Carcassonne : le maire Barthès apporte cartons et scotch aux syndicats expulsés
Le 28 mai 2026, Christophe Barthès met fin à 89 ans de mise à disposition gratuite des locaux de la Bourse du travail à la CGT, FSU, SUD et CFDT.
À l'issue du conseil municipal du 28 mai 2026, le maire RN de Carcassonne Christophe Barthès a déposé cartons de déménagement et ruban adhésif devant l'intersyndicale rassemblée devant la mairie. La date butoir pour quitter les lieux est fixée au 1er juin.
L’essentiel
- 28 mai 2026 : Christophe Barthès remet en main propre cartons et scotch aux manifestants syndicaux devant la mairie de Carcassonne, après le conseil municipal.
- 30 avril 2026 : annonce officielle de la fin de la mise à disposition gratuite des locaux de la Bourse du travail (15 rue Voltaire) pour CGT, FSU, SUD et CFDT.
- 28 282 € par an : coût annuel invoqué par la mairie - 24 282 € d’électricité et 4 000 € d’eau - pour justifier la décision.
- 1er juin 2026 : date limite fixée pour la libération des lieux ; la CGT occupe les locaux depuis 89 ans.
- 300 000 € : prix proposé par le maire à la CGT pour racheter le bâtiment, sans réponse dans les délais.
Une mise en scène au sortir du conseil municipal
Jeudi 28 mai, à la fin du conseil municipal de Carcassonne, Christophe Barthès est sorti portant des cartons de déménagement et du ruban adhésif. Devant lui, plusieurs dizaines de manifestants de l’intersyndicale - CGT, FSU, SUD/Solidaires et CFDT - protestaient contre l’expulsion des locaux syndicaux. Le maire les a déposés devant eux, selon L’Indépendant et plusieurs médias présents sur place.
Un témoin local a posté les images sur X :
Le compte officiel de la mairie, @CarcaInfos, avait posé le cadre quelques jours plus tôt :
Une décision annoncée le 30 avril, un argument financier
C’est lors du conseil municipal du 30 avril 2026 que Barthès a officialisé la fin de la mise à disposition gratuite des locaux de la Bourse du travail, 15 rue Voltaire. La mairie invoque une « occupation sans titre » et chiffre le coût annuel à 24 282 € d’électricité et 4 000 € d’eau pour les syndicats concernés, selon actu.fr.
Le maire a résumé sa position sur X : « Manifester oui, mais profiter des largesses de ceux que l’on dénigre, c’est terminé. » La mesure fait suite à une manifestation syndicale contre l’extrême droite organisée fin avril, peu après son installation à la tête de la ville.
La mairie a par ailleurs proposé à la CGT de racheter le bâtiment - plusieurs centaines de mètres carrés - pour 300 000 €, selon Le JDD. La CGT n’a pas répondu dans les délais impartis. La date limite est fixée au 1er juin 2026.
89 ans de présence à la Bourse du travail
La CGT occupe les locaux de la rue Voltaire depuis 89 ans, à l’exception de la période de l’Occupation sous Vichy, selon Basta! et L’Humanité. Les syndicats qualifient la décision d’« atteinte aux libertés syndicales » et refusent de partir. Une pétition intersyndicale a recueilli plus de 10 000 signatures. Des recours judiciaires sont envisagés, sans procédure formellement engagée à ce stade.
Le 13 mai, entre 200 et 350 syndicalistes s’étaient déjà rassemblés devant la Bourse du travail, selon Le Monde. Ce même jour se tenait une audience au tribunal administratif concernant un autre acte de la nouvelle municipalité : un arrêté anti-mendicité contesté.
Cette décision sur les locaux syndicaux n’est pas sans lien avec d’autres choix de la nouvelle équipe municipale. Le maire Barthès a également maintenu le marché textile en promettant 300 nouvelles places de stationnement, autre décision commentée depuis son élection.
Réactions : du ministre aux centrales nationales
Le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou a réagi devant le Sénat le 20 mai. Il a qualifié la décision d’« une forme de mépris de la démocratie sociale », selon France 3 Occitanie et Le Monde. Une tribune intersyndicale nationale a également été publiée pour dénoncer la mesure.
L’Indépendant a couvert les développements du 28 mai en direct :
Contexte dans l’Aude
Carcassonne compte environ 46 000 habitants (INSEE 2022-2023) et est le chef-lieu de l’Aude. Christophe Barthès, agriculteur né à Carcassonne le 12 octobre 1966, a été élu le 22 mars 2026 au second tour avec 40,40 % des voix (7 558 voix), sous l’étiquette RN, liste « Demain Carcassonne ». Il succède à Gérard Larrat et devient le premier maire Rassemblement national de la ville.
Depuis son élection, la municipalité est en tension avec une partie des organisations locales. Par ailleurs, 7 M€ ont été soldés en quatre mois pour 161 exploitations agricoles sinistrées par les feux dans le département, un dossier distinct mais qui illustre la densité de l’actualité audoise en ce début de mandat.
L’Aude compte plusieurs bourses du travail historiques héritées du mouvement syndical du XXe siècle. La situation carcassonnaise est suivie de près par les fédérations départementales et régionales.
Prochaine étape
Le 1er juin 2026, date butoir fixée par la mairie, déterminera si les syndicats quittent volontairement les lieux ou si une procédure d’expulsion est engagée. Les syndicats ont indiqué qu’ils ne partiront pas sans décision judiciaire.
Sources
- L'Indépendant : À Carcassonne, le maire RN met en scène l'expulsion des syndicats avec des cartons
- actu.fr : Le maire RN de Carcassonne justifie sa décision d'expulser les syndicats
- Le Monde : À Carcassonne, des syndicats délogés protestent contre le maire RN
- Basta! : Mairie RN de Carcassonne : les syndicats refusent leur expulsion de la Bourse du travail