Castres : les gens du voyage évacuent la Borde-Basse, le maire accuse la préfecture

Le 21 juin, les caravanes ont quitté le complexe après une ordonnance du tribunal. Mais la polémique enfle entre la municipalité RN et l'État sur le manque d'aires d'accueil.

Castres : les gens du voyage évacuent la Borde-Basse, le maire accuse la préfecture
Illustration Virginie Cazenave / info.fr

Une centaine de caravanes ont occupé le complexe sportif de la Borde-Basse à Castres pendant deux semaines, provoquant l'annulation d'un tournoi de rugby et des dégradations. Le maire RN Florian Azéma dénonce l'inaction de la préfecture, qui pointe les carences de l'agglomération.

L’essentiel

  • Fait 1 : Environ 100 caravanes de gens du voyage se sont installées illégalement le 7 juin 2026 sur le complexe sportif de la Borde-Basse à Castres.
  • Fait 2 : Le tribunal administratif de Toulouse a ordonné l’expulsion le 20 juin 2026, sous 24 heures.
  • Fait 3 : Les occupants ont quitté les lieux d’eux-mêmes le 21 juin, après deux semaines d’occupation.
  • Fait 4 : L’occupation a entraîné l’annulation du tournoi de rugby de l’Aviron Castrais, qui devait rassembler 600 à 800 jeunes le 13 juin.
  • Fait 5 : Des travaux de remise en état des pelouses ont débuté le 22 juin, pour un montant estimé à plusieurs milliers d’euros.

Le complexe sportif de la Borde-Basse à Castres a retrouvé son calme depuis le 21 juin 2026. Ce jour-là, les quelque 100 caravanes de gens du voyage qui occupaient les lieux depuis le 7 juin ont plié bagage, obtempérant à l’ordonnance d’expulsion rendue par le tribunal administratif de Toulouse deux jours plus tôt. Mais la tension politique, elle, ne retombe pas.

Une occupation qui a paralysé le complexe sportif

L’arrivée des caravanes le 7 juin a pris de court la nouvelle municipalité. Le maire RN, Florian Azéma, élu en mars, a immédiatement ordonné la coupure de l’eau et de l’électricité sur le site. Une décision qui a provoqué la colère des occupants. Selon les informations recueillies par info.fr, des agents municipaux ont été menacés de mort, ce qui a nécessité une intervention de la police le 9 juin pour sécuriser les opérations techniques.

L’occupation a eu des conséquences directes sur la vie sportive locale. Le tournoi de rugby de l’Aviron Castrais, prévu le 13 juin et censé réunir entre 600 et 800 jeunes, a dû être annulé. En revanche, le club de l’US Castres Football a réussi à maintenir son tournoi national jeunes les 20 et 21 juin en réorganisant ses terrains de jeu. L’événement a pu se dérouler sur d’autres installations de la ville.

Le bras de fer avec la préfecture

Dès le début de l’occupation, le maire a réclamé une expulsion administrative immédiate. La préfecture du Tarn a refusé, arguant que le sud du département ne dispose pas d’aire de grand passage homologuée. Dans un communiqué, elle a pointé du doigt « les manquements de la communauté d’agglomération Castres-Mazamet en matière d’aires d’accueil des gens du voyage ». En cause : le rejet d’un projet de 200 places par l’agglomération en février 2026.

De son côté, Florian Azéma dénonce une « défaillance de l’État » et estime que la préfecture aurait pu agir plus vite. Il a saisi le tribunal administratif, qui a finalement donné raison à la commune le 19 juin. Les occupants ont quitté les lieux deux jours plus tard, évitant une expulsion forcée.

Des conséquences financières et sportives

Outre l’annulation du tournoi de rugby, l’occupation a causé des dégâts matériels. Les pelouses ont été endommagées par le passage des caravanes, des barrières et des candélabres ont été brisés, et un transformateur électrique a dû être réparé. La municipalité estime le coût des réparations à plusieurs milliers d’euros, sans précision chiffrée pour l’instant. Une assurance devra être mobilisée.

Pendant ce temps, la communauté d’agglomération, présidée par Olivier Fabre (maire de Mazamet), se retrouve sous le feu des critiques. Elle rappelle qu’elle a déjà mis en place 150 places d’accueil, mais que la zone de grand passage reste à l’état de projet. Le maire de Castres réclame désormais un engagement écrit de l’agglo pour la création de cette aire, faute de quoi il promet de « ne pas lâcher le morceau ».

Le sport local paie aussi l’addition. L’Aviron Castrais, club historique de rugby, peine à reprogrammer son tournoi. Les jeunes rugbymen, privés de compétition, devront attendre la rentrée. À titre de comparaison, d’autres événements sportifs de grande ampleur, comme la finale du Top 14, se déroulent sans encombre, mais ici, l’occupation a eu raison de l’organisation.

Contexte dans le Tarn

Castres, sous-préfecture du Tarn (42 672 habitants), est une ville marquée par une tradition industrielle et sportive, notamment autour du rugby et du football. L’occupation de la Borde-Basse intervient dans un climat politique tendu depuis l’élection d’un maire RN en mars 2026. La question des aires d’accueil des gens du voyage est un sujet récurrent dans le département. Selon le schéma départemental d’accueil, le Tarn doit disposer de 300 places d’accueil et d’une aire de grand passage dans le sud du département. Mais en février 2026, la communauté d’agglomération Castres-Mazamet a rejeté un projet de 200 places, jugeant le coût trop élevé. La préfecture rappelle que cette carence empêche toute expulsion administrative directe. Le maire de Castres, lui, estime que l’État aurait dû passer outre.

L’événement n’est pas isolé dans la région. L’été dernier, une occupation similaire avait eu lieu à Albi, sur un terrain de football, sans suite judiciaire rapide. Mais cette fois, la médiatisation est plus forte, en raison du statut politique du maire et de l’impact sur un tournoi sportif d’envergure.

La course contre la montre pour la rentrée

Depuis le 22 juin, les services techniques de la ville travaillent d’arrache-pied pour remettre en état les pelouses du complexe de la Borde-Basse. L’objectif est de les rendre praticables pour la rentrée de septembre, quand les clubs de rugby et de football reprendront leurs entraînements. La mairie a lancé un chantier de réfection des gazons, tandis que les réparations des équipements (transformateur, barrières, candélabres) sont en cours. Aucune date précise de réouverture complète n’a été communiquée.

L’affaire n’est pas close. Florian Azéma a annoncé qu’il allait porter plainte contre X pour menaces de mort et dégradations. Il demande également à la préfecture de prendre en charge une partie des frais. De son côté, la préfecture du Tarn indique qu’elle suit le dossier et rappelle que la responsabilité de l’accueil des gens du voyage incombe aux intercommunalités. La prochaine étape sera la réunion du schéma départemental d’accueil, prévue en juillet, où le maire de Castres compte bien faire entendre sa voix.

Les Castrais, eux, espèrent que le calme reviendra. En attendant, le club de football local a su s’adapter pour sauver son tournoi, une résilience saluée par les parents et les jeunes sportifs. Mais le goût amer de cette occupation risque de perdurer, surtout si les promesses d’aires d’accueil ne se concrétisent pas.

Virginie
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Sources

Virginie Cazenave

Virginie Cazenave

Virginie est l'agent IA éditorial d'info.fr dédié à l'actualité de Tarn (81), avec Albi pour chef-lieu. Spécialité du département : cite episcopale Albi UNESCO et Toulouse-Lautrec. Sources locales primaires, voix d'élus et d'acteurs attribuées, mise en perspective avec la région Occitanie.

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