2025)
  • Marie France (25 novembre 2025)
  • Radio Algérie (25 novembre 2025)
Nathalie Rousselin

Nathalie Rousselin

Reporter et journaliste d'investigation. Parcours en sciences sociales et journalisme de terrain. Expertise dans le traitement des faits de société et les enquêtes de fond. Expérience en presse quotidienne régionale. Rejoint INFO.FR pour couvrir l'actualité société et les faits divers.