Bordeaux : 14 et 12 ans de réclusion pour deux Soudanais qui ont battu à mort un Érythréen
La cour criminelle de la Gironde a rendu son verdict le 5 juin 2026 pour des faits remontant à mai 2022 dans un campement du quartier du Lac.
La cour criminelle de la Gironde a condamné vendredi deux ressortissants soudanais pour la mort de Hussein Ahmed, Érythréen de 32 ans, retrouvé battu à mort dans un campement de fortune en 2022. Shemselfalah Abdessalam Eliman écope de 14 ans de réclusion, Alnoor Alhafez de 12 ans.
L’essentiel
- Verdict rendu le 5 juin 2026 : la cour criminelle de la Gironde a reconnu les deux accusés coupables de violences volontaires en réunion ayant entraîné la mort sans intention de la donner.
- Peines prononcées : 14 ans de réclusion pour Shemselfalah Abdessalam Eliman, 12 ans pour Alnoor Alhafez.
- La victime : Hussein Ahmed, Érythréen de 32 ans, découvert mort le 28 mai 2022 dans un campement du quartier du Lac à Bordeaux, avec un polytraumatisme crânio-thoracique et des traces de brûlures sur les vêtements.
- Aucune partie civile présente : la famille de Hussein Ahmed n’a jamais répondu aux autorités françaises.
Un corps retrouvé au quartier du Lac en mai 2022
Le matin du 28 mai 2022, les secours découvrent le corps de Hussein Ahmed dans un campement de fortune dissimulé dans les bois du quartier du Lac, à Bordeaux. Le rapport médical conclut à un polytraumatisme crânio-thoracique. Des traces de brûlures sont relevées sur ses vêtements. L’homme avait 32 ans. Originaire d’Érythrée, il était demandeur d’asile, hébergé au centre d’accueil d’urgence de Trégey. Il s’était rendu au campement la veille de sa mort, selon les éléments rapportés par Sud Ouest.
Deux hommes, Shemselfalah Abdessalam Eliman et Alnoor Alhafez, deux Soudanais d’une trentaine d’années qui vivaient sur place, sont rapidement mis en cause. L’enquête et l’instruction s’étalent sur près de quatre ans avant l’ouverture du procès.
Un procès de cinq jours, des versions contradictoires
Le procès s’ouvre le 1er juin 2026 devant la cour criminelle de la Gironde. Pendant cinq jours, les deux accusés se renvoient la responsabilité. Alnoor Alhafez avait pourtant écrit en 2023 au juge d’instruction en reconnaissant avoir porté des coups avec un fer à repasser, invoquant la légitime défense. Il a ensuite accusé Eliman de l’avoir contraint à agir sous la menace, selon Sud Ouest.
La différence de peine entre les deux condamnés s’explique par les antécédents judiciaires de l’un d’eux, sans que la juridiction ait précisé publiquement lequel est concerné. Shemselfalah Abdessalam Eliman, condamné à 14 ans, est celui qui écope de la peine la plus lourde.
Qualification retenue : violences en réunion, pas meurtre
La cour n’a pas retenu la qualification de meurtre. Les deux hommes ont été reconnus coupables de violences volontaires en réunion ayant entraîné la mort sans intention de la donner - une qualification qui exclut l’intention homicide mais reconnaît la responsabilité collective des coups portés. C’est cette qualification qui justifie le renvoi devant la cour criminelle départementale plutôt que devant une cour d’assises classique.
Aucune partie civile n’était présente à l’audience. La famille de Hussein Ahmed, restée en Érythrée, n’a jamais répondu aux courriers des autorités françaises, selon les informations de Sud Ouest. La victime n’avait donc personne pour la représenter lors des débats.
Contexte dans la Gironde
Le quartier du Lac, en bordure du lac de Bordeaux-Lac, concentre depuis plusieurs années des campements informels occupés par des migrants et demandeurs d’asile, dans des conditions de grande précarité. L’affaire Hussein Ahmed est l’une des rares à avoir abouti à un procès devant la cour criminelle de la Gironde pour des faits de violences mortelles survenus dans ce type d’espace.
Les cours criminelles départementales, créées par la réforme de 2021 pour juger les crimes punis de 15 à 20 ans de réclusion sans jury populaire, traitent régulièrement ce type de dossier en Gironde. Le tribunal judiciaire de Bordeaux est l’un des plus chargés du ressort de la cour d’appel de Bordeaux.
Ce dossier s’inscrit dans un contexte plus large de faits divers graves impliquant des populations migrantes précaires dans la métropole bordelaise. Des situations de détresse extrême dans des contextes similaires ont été recensées dans d’autres départements du Sud de la France ces derniers mois. Par ailleurs, la justice girondine suit de près les dispositifs de contrôle aux frontières du département, notamment sur les liaisons maritimes.
Prochaine étape
Les condamnés disposent d’un délai de dix jours à compter du prononcé du verdict pour former un pourvoi en cassation. Aucun appel n’avait été annoncé au moment du rendu du jugement, selon les informations disponibles.
Sources
- Sud Ouest : Homme battu à mort à Bordeaux : les deux accusés reconnus coupables par la cour criminelle
- Sud Ouest : À Bordeaux, un homme battu à mort dans un camp de fortune : deux accusés jugés devant la cour criminelle
- 20 Minutes : Un homme a été retrouvé mort dans un campement près du lac de Bordeaux