Bourses étudiantes : l’Assemblée vote l’indexation et le versement sur 12 mois
Adoptée à 82 % via la niche communiste, la réforme se heurte au coût de 500 millions invoqué par Philippe Baptiste
L'Assemblée a adopté le 11 juin une revalorisation automatique des bourses et leur versement sur 12 mois. Le gouvernement chiffre la facture à 500 millions d'euros, la rapporteure à 540 millions.
Les enjeux
Ce qu'il faut comprendre
Un gel des bourses depuis 2013 face à une vie étudiante en hausse de près de 30 %
Les bourses sur critères sociaux n'ont pas connu de revalorisation automatique depuis 2013, alors que le coût de la vie étudiante a progressé de près de 30 %.
500 à 540 millions d'euros : deux chiffrages, un seul périmètre
Le ministre invoque un peu plus de 500 millions, la rapporteure 540 millions. L'écart, non documenté, tient probablement à des hypothèses différentes d'inflation et de population cible.
Une alliance de vote gauche-RN, convergence tactique sur le social
Le texte a été adopté grâce aux voix de la gauche et du Rassemblement national, face à l'abstention du bloc central et de la droite, dans la lignée d'autres convergences sociales depuis 2022.
Le Sénat, point de blocage probable
La proposition doit désormais passer le Sénat, où la majorité de droite et le refus du gouvernement d'inscrire le texte à l'ordre du jour menacent son adoption, sur le modèle des niches précédentes.
L'essentiel
Ce qu'il faut retenir
- Adoption en première lecture le 11 juin 2026 par 82 % des 91 votants.
- Versement des bourses sur 12 mois au lieu de 10 et indexation annuelle a minima sur l'inflation.
- Coût estimé entre 500 millions (ministre) et 540 millions (rapporteure) par an, écart non explicité.
- Renaissance, Horizons, LR et UDR se sont abstenus gauche et RN ont voté pour.
- Le texte doit désormais être examiné par le Sénat, où il risque l'enlisement.
L’Assemblée nationale a adopté, le 11 juin 2026 [1], en première lecture, la proposition de loi n° 2710 [2] portée par la députée communiste Soumya Bourouaha [3] (Gauche démocrate et républicaine) [4]. Le texte impose une indexation annuelle automatique des bourses sur critères sociaux, au minimum sur l’inflation [5], et leur versement sur douze mois au lieu de dix [6].
Sur 91 députés présents [7], 82 % ont voté pour [8], 1 % contre [9] et 16 % se sont abstenus [10]. Le Rassemblement national et les groupes de gauche ont apporté leurs voix [11]. Renaissance, Horizons, Les Républicains et l’UDR d’Éric Ciotti [12] se sont abstenus [13].
Un gel de fait depuis 2013
L’argument de Soumya Bourouaha tient en un chiffre: depuis 2013 [14], les bourses sur critères sociaux sont, selon elle, « les seules aides sociales à ne pas bénéficier d’une revalorisation automatique » [15], alors que le coût de la vie étudiante a grimpé de près de 30 % [16] sur la période. Pour la députée, le dispositif « ne remplit plus son rôle historique » de « démocratisation de l’enseignement supérieur » [17].
Le mécanisme actuel produit ce qu’elle nomme des « injustices mécaniques »: « Les revenus familiaux peuvent augmenter nominalement sous l’effet de l’inflation sans que la situation réelle de la famille s’améliore. C’est ainsi que des milliers d’étudiants sortent du dispositif, non pas parce qu’ils vont mieux mais parce que le système n’a pas été actualisé » [18]. Plus de 670 000 étudiants [19] perçoivent aujourd’hui une bourse sur critères sociaux.
Le versement sur douze mois, mesure la plus coûteuse
L’annualisation concentre l’essentiel de la dépense. Selon la rapporteure, qui s’appuie sur des données de la Direction générale de l’enseignement supérieur et de l’insertion professionnelle [20], la réforme coûterait 540 millions d’euros par an [21], dont 430 millions [22] pour l’extension des versements aux mois d’été et 112 millions [23] pour la seule indexation. Bourouaha justifie l’écart par une réalité prosaïque: « le paiement des loyers ne s’arrête pas en juillet, les charges ne disparaissent pas en août » [24].
Note de chiffrage - Deux estimations circulent pour la même mesure. Le ministre Philippe Baptiste évoque « un peu plus de 500 millions d’euros » [25], tandis que la rapporteure avance 540 millions d’euros par an [21]; sur le seul volet annualisation, on lit 430 millions chez la rapporteure [22]. Les sources disponibles n’expliquent pas ces écarts, qui peuvent tenir à des hypothèses différentes sur le taux d’inflation retenu ou sur la population cible (l’amendement Ludmann visait par exemple à restreindre l’annualisation aux échelons 5 à 7 [26]). Faute de note de chiffrage publique consolidée, la fourchette utile se situe entre un peu plus de 500 [25] et 540 millions d’euros par an [21].
La voix du gouvernement: « un coût »
Philippe Baptiste [27], ministre de l’Enseignement supérieur, a invoqué « un coût pour les finances publiques » estimé à un peu plus de 500 millions d’euros [25]. Le ministre s’est prononcé pour un report de la réforme structurelle des bourses [28] préparée par Sylvie Retailleau [29].
En commission, Delphine Lingemann [30] (Les Démocrates) avait posé la question de l’utilité du versement estival: « L’été, beaucoup rejoignent leur famille et d’autres exercent une activité rémunérée » [31]. Jean Bodart [32] (Liot) jugeait « prudent de douter de son application à court terme budget contraint » [33]. Véronique Ludmann [34] (Horizons) avait proposé en vain de réserver l’annualisation aux échelons 5, 6 et 7 [26].
L’alliance gauche-RN, une convergence tactique sur le terrain social
Le texte a été inscrit à la journée d’initiative parlementaire du groupe Gauche démocrate et républicaine [35], présidé par Stéphane Peu [36]. Sa cosignature dépasse les seuls bancs communistes: une trentaine de députés issus des quatre groupes de gauche [37], mais aussi Sabine Gervais [38] (Les Démocrates), Violette Spillebout [39] (Ensemble pour la République) et Stéphane Lenormand [40] (Liot).
L’alliance de vote entre la gauche et le Rassemblement national [11], face à l’abstention du bloc central et de la droite, dessine la géométrie des majorités sociales dans une Assemblée fragmentée. On se souvient que depuis l’arrivée massive du RN au Palais-Bourbon en 2022, ce type de convergence s’est répété sur plusieurs textes à fort contenu redistributif - abrogation de la réforme des retraites, indexation de certaines prestations, niches sociales du groupe communiste - sans jamais déboucher sur une coalition stable. Sur les bourses, la convergence s’explique aussi par la sociologie de l’électorat étudiant précaire que le RN cherche à capter dans les villes moyennes et les filières courtes. Les sources consultées ne rapportent en revanche aucune déclaration publique d’un député RN justifiant ce vote, ce qui mériterait d’être documenté dans les prochains jours.
L’angle mort: le Sénat, et après?
Le texte devra désormais affronter le Sénat [41], chambre où la majorité de droite et du centre est aux antipodes de la coalition qui l’a fait passer au Palais-Bourbon. Le scénario le plus probable n’est pas l’adoption conforme, mais l’enlisement dans la navette. Le précédent est instructif: la majorité des textes de niche adoptés contre l’avis du gouvernement depuis 2022 sont restés lettre morte faute d’inscription à l’ordre du jour du Palais du Luxembourg.
Le calendrier joue contre la mesure: le ministre Philippe Baptiste a déjà confirmé le report de la réforme des bourses préparée par Sylvie Retailleau [29], signe que l’exécutif privilégie le statu quo. Sans inscription gouvernementale à l’ordre du jour du Sénat - prérogative qui appartient au gouvernement en vertu de l’article 48 de la Constitution pour deux semaines de séance sur quatre -, le texte risque de rejoindre la liste des propositions de niche adoptées par l’Assemblée et jamais promulguées.
L’autre angle mort des débats: la note flash du Sies du 25 septembre 2025 [42] indique que 35,8 % [43] des étudiants du supérieur sont boursiers en 2024-2025, mais avec des écarts massifs selon les filières - 58,2 % [44] en STS, 11,2 % [45] en école de commerce, soit 47 points de creux social. La revalorisation uniforme votée jeudi ne touche pas la question de fond: la ségrégation sociale entre filières.
Enfin, une absence mérite d’être signalée: aucune des sources consultées ne rapporte la position des principales organisations étudiantes - Unef, Fage, PDE - sur la proposition de loi. Premières concernées et acteurs habituels de tout débat sur les bourses, elles n’ont pas, à ce stade, publié de communiqué public repris par la presse parlementaire. Ce silence, dans le sillage du report de la réforme Retailleau, reste à élucider.
► Lire aussi: Précarité étudiante: ce que disent les chiffres
Sources
Voir le détail de chaque fait sourcé (45)
« Les députés ont adopté le 11 juin 2026 l'ensemble de la proposition de loi visant à réformer les bourses sur critères sociaux et à lutter contre la précarité étudiante (première lecture). »
datan.fr ↗ ↩
« Proposition de loi visant à réformer les bourses sur critères sociaux et lutter contre la précarité étudiante, n° 2710 »
assemblee-nationale.fr ↗ ↩
« l’Assemblée a tout d’abord adopté un texte de Soumya Bourouaha pour une revalorisation des bourses étudiantes sur critères sociaux. »
leparisien.fr ↗ ↩
« La députée Soumya Bourouaha (Gauche démocrate et républicaine) plaidait pour un big-bang en matière d'aides sociales aux étudiants »
lcp.fr ↗ ↩
« Son texte prévoit ainsi une indexation annuelle automatique, a minima sur l’inflation »
leparisien.fr ↗ ↩
« une « annualisation » du versement, qui reviendrait à verser les bourses « 12 mois sur 12 » plutôt que 10 »
leparisien.fr ↗ ↩
« Au total, 91 députés ont pris part au vote: 82 % ont voté en faveur, 1 % ont voté contre, et 16 % se sont abstenus. »
datan.fr ↗ ↩
« Au total, 91 députés ont pris part au vote: 82 % ont voté en faveur, 1 % ont voté contre, et 16 % se sont abstenus. »
datan.fr ↗ ↩
« Au total, 91 députés ont pris part au vote: 82 % ont voté en faveur, 1 % ont voté contre, et 16 % se sont abstenus. »
datan.fr ↗ ↩
« Au total, 91 députés ont pris part au vote: 82 % ont voté en faveur, 1 % ont voté contre, et 16 % se sont abstenus. »
datan.fr ↗ ↩
« Des dispositions adoptées à la quasi-unanimité des votants, des groupes de gauche et du Rassemblement national »
ouest-france.fr ↗ ↩
« LR et UDR (groupe d’Éric Ciotti) se sont abstenus »
ouest-france.fr ↗ ↩
« Les députés Renaissance, Horizons, LR et UDR (groupe d’Éric Ciotti) se sont abstenus. »
leparisien.fr ↗ ↩
« les seules aides sociales à ne pas bénéficier d’une revalorisation automatique depuis 2013 »
leparisien.fr ↗ ↩
« "Les bourses sur critères sociaux constituent la principale aide financière destinée aux étudiants", [.] ce sont "les seules aides sociales qui ne fassent pas l'objet d'une revalorisation automatique des montants et des barèmes" »
lcp.fr ↗ ↩
« le coût de la vie étudiante a augmenté de près de 30 % »
leparisien.fr ↗ ↩
« Le dispositif actuel « ne remplit plus son rôle historique » de « démocratisation de l’enseignement supérieur », selon la députée. »
leparisien.fr ↗ ↩
« Et la députée communiste de Seine-Saint-Denis d'évoquer les "injustices mécaniques" qui en découlent: "Les revenus familiaux peuvent augmenter nominalement sous l'effet de l'inflation sans que la situation réelle de la famille s'améliore. [.] C'est ainsi que des milliers d'étudiants sortent du dispositif, non pas parce qu'ils vont mieux mais parce que le système n'a pas été actualisé." »
lcp.fr ↗ ↩
« "Les bourses sur critères sociaux constituent la principale aide financière destinée aux étudiants", ils sont plus de 670.000 à en bénéficier »
lcp.fr ↗ ↩
« a indiqué la rapporteure, citant la Direction générale de l'enseignement supérieur et de l'insertion professionnelle »
lcp.fr ↗ ↩
« Le coût d'une telle réforme? "Un peu plus de 540 millions d’euros par an" »
lcp.fr ↗ ↩
« et 430 millions pour l'annualisation du versement des bourses »
lcp.fr ↗ ↩
« Environ 112 millions pour l'indexation des montants et des barèmes »
lcp.fr ↗ ↩
« Car "le paiement des loyers ne s’arrête pas en juillet, les charges ne disparaissent pas en août et les dépenses d’alimentation, de transport, de matériel informatique ainsi que celles liées à la préparation de la rentrée continuent de peser" »
lcp.fr ↗ ↩
« un « coût pour les finances publiques », estimé à un peu plus de 500 millions d’euros »
leparisien.fr ↗ ↩
« a, quant à elle, défendu un amendement, qui a été rejeté, pour annualiser uniquement les boursiers des échelons 5, 6 et 7 »
lcp.fr ↗ ↩
« à l’instar du ministre Philippe Baptiste (Enseignement supérieur) »
leparisien.fr ↗ ↩
« Le ministre de l’ESR et de l’Espace, Philippe Baptiste, l’a confirmé à l’occasion d’une table ronde organisée à l’Assemblée nationale »
aefinfo.fr ↗ ↩
« dans la continuité de celle mise en place à la rentrée 2023 par l'ex-ministre de l'Enseignement supérieur, Sylvie Retailleau »
lcp.fr ↗ ↩
« a pointé Delphine Lingemann (Les Démocrates) »
lcp.fr ↗ ↩
« "Nous nous interrogeons (.). L’été, beaucoup rejoignent leur famille et d'autres exercent une activité rémunérée. Dès lors, est-il de consacrer près de 437 millions d’euros à une telle mesure?" »
lcp.fr ↗ ↩
« a considéré Jean Bodart (Liot) »
lcp.fr ↗ ↩
« "Il est prudent de douter de son application à court terme budget contraint", a considéré Jean Bodart (Liot) »
lcp.fr ↗ ↩
« la députée Véronique Ludmann (Horizons) a, quant à elle, défendu un amendement »
lcp.fr ↗ ↩
« lors de leur journée d’initiative parlementaire du jeudi 11 juin »
humanite.fr ↗ ↩
« la journée réservée au initiatives du groupe Gauche démocrate et républicaine, présidé par Stéphane Peu »
lcp.fr ↗ ↩
« Cosignée par une trentaine de députés issus des quatre groupes de gauche du Palais-Bourbon »
lcp.fr ↗ ↩
« ainsi que par Sabine Gervais (Les Démocrates) »
lcp.fr ↗ ↩
« Violette Spillebout (Ensemble pour la République, ou encore Stéphane Lenormand (Liot) »
lcp.fr ↗ ↩
« Stéphane Lenormand (Liot), la proposition de loi sera examinée »
lcp.fr ↗ ↩
« La proposition de loi devra aller au Sénat, comme d’autres textes adoptés jeudi »
ouest-france.fr ↗ ↩
« indique une note flash du Sies publiée le 25 septembre 2025 »
aefinfo.fr ↗ ↩
« En 2024-2025, la part d’étudiants boursiers sur critères sociaux dans l’enseignement supérieur s’élève à 35,8 % »
aefinfo.fr ↗ ↩
« C’est en sections de technicien supérieur qu’ils sont les plus nombreux (58,2 %) »
aefinfo.fr ↗ ↩
« et en école de commerce les moins nombreux (11,2 %) »
aefinfo.fr ↗ ↩
Sources
- Proposition de loi, n° 2710
- Assemblée nationale
- Revalorisation des bourses étudiantes, révision d’une allocation vieillesse : l’Assemblée adopte une série de textes sociaux
- Bourses étudiantes: indexation, annualisation... Un texte pour lutter contre la précarité examiné à l'Assemblée | LCP
- Bourses : une proposition de loi votée en commission à l'Assemblée prévoit leur annualisation et l'indexation sur l'inflation
- À l'Assemblée, comment le groupe GDR compte protéger les étudiants et les retraités pauvres
- L’Assemblée nationale vote une revalorisation des bourses étudiantes