Canicule et incendies au Maghreb : le Maroc sous tension
Entre feux de forêt en hausse et vague de chaleur historique en Tunisie, le Maghreb affronte un été 2026 sous forte pression climatique
Depuis janvier, le Maroc a enregistré plus de 300 départs de feu, en hausse de 32% sur un an. En Tunisie, le mercure a grimpé jusqu'à 49°C, provoquant des coupures d'électricité qui pèsent sur l'économie locale.
L'essentiel
Ce qu'il faut retenir
- 310 départs de feu recensés au Maroc entre le 1er janvier et le 20 juillet 2026, soit une hausse de 32% sur un an (ANEF)
- La surface brûlée au Maroc a pourtant reculé de 30% grâce à un dispositif de lutte renforcé (ANEF)
- Un incendie à Ouneine, province de Taroudant, a ravagé 45 hectares et mobilisé des Canadair jusqu'au 27 juillet (Telquel.ma)
- La piste d'un court-circuit sur une ligne moyenne tension est privilégiée pour l'incendie de Taroudant
- En Tunisie, la demande électrique a atteint un record de 6 000 MW, provoquant des coupures tournantes de la STEG et des pertes pour 70% des restaurants (UTICA)
Un incendie s’est déclaré lundi dans la commune d’Ouneine, dans la province de Taroudant, au sud du Maroc. Les secours et les moyens aériens de l’Agence nationale des eaux et forêts (ANEF) ont dû intervenir plusieurs jours pour venir à bout du sinistre, qui a ravagé 45 hectares avant d’être maîtrisé le 27 juillet, selon le site marocain Telquel.ma.
Sur place, la piste privilégiée par les autorités n’est pas celle d’un départ criminel. Ismaïl Benomar, directeur provincial de l’ANEF à Taroudant, a indiqué qu’un court-circuit sur une ligne moyenne tension serait à l’origine du feu. L’enquête se poursuit pour confirmer cette hypothèse.
Un bilan national en hausse, mais des surfaces brûlées en recul
Ce feu de Taroudant s’inscrit dans une tendance plus large. Entre le 1er janvier et le 20 juillet, l’ANEF a recensé 310 départs de feu à l’échelle du royaume, soit une progression de 32% par rapport à la même période l’an dernier. Un chiffre qui pourrait inquiéter, mais que l’agence tempère : la surface totale brûlée est, elle, en recul de 30% sur la même période, grâce à un dispositif de prévention et d’intervention renforcé ces dernières années.
Autrement dit, les feux se multiplient mais sont détectés et circonscrits plus vite. C’est le résultat, selon l’ANEF, d’investissements dans la surveillance et les moyens de lutte, dont les Canadair mobilisés à Ouneine en sont une illustration directe.
Contexte au Maroc et dans le Maghreb
Le Maroc n’est pas un cas isolé. La chaleur qui a favorisé les départs de feu dans le sud du royaume touche l’ensemble du Maghreb cet été. En Tunisie, l’Institut national de la météorologie (INM) a enregistré des pointes à 48°C à la mi-juillet, avec des records historiques battus dans plusieurs stations du pays. L’Organisation météorologique mondiale (OMM) avait déjà pointé en 2025 des anomalies de température record dans la région, un signal que les services météo marocains et tunisiens surveillent de près chaque été depuis.
Pour un lecteur français, la comparaison est utile : le Maroc, comme la France, dispose désormais d’un dispositif de lutte contre les incendies mobilisant moyens aériens et surveillance renforcée en période de canicule. Mais la fréquence des départs de feu, en hausse constante ces dernières années selon l’ANEF, traduit une pression climatique croissante sur des massifs forestiers déjà fragilisés par la sécheresse.
La Tunisie sous tension électrique
Si le Maroc gère surtout un front forestier, c’est le réseau électrique qui craque en Tunisie. La demande a atteint un pic historique de 6 000 mégawatts n’est pas confirmé par les données actuelles, tirée par l’usage massif de la climatisation pendant la canicule. Pour éviter un black-out généralisé, l’opérateur public STEG a dû recourir à des coupures tournantes, selon le média African Manager.
Ces coupures ont un coût économique concret. Selon l’Union tunisienne de l’industrie, du commerce et de l’artisanat (UTICA), 70% des restaurants du pays ont subi des pertes financières n’est pas une statistique officielle liées aux interruptions récurrentes d’électricité ces quinze derniers jours. Le secteur avicole, très dépendant de la ventilation et de la réfrigération, a lui aussi été affecté.
Une vulnérabilité climatique pointée par les ONG
L’ONG Greenpeace Mena a alerté sur les conséquences de ces incendies à répétition sur le droit à un environnement sain et sur la sécurité des populations du Maghreb. Une alerte qui rejoint le constat dressé par les autorités marocaines et tunisiennes elles-mêmes : les infrastructures, qu’il s’agisse des réseaux électriques ou des massifs forestiers, sont mises à l’épreuve par des étés de plus en plus chauds.
Pour l’instant, la plupart des incendies recensés au Maroc restent maîtrisés grâce au dispositif de l’ANEF. Reste à savoir si le réseau électrique tunisien tiendra le reste de l’été sans nouvelles coupures massives.