Carburants TotalEnergies : fin du plafond ce 7 avril, le diesel vers 2,50€

Le groupe lâche son bouclier tarifaire après 26 jours. Le réseau à sec, le Brent à 109$ et le détroit d'Ormuz fermé font craindre un choc violent à la pompe.

Carburants TotalEnergies : fin du plafond ce 7 avril, le diesel vers 2,50€
Carburants TotalEnergies : fin du plafond ce 7 avril, le diesel vers 2,50€ Illustration Alexandre Mercier / INFO.FR

Fin du plafond TotalEnergies ce 7 avril : essence et diesel repartent au prix du marché. Le diesel pourrait bondir à 2,50€/L dès demain.

L'essentiel — les faits vérifiés
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Le plafonnement des prix carburants chez TotalEnergies, prolongé d’une semaine pour couvrir le week-end de Pâques, expire ce mardi 7 avril 2026 à minuit. Derrière le geste présenté comme social, une opération commerciale redoutablement efficace - et un réseau de stations à sec qui aggrave une crise d’approvisionnement déjà historique.

+317%Hausse des ventes dans certaines stations TotalEnergies (mars 2025 vs mars 2026)

Ce que ça va changer à la pompe

Dès mercredi matin, les automobilistes qui faisaient le plein chez TotalEnergies vont découvrir de nouveaux prix. Le gazole, plafonné à 2,09€/L jusqu’ici, affichait déjà 2,30€/L dans certaines stations dès le 4 avril. Frédéric Plan, délégué de la Fédération française des combustibles, carburants et chauffage, pose le cadre sans détour sur Europe 1 : « Dans les prochaines heures, prochains jours, il faudra avoir en tête un niveau de 2,50 euros le litre pour le gazole, et 2,10-2,15 euros le litre pour l’essence. »

Pour un plein de 50 litres de diesel, la facture passe de 104,50€ à potentiellement 125€. Soit 20,50€ par plein. Pour un conducteur qui fait le plein chaque semaine, c’est plus de 1 000€ supplémentaires par an.

Le SP95-E10, lui, devrait osciller entre 2,01€ et 2,15€/L. Frédéric Plan est catégorique : la France est « sur une tendance de prix qui ne peuvent pas baisser et qui sont plutôt en dynamique d’augmentation ».

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La mécanique d’un plafond qui a épuisé ses propres stocks

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Le plafonnement ciblait environ 1 830 stations sur les 3 300 du réseau TotalEnergies - celles où le prix de marché dépassait le seuil fixé. Résultat mécanique : un appel d’air massif. Les automobilistes ont déserté les stations concurrentes pour se ruer chez Total. Montvalezan, station savoyarde anonyme, a vu ses volumes exploser de 12 000 à 50 000 litres en un mois.

Multipliez ce phénomène par 1 830 stations. Le réseau n’a pas tenu.

Jeudi 2 avril, 16% des stations-service françaises étaient en rupture totale ou partielle. 800 stations manquaient de gazole. En Alsace, les stations de Sélestat, Mertzwiller, Molsheim et Obernai affichaient des pompes diesel à sec.

Frédéric Plan décortique le mécanisme : « Il y a une pénurie mais surtout dans le réseau Total, soit dans 3 000 stations sur les 11 000 de France, car il y a un décalage de prix dans leurs stations. » Et d’ajouter : « Les réapprovisionnements le week-end de Pâques ne sont quasi pas possibles et il est donc normal que ce réseau-là tombe en panne sèche de plus en plus. »

TotalEnergies a créé, par son propre dispositif, un goulet d’étranglement sur 30% du réseau national. En pleine crise d’approvisionnement mondiale.

Le 1,99€ qui reste… mais à quel prix

Isabelle Patrier, patronne de TotalEnergies France, a justifié la prolongation d’une semaine sur BFM Business : « On l’a prolongé d’une semaine parce que justement, au-delà d’une semaine, on ne le voit pas. » Le plafonnement initial devait s’arrêter au 31 mars.

Mais le 1,99€/L ne disparaît pas totalement. Les abonnés TotalEnergies Électricité & Gaz conservent un plafond à 1,99€/L sur tous les carburants pour toute l’année 2026.

La bascule est limpide. Le plafonnement à la pompe, présenté comme un geste de solidarité, devient un levier d’acquisition pour la branche énergie domestique du groupe. Captez le client au réservoir, convertissez-le au compteur. Les millions d’automobilistes habitués au 1,99€ depuis des semaines ont désormais une raison très concrète de souscrire un contrat d’électricité ou de gaz chez TotalEnergies.

Le coût réel du plafonnement pour le groupe n’a jamais été communiqué. Mais avec des volumes en hausse de +317% sur certaines stations et un fichier de prospects pour la branche énergie, la rentabilité de l’opération ne fait guère de doute.

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De l'annonce à la fin du bouclier
28 février 2026 :: Opération militaire israélo-américaine contre l'Iran. Téhéran ferme le détroit d'Ormuz
passage de 20% du pétrole mondial.
12 mars 2026 :: TotalEnergies annonce le plafonnement : essence à 1,99€/L
diesel à 2,09€/L, "jusqu'à fin mars". Le baril WTI passe les 100$.
31 mars 2026 :: Date d'expiration initiale. TotalEnergies prolonge d'une semaine pour le week-end de Pâques face à la "forte volatilité des marchés".
2 avril 2026 :: Le WTI atteint 111,54$ (+11,41% en une journée). Le Brent culmine à 119,50$. 16% des stations françaises en rupture.
4 avril 2026 :: Le gazole grimpe à 2,30€/L dans certaines stations. 800 points de vente sans gazole en France.
7 avril 2026 :: Fin du plafonnement général. Seuls les abonnés énergie TotalEnergies conservent le 1,99€/L.

Brent à 119$, Ormuz fermé : le pire est-il à venir ?

Le contexte géopolitique transforme la fin du plafonnement en détonateur. L’opération militaire israélo-américaine contre l’Iran, lancée le 28 février 2026, a provoqué la fermeture du détroit d’Ormuz - par lequel transitent 20% du pétrole et du GNL mondial.

Le 27 février, veille du conflit : WTI à 67,02$, Brent à 72,48$. Le 2 avril : WTI à 111,54$ (+66,4% en cinq semaines), avec un bond de +11,41% en une seule journée. Le Brent a touché 119,50$ avant de refluer à 109$.

L’OPEP+ a relevé ses quotas de 206 000 barils/jour en avril, avec une nouvelle hausse prévue en mai. Le cartel lui-même reconnaît que la réparation des infrastructures iraniennes endommagées sera « coûteuse » et prendra « beaucoup de temps ».

Donnée critique : le dernier pétrolier ayant transité par le détroit d’Ormuz avant sa fermeture arrive en France ce week-end. Les alternatives - contournement par le cap de Bonne-Espérance, approvisionnement américain - rallongent les délais et alourdissent les coûts de transport.

Le gouvernement dans les starting-blocks

Matignon n’a pas encore annoncé de dispositif de remplacement. Avec un gazole à 2,50€/L, la facture carburant annuelle d’un ménage roulant 15 000 km en diesel (consommation moyenne de 6L/100 km) atteint 2 250€ - contre 1 881€ sous le plafond TotalEnergies. Soit 369€ d’écart annuel.

La question d’une remise gouvernementale à la pompe, sur le modèle de 2022, revient dans le débat. Mais les marges budgétaires de 2026 ne sont pas celles de 2022. Et les recettes de TICPE, elles, explosent mécaniquement avec la hausse des prix.

Le piège est posé : intervenir coûte cher, ne rien faire coûte politiquement.

Sources

Alexandre Mercier

Alexandre Mercier

Analyste économique et journaliste à INFO.FR. Formation supérieure en économie et communication. Spécialisé en rédaction web et analyse des marchés financiers. Couvre l'actualité économique française et internationale au quotidien. Passionné par la vulgarisation des sujets économiques complexes.

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