Médecins cubains : la Calabre résiste aux pressions de Trump
Plus de 200 médecins cubains soignent la région la plus pauvre d'Italie, malgré les pressions de Washington pour y mettre fin
La Calabre emploie depuis janvier 2023 plus de 200 médecins cubains pour combler ses pénuries hospitalières. Le gouverneur Roberto Occhiuto refuse de les renvoyer à La Havane, malgré la pression croissante de l'administration Trump, qui qualifie ces missions de traite d'êtres humains.
L’essentiel
- Fait 1 : plus de 200 médecins cubains travaillent dans les hôpitaux de Calabre depuis janvier 2023
- Fait 2 : le gouverneur Roberto Occhiuto refuse de les renvoyer à Cuba, affirmant que les hôpitaux fermeraient sans eux
- Fait 3 : le secrétaire d’État américain Marco Rubio qualifie ces missions médicales de « traite d’êtres humains »
- Fait 4 : la Calabre a renoncé à son projet de faire passer les effectifs cubains de 200 à 1 000 médecins
- Fait 5 : la région a débloqué 8 millions d’euros pour recruter des médecins européens ou d’autres pays tiers
Dans les hôpitaux de la Calabre, tout au bout de la botte italienne, une bonne partie des blouses blanches parlent avec l’accent de La Havane. Depuis janvier 2023, plus de 200 médecins cubains occupent des postes que la région la plus pauvre d’Italie ne parvenait plus à pourvoir. Un dispositif qui fonctionne, mais qui est aujourd’hui dans le viseur de Washington.
Un refus assumé face à Washington
Le gouverneur de Calabre, Roberto Occhiuto, l’a redit sans détour dans un entretien accordé au Washington Post et repris par La Repubblica : sans ces médecins, « on meurt », et une partie des hôpitaux régionaux devraient tout simplement fermer. Sa position n’a pas varié malgré les sollicitations répétées des autorités américaines. Le journal italien Repubblica a résumé la ligne du gouverneur en une phrase, reprise sur X par le quotidien : « Senza i medici cubani moriamo, non li rispediremo a L’Avana » (« Sans les médecins cubains on meurt, nous ne les renverrons pas à La Havane »).
Pour un lecteur français, la situation peut surprendre : on associe rarement l’Italie à des tensions diplomatiques avec les États-Unis sur un sujet aussi terre-à-terre que le recrutement hospitalier. Mais c’est précisément parce que le sujet touche à la fois à la politique étrangère américaine envers Cuba et à la survie d’un système de santé régional qu’il a pris une telle ampleur.
La pression de l’administration Trump
Sous l’administration de Donald Trump, les critiques envers les programmes de coopération médicale cubaine se sont intensifiées. Le sénateur américain Marco Rubio a qualifié ces missions de « traite d’êtres humains », selon le Washington Post, une accusation qui vise le système cubain d’envoi de personnel médical à l’étranger, perçu par Washington comme une forme d’exploitation du travail.
En février 2026, le chargé d’affaires américain à Cuba, Mike Hammer, accompagné du consul général des États-Unis à Naples, s’est rendu auprès du gouverneur Occhiuto pour l’inciter à trouver des alternatives à ces médecins, rapporte le média italien Il Foglio. Une démarche diplomatique directe, qui illustre l’importance que Washington accorde à ce dossier régional italien.
Pourquoi la Calabre ne peut pas s’en passer
Le contrat calabrais fonctionne sur un principe simple : la région paie directement les médecins cubains sur des comptes bancaires italiens, selon l’Associated Press. Une partie d’entre eux choisit, selon la même source, de reverser volontairement jusqu’à la moitié de leur salaire au gouvernement cubain. Un fonctionnement que Washington juge problématique, mais qui a permis à la Calabre de tenir ses hôpitaux à flot dans des zones où le personnel médical italien manque cruellement.
Signe que le dispositif attire au-delà du cadre institutionnel cubain : 63 médecins ont récemment postulé de manière indépendante pour venir travailler en Calabre, en dehors des accords officiels entre La Havane et Rome.
Contexte en Italie : la Calabre, région la plus pauvre du pays
La Calabre est régulièrement classée comme la région la plus pauvre d’Italie, avec un système hospitalier confronté depuis des années à des départs de médecins vers le nord du pays ou l’étranger, où les conditions de travail et les salaires sont plus attractifs. C’est ce déficit structurel de personnel, et non un choix idéologique, qui a poussé Rome et la région à se tourner vers Cuba dès 2023 pour éviter la fermeture de services hospitaliers entiers, notamment dans les zones rurales et montagneuses les moins desservies.
Face à la pression américaine, Occhiuto a dû renoncer à son projet initial, qui prévoyait de multiplier par cinq les effectifs cubains pour atteindre 1 000 médecins, selon l’Associated Press. La région a maintenu les 200 postes actuels, sans chercher à les développer davantage.
Le précédent jamaïcain
La Calabre n’est pas la seule concernée par cette pression diplomatique américaine. La Jamaïque, elle, a cédé : le pays a mis fin à son accord médical avec Cuba en mars 2026, selon le Washington Post. Ce précédent donne une idée de ce que Washington attend des pays qui accueillent des médecins cubains, et souligne, par contraste, la fermeté de la position calabraise.
Une solution de compromis à 8 millions d’euros
Pour tenter de désamorcer la crise diplomatique sans sacrifier ses hôpitaux, la région a débloqué 8 millions d’euros afin de recruter des médecins au sein de l’Union européenne et dans d’autres pays tiers, selon le média Euractiv. L’objectif affiché est de diversifier progressivement le recrutement, sans pour autant renoncer, à ce stade, aux médecins cubains déjà en poste.
Le média italien Euronews a résumé la position calabraise sur X : la région s’oppose à la pression américaine visant à mettre fin aux missions médicales cubaines, estimant qu’elle ne peut pas se permettre de perdre ces praticiens.
Le bras de fer entre Rome, la Calabre et Washington reste, à ce stade, sans issue tranchée. La suite dépendra de la capacité de la région à recruter suffisamment de médecins européens pour, à terme, réduire sa dépendance envers Cuba.