Canicule en Deux-Sèvres : les vergers du Poitou brûlent sous un soleil de mai inédit
À Clessé et Vouneuil-sur-Vienne, les arboriculteurs pulvérisent de l'argile sur leurs fruits pour limiter les dégâts d'un épisode caniculaire précoce.
Depuis le 25 mai 2026, les Deux-Sèvres sont placées en vigilance jaune canicule par Météo-France. Les températures ont dépassé 30°C dès le 26 mai. Dans les vergers du Poitou, les fruits encaissent des coups de soleil et les arboriculteurs tirent la sonnette d'alarme.
Depuis le 25 mai 2026, les Deux-Sèvres sont placées en vigilance jaune canicule par Météo-France. Les températures ont dépassé 30°C dès le 26 mai. Dans les vergers du Poitou, les fruits encaissent des coups de soleil et les arboriculteurs tirent la sonnette d’alarme.
L’essentiel
- Vigilance jaune canicule : les Deux-Sèvres et la Vienne sont en alerte depuis le 25 mai 2026 à 12h, avec des températures maximales attendues entre 33 et 36°C.
- Épisode inédit : première vigilance orange canicule en mai depuis la création du dispositif en 2004 dans plusieurs départements de l’Ouest français.
- 856 ha de vergers de pommiers : les Deux-Sèvres concentraient 856 ha sur les 984 ha recensés en nord Nouvelle-Aquitaine en 2017 (données Agreste/FREDON).
- Deux exploitations touchées : les Vergers des Jouardières à Clessé (Deux-Sèvres) et les Vergers des Savoies à Vouneuil-sur-Vienne (Vienne) font état de brûlures visibles sur les fruits.
- Risque de pertes : selon Emmanuel Fournier, un épisode de plus de 15 jours pourrait entraîner des pertes significatives sur les récoltes en cours.
30°C à 11h : une chaleur de mai sans précédent
Dix jours avant le 26 mai, le thermomètre affichait encore autour de 15°C dans les Deux-Sèvres. Le changement a été brutal. Selon France Bleu, Météo-France a placé la Vienne et les Deux-Sèvres en vigilance jaune canicule à compter du lundi 25 mai à midi. Dès le 26 mai, les températures dépassaient 30°C au soleil dès 11h du matin, selon Ouest-France.
Le phénomène est qualifié d’inédit pour un mois de mai : c’est la première fois depuis la création du dispositif de vigilance en 2004 que plusieurs départements de l’Ouest basculent en vigilance orange canicule en mai, selon Actu.fr et Ouest-France.
À Clessé, l’argile comme bouclier solaire
Franck Touraine gère les Vergers des Jouardières à Clessé, dans le nord des Deux-Sèvres. Installé depuis 1994, il exploite une propriété familiale de 7 à 10 hectares mêlant vergers et céréales. Depuis le début de l’épisode caniculaire, il pulvérise de l’argile sur ses pommiers. Le principe : créer un écran réfléchissant la chaleur, à l’image d’une crème solaire.
Les résultats sont déjà visibles sur les fruits. Des marques de brûlure apparaissent sur les pommes. L’arboriculteur fait également face à un stress hydrique important sur ses arbres, qui nécessite une irrigation renforcée, par aspersion ou goutte-à-goutte, selon Ouest-France.
À Vouneuil-sur-Vienne, les cerises cuisent sur la branche
À une soixantaine de kilomètres au nord-est, à Vouneuil-sur-Vienne (Vienne), Emmanuel Fournier constate les mêmes symptômes sur ses 10 hectares de vergers. Les Vergers des Savoies sont une exploitation familiale transmise sur quatre générations, passée en agriculture biologique en 2021.
Selon ICI Poitou / France Bleu, les feuilles de ses arbres se recroquevillent « en gouttière », signe classique de stress thermique. Les cerises présentent des coups de soleil marqués - certaines cuisent directement sur la branche. Comme à Clessé, l’argile est appliquée en pulvérisation comme seule protection disponible.
Emmanuel Fournier est explicite sur le risque : si l’épisode caniculaire dure plus de quinze jours, les pertes sur les récoltes en cours pourraient être significatives. Pommes, poires et cerises sont toutes exposées.
Des outils limités face à la chaleur
L’argile est la mesure la plus répandue dans les vergers du Poitou. Elle agit comme écran réfléchissant mais ne protège pas totalement les fruits d’une chaleur prolongée. L’irrigation compense partiellement le stress hydrique mais représente un coût supplémentaire pour des exploitations déjà fragilisées. Aucune autre solution technique n’a été évoquée à ce stade par les arboriculteurs interrogés.
Pour les exploitations en bio, comme celle d’Emmanuel Fournier, les options sont encore plus restreintes : les produits de synthèse sont exclus, et les marges de manœuvre face aux aléas climatiques restent étroites. La situation rappelle celle d’autres zones arboricoles françaises frappées par des événements extrêmes, comme les arboriculteurs de Saint-Laurent-du-Pape confrontés à des pertes totales après des épisodes de grêle.
Contexte dans les Deux-Sèvres
Les Deux-Sèvres occupent une place centrale dans l’arboriculture du nord Nouvelle-Aquitaine. Selon les données Agreste et la FREDON, le département comptait 856 hectares de vergers de pommiers en 2017, sur un total de 984 hectares pour la zone nord de la région, soit environ 87% du verger regional. Ce chiffre représentait une hausse de 4,4% par rapport à 2013.
Le territoire est donc directement concerné par tout épisode climatique affectant la filière. Un été 2026 caniculaire dès fin mai constitue un signal préoccupant pour des exploitations qui sortent d’un printemps tardif et frais. L’amplitude thermique enregistrée - de 15°C à plus de 30°C en dix jours - est précisément celle qui provoque les dommages les plus importants sur les jeunes fruits en cours de développement.
L’évolution de l’épisode dans les prochains jours sera déterminante : si les températures redescendent rapidement, les vergers du Poitou pourraient limiter la casse. Dans le cas contraire, la récolte estivale 2026 s’annonce sérieusement amputée dans les Deux-Sèvres.
Sources
- Ouest-France : « Il ne faudrait pas que ça dure » : le pic de chaleur a déjà des effets dévastateurs dans les vergers
- ICI Poitou / France Bleu : Les fruits prennent des coups de soleil, la canicule fait souffrir les vergers du Poitou
- France Bleu : La Vienne et les Deux-Sèvres basculent en vigilance jaune canicule à partir de lundi
- Actu.fr : Canicule : vigilance orange, c'est inédit, voici les premiers départements concernés