Café : +46 % en un an, pourquoi les prix ne baissent pas
Les cours mondiaux du café reculent depuis février 2026, mais les étiquettes en rayon ne suivent pas. Enquête sur une transmission à sens unique qui coûte jusqu'à 300 € par an aux ménages.
+46 % en un an sur certaines références. Les cours baissent, les étiquettes non. Qui bloque la transmission des prix ?
- Le café est le produit alimentaire N°1 des hausses : +25 % sur un an en mars 2026 (Circana), +37 % depuis 2022
- Les cours mondiaux reculent depuis février 2026, mais aucune baisse n'est visible en rayon
- Un ménage de deux consommateurs de capsules paie ~300 € de plus par an qu'il y a deux ans (calcul INFO.FR)
- Lavazza a vu son bénéfice net progresser de +20,6 % en 2024 malgré la « tempête » invoquée
Un paquet de Carte Noire pur arabica 250 g coûtait 4,12 € en rayon en 2024. Un an plus tard, le même paquet s’affiche à 6,03 €. Soit +46 % en douze mois, selon le relevé de prix réalisé par Pleine Vie sur 52 références. Le café n’est plus un produit anodin dans le caddie des Français. C’est devenu le marqueur le plus brutal de l’inflation alimentaire.
Le baromètre Circana de mars 2026 le confirme : le café occupe la première place des hausses alimentaires, avec +25 % sur un an. L’INSEE mesurait déjà +10,5 % en avril 2025. La progression n’a pas ralenti depuis. En grande surface, le prix moyen au kilo atteint 31 € toutes catégories confondues , ~60 €/kg pour les capsules, ~20 €/kg pour le moulu et le grain. Huit Français sur dix boivent du café chaque jour. Aucun n’y échappe.
La tempête sur les marchés
L’origine du choc est documentée. Entre janvier 2023 et décembre 2024, le cours de l’arabica a bondi de 190 %, celui du robusta de 260 %, selon les chiffres communiqués par Giuseppe Lavazza, PDG du groupe leader du marché français. L’arabica a atteint en 2024 son record historique en bourse, avec +75 % sur la seule année.
« Le marché traverse depuis quatre années une tempête épouvantable. » , Giuseppe Lavazza, PDG du groupe Lavazza
Les causes sont identifiées et cumulatives. Le Brésil, qui assure un tiers de la production mondiale, enchaîne les sécheresses. Le Vietnam, premier producteur de robusta, subit des épisodes climatiques à répétition. En face, la demande mondiale a atteint un record de 173,9 millions de sacs, tirée par la Chine et l’Inde. La production 2025-2026 est estimée à 178,8 millions de sacs , un surplus apparent de 3,5 millions de sacs qui ne compense pas cinq années consécutives de baisse des stocks.
Lavazza a vu sa facture de café vert passer de 600 millions d’euros en 2019 à 1,6 milliard en 2024, soit +167 %. Le produit phare du groupe en France, le Carte Noire 500 g, est passé de 6 € à 9 €. Ces chiffres sont réels. Mais ils ne racontent qu’une moitié de l’histoire.
Ce qui ne redescend pas
Depuis février 2026, les cours mondiaux reculent. Le robusta est retombé à son plus bas niveau depuis août 2025. L’arabica a décroché de ses sommets. La récolte brésilienne 2026 s’annonce meilleure , le pays pourrait produire 30 millions de sacs de robusta, doublant le Vietnam. Les signaux de détente existent.
Or en mars 2026, aucune baisse n’est visible en rayon. C’est le cœur de l’enquête INFO.FR : la transmission des prix fonctionne à sens unique. Les hausses des cours mondiaux se répercutent en quelques semaines sur les étiquettes. Les baisses, elles, restent bloquées quelque part entre le trader, l’industriel et le distributeur.
« Une fois que vous avez fait passer une hausse, vous n’avez pas vraiment envie de faire passer une baisse. » , Grégory Caret, directeur de l’Observatoire de la consommation, UFC-Que Choisir
Les distributeurs ont « des calendriers différents ». Les négociations commerciales annuelles entre industriels et enseignes, achevées au 1er mars 2026, ne produiront leurs effets dans les rayons qu’en avril-mai. Deux à trois mois de décalage pendant lesquels les marges se reconstituent , aux frais du consommateur.
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300 euros par an : le surcoût que personne n’avait calculé
Un ménage de deux personnes buvant chacune deux tasses par jour consomme environ 1,5 kg de capsules par mois ou 300 g de café en grain. Au prix moyen actuel des capsules (60 €/kg), la facture mensuelle atteint 90 €, contre environ 65 € il y a deux ans. Soit un surcoût annuel de ~300 €. Pour les consommateurs de café moulu ou en grain, la facture passe de 4,40 € à 6 € par mois , une hausse de 36 %, plus supportable en valeur absolue mais identique en proportion.
Ce différentiel explique le basculement dans les comportements d’achat : les ventes de café en grains progressent, portées par un coût à la tasse huit fois inférieur à celui des capsules. Le consommateur arbitre. Il n’a pas le choix.
Des marges en hausse, une « tempête » à géométrie variable
Le discours de crise des industriels mérite un examen attentif. Lavazza France a réalisé un chiffre d’affaires de 471 millions d’euros en 2024, en progression de 2,4 %. Au niveau du groupe, l’Ebitda a progressé de 18,6 %, le bénéfice net de 20,6 %. La « tempête épouvantable » décrite par Giuseppe Lavazza n’a pas empêché l’entreprise d’améliorer significativement sa rentabilité. La spéculation boursière, qui représente jusqu’à 75 % des volumes traités sur les marchés à terme du café, ajoute une couche d’opacité sur la formation réelle des prix.
Du côté des bistrots, l’espresso est passé de 1,50 € à 2,50 € et plus selon les villes. Les coffee shops , 3 500 établissements en France début 2026, dont 1 400 à Paris, à raison de trois à quatre ouvertures par semaine , valorisent l’expérience pour justifier ces tarifs. Le cabinet Xerfi anticipe une saturation de ce marché d’ici deux ans.

L’inconnue Trump
Un dernier facteur de risque plane. Washington applique une taxe de 50 % sur les produits brésiliens. Les États-Unis importent 35 à 40 % de leur arabica depuis le Brésil. Si les acheteurs américains se reportent sur d’autres origines, la concurrence sur les approvisionnements colombiens, éthiopiens ou centraméricains pourrait faire remonter les cours mondiaux , et annuler la détente observée depuis février 2026. La prochaine tasse de café français se joue aussi à Washington.
Lire aussi : MaPrimeRénov' 2026 : 3,6 milliards mais 83 000 dossiers en souffrance
Sources
- LSA — Interview Giuseppe Lavazza (juin 2025) - https://www.lsa-conso.fr/cafe-giuseppe-lavazza-entrevoit-une-accalmie-sur-les-prix-mondiaux-en-2026,460970
- Actu.fr — UFC-Que Choisir, prix café mars 2026 - https://actu.fr/economie/deux-annees-agitees-le-prix-du-cafe-baisse-enfin-alors-pourquoi-on-continue-de-le-payer-si-cher_63996780.html
- 20 Minutes — Baromètre Circana mars 2026 - https://www.20minutes.fr/consommation/4214653-20260323-cafe-chocolat-viande-prix-produits-alimentaires-explose-an
- Ouest-France — Cours baisse, prix bistrot non (mars 2026) - https://www.ouest-france.fr/pays-de-la-loire/nantes-44000/comme-le-chocolat-ca-ne-fera-que-flamber-le-cours-du-cafe-baisse-mais-pas-son-prix-au-bistrot-a5216f1c-23b0-11f1-8171-c156e9f33f15
- Info.fr — Café : pourquoi les prix pourraient doubler d'ici fin 2026 - https://info.fr/cafe-prix-doublement-france-2026/