Bressuire : les éleveurs caprins attendent plus de l’Europe après les européennes 2024

Dans les Deux-Sèvres, premier département caprin de France, les producteurs réclament une protection accrue contre la concurrence déloyale.

Bressuire : les éleveurs caprins attendent plus de l'Europe après les européennes 2024
Illustration Agnès Poirier / info.fr

Les résultats des élections européennes 2024, marqués par une percée du RN chez les agriculteurs, ont relancé le débat à Bressuire. Les producteurs de lait de chèvre des Deux-Sèvres veulent des engagements concrets de Bruxelles sur les normes et les importations.

Le Rassemblement National a remporté 31,37 % des voix aux élections européennes de juin 2024, selon les résultats officiels. Parmi les agriculteurs, le soutien au parti était encore plus marqué : 26 % d’intentions de vote RN relevées dans une enquête Cevipof d’avril 2024. Dans la région de Bressuire, ce vote traduit une frustration ancienne vis-à-vis des politiques agricoles européennes.

Selon cette même enquête Cevipof de mai 2024, 65 % des agriculteurs français placent la protection du marché européen contre les importations en tête de leurs priorités. Dans les Deux-Sèvres, territoire historiquement structuré autour de l’élevage caprin, le message est identique : les élus locaux appellent à des règles du jeu plus équitables.

Premier département caprin de France

Les Deux-Sèvres produisent 116 millions de litres de lait de chèvre par an, selon la Chambre d’agriculture. Le département est le premier de France dans cette filière. La quasi-totalité de cette production part vers l’industrie de transformation.

La coopérative Agrial, implantée à Bressuire, cherche à recruter 400 nouveaux producteurs d’ici fin 2026, selon France 3 Nouvelle-Aquitaine. La demande tire la filière vers le haut : la consommation de fromages de chèvre a progressé de 15 % en France depuis 2020. En janvier 2026, la collecte a augmenté de 1 % en Nouvelle-Aquitaine, portée par une bonne qualité des fourrages, selon le bulletin Tendances lait-viande.

En novembre 2024, une nouvelle AOC Mothais-sur-feuille a été accordée à ce fromage au lait cru des Deux-Sèvres, renforçant la visibilité de la filière locale. Au Salon de l’Agriculture de février 2026, le département a mis en avant 23 producteurs sous la marque Produit des Deux-Sèvres, selon le dossier de presse du Conseil départemental.

Une filière qui a connu la crise

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La région n’a pas toujours été en position de force. Entre 2008 et 2013, la filière caprine a traversé une crise sévère, liée à des prix trop bas. La reprise s’est faite progressivement, notamment via des soutiens PAC, selon un bilan de FranceAgriMer publié en 2013. Ce précédent pèse dans les débats actuels : les élus veulent éviter une nouvelle période de vulnérabilité face aux importations.

Agrial étudie par ailleurs la construction d’une nouvelle usine de transformation à La Crèche, dans les Deux-Sèvres, pour remplacer un site saturé. Une décision est attendue d’ici 2027, selon Le Journal des Entreprises. Un investissement qui suppose, selon les acteurs de la filière, une stabilité des règles européennes sur le long terme.

Sources

Agnès Poirier

Agnès Poirier

Correspondante à Niort, elle suit les mutuelles, les tensions sur l'emploi, l'agriculture et les débats sur les services publics ruraux. Formée à l'IJBA Bordeaux, elle a commencé en PQR poitevine. Ligne de travail : interroger les syndicalistes, les agriculteurs, les élus, croiser les bilans sociaux avant de conclure.

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