Bruno Genesio : « Le mercato hivernal, c’est n’importe quoi »
L'entraîneur marseillais pointe l'inertie du marché des transferts et réclame des ajustements réglementaires
L'entraîneur marseillais dénonce depuis des années la paralysie du marché des transferts après les Coupes du monde et plaide pour une réforme du système actuel.
Les enjeux
Ce qu'il faut comprendre
Cohésion d'effectif menacée
Les mercatos trop longs (3 mois l'été) empêchent la stabilité sportive réclamée par Genesio
Réforme réglementaire
L'entraîneur plaide pour la suppression du mercato hivernal, jugé perturbateur et inutile
Dépendance au marché
Les clubs restent otages d'un marché bloqué où les vendeurs hésitent à libérer leurs joueurs
L'essentiel
Ce qu'il faut retenir
- Bruno Genesio dénonce en juillet 2026 un mercato paralysé par la Coupe du monde, estimant que les joueurs deviendront accessibles dans dix jours
- L'entraîneur marseillais avait déjà critiqué en janvier 2023 le mercato hivernal post-Qatar, qualifié de « n'importe quoi »
- Genesio réclame la suppression du mercato d'hiver, qui selon lui perturbe la cohésion des effectifs et le sens du sport
- Les clubs deviennent structurellement dépendants d'un marché figé par l'attentisme généralisé des vendeurs, acheteurs et agents après les grandes compétitions
Bruno Genesio pose les coudes sur la table. Juillet 2026. Le mercato tourne au ralenti. « Ce mercato a du mal à démarrer, il y a eu la Coupe du monde, certains joueurs sont en attente et peut-être que, dans dix jours - ils seront plus accessibles pour nous ». L’entraîneur marseillais ne cache pas son agacement.
La Coupe du monde 2026 a tout décalé. Les clubs attendent. Les agents attendent. Le marché stagne. Genesio l’avait déjà vu en janvier 2023 - alors au Stade Rennais. Même diagnostic: un mercato hivernal « très calme » et « très lent » - bloqué par l’inertie générale après la Coupe du monde au Qatar en novembre-décembre 2022.
« C’est n’importe quoi »
À l’époque, Bruno Genesio avait lâché le mot: « n’importe quoi ». Pour lui, le mercato hivernal perturbe l’équilibre des effectifs. « Si on se trompe au mois de juin - on assume. On ne devrait pas avoir un mercato qui permet de recruter 15 joueurs pour en faire partir 8 ».
Son raisonnement tient: les clubs devraient assumer leurs choix de juin plutôt que de pouvoir reconstruire une équipe en cours de saison. Le mercato d’hiver ne devrait servir qu’à des ajustements mineurs, pallier une blessure longue durée, comme celle de Martin Terrier à Rennes cette année-là. Pas à recomposer un onze.
L’entraîneur va plus loin. Il juge les trois mois du mercato estival déjà trop longs. Dans ce contexte, la fenêtre hivernale devient « superflue », selon lui. Un marché « atone » qui met « un temps fou à se mettre en route ».
Les clubs otages du calendrier
En janvier 2023, Genesio décrivait un effet de « gel » sur les transactions. « On est dans une période particulière. Les clubs sont attentistes, les agents le sont aussi. La Coupe du monde a tout décalé ». Le marché « bloqué » empêchait Rennes de se renforcer malgré des besoins tactiques et des blessures.
Quelques années plus tard, en juillet 2026 - le scénario se répète. Genesio, désormais à l’OM depuis le 1er juillet 2026, un contrat de 2 ans, constate la même paralysie après la Coupe du monde 2026. Les clubs vendeurs hésitent. Les joueurs attendent. Le mercato tarde à démarrer.
Cette dépendance structurelle fragilise les clubs. Quand une Coupe du monde décale le calendrier, les acteurs du marché entrent dans une logique d’attente généralisée. Les vendeurs refusent de brader leurs joueurs avant d’avoir vu les performances en compétition. Les acheteurs espèrent que les prix baisseront. Les agents temporisent pour maximiser les offres. Résultat: les clubs qui ont besoin de se renforcer rapidement, pour préparer une campagne européenne, combler un départ inattendu, se retrouvent pris au piège d’un marché figé qu’ils ne contrôlent pas.
Ce que personne ne dit
Le paradoxe est ailleurs. En janvier 2023 - selon plusieurs sources, le marché mondial des transferts a battu des records de dépenses. Les clubs anglais ont mené la danse. L’inertie que Genesio dénonçait à Rennes n’empêchait pas les gros mouvements, elle les retardait, les concentrait, les rendait plus fébriles.
Ce marché « lent » que l’entraîneur dénonce ne menace pas seulement les ambitions sportives des clubs. Il révèle une structure de marché inadaptée aux calendriers atypiques imposés par les compétitions internationales. Genesio - qui a exercé à Rennes, Lille et Marseille, insiste depuis des années sur la stabilité sportive et la cohésion d’un groupe. Un mercato qui s’étire sur trois mois l’été, puis rebondit en janvier, contredit cette logique.
L’appel à une réforme réglementaire
La critique de Genesio porte en creux un appel aux instances. Si le mercato hivernal est « n’importe quoi » - s’il permet de « recruter 15 joueurs pour en faire partir 8 » et contredit le principe de responsabilité des choix de juin - pourquoi ne pas le supprimer? L’entraîneur ne formule pas explicitement cette demande, mais son raisonnement y conduit: un mercato d’été raccourci, une fenêtre hivernale limitée aux cas de force majeure (blessures longue durée comme celle de Terrier ), et une obligation pour les clubs d’assumer leurs décisions initiales.
Les règles actuelles permettent des reconstructions d’effectifs en cours de saison qui sapent la cohésion d’équipe et créent des déséquilibres compétitifs. Un club qui se trompe en juin peut corriger massivement en janvier. Un autre, plus rigoureux ou moins fortuné, subit les conséquences de ses erreurs. Le système actuel récompense l’improvisation plutôt que la planification. Pour un entraîneur comme Genesio, qui mise sur la stabilité et la progression collective, ce cadre réglementaire devient un obstacle.
Reste une question. Si le mercato d’hiver perturbe autant, pourquoi les instances ne le réforment-elles pas? Genesio attend toujours la réponse. En attendant, l’OM compose avec son effectif. Les dix jours annoncés passeront. Le marché bougera. Ou pas.